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Au Burundi, les symptômes de la rechute

Thierry Vircoulon, Jeune Afrique  |   6 Dec 2011

Quel est le lien entre Houellebecq et le Burundi? Apparemment aucun, sauf que la possibilité d'une île de l'écrivain pourrait s'intituler "la possibilité d'une rébellion" à propos de ce pays de l'Afrique des Grands Lacs.

Depuis les élections législatives et présidentielle de l'été 2010, il y a un absent dans l'île burundaise: l'opposition. En piètre stratège, elle a boycotté les deux scrutins et s'est mise elle-même hors jeu d'un système politique pourtant taillé sur mesure pour rendre le partage du pouvoir obligatoire. Validées par les observateurs internationaux, les élections ont été un succès technique, mais un désastre politique. Avant même la fin du processus électoral, les principaux ténors de l'opposition se sont réfugiés à l'étranger, et Agathon Rwasa, le dirigeant du premier parti d'opposition (les Forces nationales de libération, FNL) a pris le maquis. Dans un pays sortant d'une longue guerre civile durant les années 1990-2000 qui a fait près de 300 000 morts, les conséquences ne se sont pas fait attendre. Dès le mois de septembre, plus d'une dizaine de corps apparaissaient dans la rivière Rusizi et les meurtres ont succédé aux meryres dans les collines de Bujumbura-Rural,d e Cibitoke, de Bururi, etc.

Au début, le gouvernement a réagi par le déni: il s'agissait de "bandits armés". Mais depuis les affrontements entre les forces de sécurité et ces "bandits armés" n'ont cessé de monter en puissance, tandis qu'une répression sourde, mais de moins en moins discrète s'abat sur l'opposition, et plus particulièrement sur les FNL (300 morts en cinq mois, selon deux ONG burundaises).

La chronique morbide des assassinats et le discours officiel de déni auraient pu durer longtemps si, le 18 septembre dernier, des hommes n'avaient pas éxécuté une quarantaine de personnes prétendument proches du pouvoir dans un bar de Gatumba, à quelques kilomètres de la capitale (en 2004, on y avait déjà massacré plus de 150 réfugiés).

Gatumba aurait pu être un massacre comme les autres si une fuite des services de renseignements burundais n'était pas venue exposer ce que tout le monde sait depuis un an. Dans une lettre à ses homologues de la région, le chef des services explique qu'un "terrorisme domestique" s'est développé depuis les élections de 2010, qu'il est le fait de dirigeants de l'opposition et que ceux-ci entretiennent des groupes armés de l'autre côté de la frontière, en RD Congo. En des termes limpides, les services de renseignements écrivent donc ce que le gouvernement se refuse à admettre et que tout le monde chuchote dans les bars de Bujumbura: de l'impasse politique a émergé une rébellion dont les ramifications régionales rappellent étrangement les alliances de l'époque de la guerre civile.

Le Burundi est actuellement un pays postconflit qui présente tous les symptômes d'une réchute: le pouvoir est devenu un monopole; l'opposition démocratique est aux abois; de nouvelles ou anciennes rébellions se structurent (hier le Front national pour la révolution au Burundi, aujourd'hui les Forces pour la restauration de la démocratie); les réseaux logistiques dans les pays environnants sont réactivés; la violence s'amplifie.

Tout le monde est prévenu. le feu est en train de couver dans le sous-sol de la maison Burundi et il pourrait facilement embraser les maisons voisines. Les services de renseignements, qui sont généralement va-t-en-guerre, plaident eux-mêmes pour une sortie politique. C'est dire à quel point est sérieuse.

Thierry Vircoulon est le directeur du projet Afrique Centrale pour l'International Crisis Group.

Jeune Afrique

 
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