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Elections au Burundi : Prévenir toute escalade de violence

François Grignon, On the African Peacebuilding Agenda  |   3 Mar 2010

Un pas vers l'avant et, peut-être, deux vers l'arrière: la consolidation démocratique et la stabilisation du Burundi de ces dernières années seront mises à l'épreuve lors des prochaines élections communales, présidentielles et législatives qui auront lieu entre mai et septembre prochain. A l'approche de ces scrutins, les principales forces politiques du pays doivent préserver les progrès accomplis et la région poursuivre ses efforts de conciliation.

L'attitude de plus en plus répressive du parti au pouvoir contre ses opposants et ses tentatives de manipulation du processus électoral laissent craindre sa décrédibilisation : menaces et actes d'intimidation sont quotidiennement à l'ordre du jour, les partis de l'opposition ne peuvent jouir librement des libertés politiques de base et les mouvements de jeunes des différentes formations politiques ont commencé à s'affronter sous l’œil parfois complice de la police nationale.

Après plus de dix ans de guerre civile et trois de transition, Pierre Nkurunziza et son parti, le Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), étaient sortis vainqueurs des urnes il y a cinq ans.  Le processus électoral avait pu compter à l'époque sur l'appui d’une mission de maintien de la paix des Nations unies, venue renforcer les troupes sud-africaines déployées au début de la transition pour protéger les leaders rebelles de retour au pays.

L'intégration des Forces nationales de libération (FNL) au sein des institutions et de la vie politique nationale  a transformé le paysage politique burundais en portant la bataille pour le pouvoir au cœur de la majorité Hutu, entre les différentes rébellions et les forces politiques hutu non-armées. Cette polarisation rendra difficile l’obtention de toute majorité absolue lors des prochaines élections parlementaires, et  peu probable toute victoire au premier tour du scrutin présidentiel.

Ce scénario est bon pour le Burundi dont le processus de paix s'est fondé sur le partage du pouvoir entre les différentes forces politique, le dialogue et la recherche du compromis. C'est néanmoins le pire pour le CNDD-FDD, qui est depuis trois ans en quête de pouvoir sans partage, et voudrait saisir l'opportunité des prochains scrutins pour y parvenir.

Sous pression, l'opposition est elle-aussi tentée de répondre à la violence par la violence. Les FNL et le FRODEBU, comme le CNDD-FDD, ont commencé à mobiliser ou remobiliser des groupes de jeunes, à des fins d’auto-défense. De plus, à quelques exceptions près, les partis d'opposition n'offrent pas de nouvelle vision politique pour le Burundi. Ils répondent souvent à la pression sécuritaire par des provocations où la surenchère verbale et se contentent d'accuser le CNDD-FDD de corruption et de pratiques autoritaires, sans montrer vraiment qu'une fois au pouvoir, ils agiraient différemment.

Garantir la sécurité et prévenir toute escalade de violence sont deux enjeux fondamentaux pour le bon déroulement et la crédibilité des scrutins. Pour cela, un changement d'attitude de l'administration Nkurunziza et des partis d’opposition est indispensable. Ceux-ci doivent abandonner toute mentalité de combat et préserver l’intégrité des institutions nationales, que ce soit la police nationale ou la Commission électorale nationale indépendante (CENI). 

La société civile, ONG et média, doivent aussi se préparer à pouvoir rendre compte des abus perpétrés sur l'ensemble du territoire, et les documenter clairement afin de pouvoir en attribuer la responsabilité.  Le rôle de prévention joué par les médias publics et privés est essentiel. Ceux-ci doivent absolument garantir un accès équitable et équilibré sur toutes les ondes aux différentes forces politiques du pays, produire une information de qualité et s'abstenir de toute propagande politicienne.

Enfin, les pays de l'Initiative régionale sur le Burundi (Ouganda, Tanzanie, Rwanda, Kenya, Afrique du Sud) devraient déployer une mission de police régionale pour aider la police burundaise à assurer la sécurisation des élections et renforcer son impartialité. Composée de petites équipes et dotées de moyens logistiques et de communications par les partenaires financiers du Burundi, cette mission pourrait mettre l'accent sur la prévention de la violence en travaillant directement au sein de la PNB pour renforcer ses capacités et veiller à sa neutralité.

Cette mission pourrait aussi être mise sous l’autorité politique d'un envoyé spécial régional de haut niveau, mandaté pour faciliter la résolution des différends et conflits entourant la gestion du processus électoral. Ce travail de médiation préventive pourrait également prévenir toute escalade en cas d’incidents graves.

Parallèlement, les bailleurs de fonds devraient appuyer le déploiement au plus tôt de missions nationales et internationales d'observation électorale ainsi que fournir le financement nécessaire et l'expertise technique adéquate à la CENI, pour lui assurer effectivement son indépendance. Les responsables politiques burundais doivent aussi être prévenus que tous ceux qui se rendraient responsables de crimes politiques graves seront poursuivis par les juridictions internationales, au cas où les juridictions burundaises ne seraient pas en mesure de le faire.

Le moment n'est pas encore venu d’abandonner le Burundi aux affres de la politique politicienne. Son processus de paix est un succès national et régional remarquable. Il est essentiel de poursuivre sa consolidation.

François Grignon est Directeur du Programme Afrique de l'International Crisis Group.

On the African Peace-building Agenda

 
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This article first appeared as a post on the Crisis Group blog "On the African Peacebuilding Agenda", featuring frequently updated commentary and analysis by senior staff from Crisis Group's Africa Program.