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Espoir de paix durable au Burundi, si les derniers rebelles hutus y sont intégrés

Alain Délétroz, Le Temps  |   22 Nov 2007

Après des élections remarquables en 2005, un lent et difficile processus de démocratisation se poursuit dans le petit pays d'Afrique orientale. La Suisse pourrait y poursuivre le rôle discret qu'elle a joué pour les accords d'Arusha.

Après plus d'une décennie de guerre féroce, jalonnée de massacres à répétition commis alternativement par l'armée et les groupes rebelles, le Burundi semble désormais engagé sur la voie de la paix. Suite aux accords d'Arusha, le pays a connu des élections générales remarquables en 2005, qui ont porté à la présidence de l'Etat Pierre Nkurunziza, un ancien dirigeant du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), un ancien mouvement armé.

Cette victoire d'un parti à dominante hutu ne provoqua aucun remous, contrairement à ce qui s'était passé en 1993. Cette année-là, le président hutu Melchior Ndadaye avait été assassiné par des putschistes tutsis de l'armée, trois mois après sa prise de fonction. La nouvelle constitution issue des accords d'Arusha garantit quoi qu'il arrive une représentation significative de la minorité tutsie au sein des institutions.

Afin d'éviter une marginalisation des petits partis, la nouvelle constitution exige de plus une majorité des deux tiers au parlement pour l'adoption de toute nouvelle loi. Malgré sa victoire écrasante (57% des suffrages), le CNDD-FDD se voit ainsi contraint, depuis la division interne qui l'a frappé en février 2007, de gouverner en coalition avec les autres partis représentés au parlement. Ces dispositions contraignantes expliquent en partie le blocage institutionnel qui a retardé la mise en œuvre des réformes nécessaires au déboursement de l'aide internationale promise par les pays donateurs.

Avec la désignation, le 9 novembre, d'Yves Sahinguvu comme premier vice-président et le large soutien que ce dernier a obtenu dans les deux chambres lors du vote de confirmation (100% des voix au Sénat), la machine institutionnelle semble désormais prête à redémarrer.

Le pouvoir du président Nkurunziza gagnerait toutefois en efficacité s'il osait profiter de ce remaniement ministériel pour écarter les membres les plus corrompus de son entourage. Largement salué par la presse de samedi à Bujumbura comme un pas important vers la stabilisation du pays, ce déblocage devrait aussi permettre au président d'empoigner à bras-le-corps un autre problème autrement plus épineux: l'inclusion dans les institutions du dernier acteur au conflit qui n'a pas encore désarmé, le PALIPEHUTU-FNL (Parti pour la libération du peuple hutu- Forces nationales de libération).

Face à ce mouvement de rébellion hutu, le plus ancien du Burundi, le gouvernement ainsi que les nombreux parrains du processus de paix burundais semblent à bout de souffle. Après qu'Agathon Rwasa, le chef du mouvement de rébellion, eût accepté de signer un cessez-le-feu le 7 septembre 2006, une délégation des FNL s'était installée à Bujumbura afin de discuter des modalités devant conduire à la démobilisation et à la réinsertion de ses combattants. Après avoir tenté de négocier un certain nombre de garanties supplémentaires au préalable à sa démobilisation - l'obtention de postes politiques, un accord technique des forces - et constaté la réticence du président Nkurunziza à faire la moindre concession, la délégation du PALIPEHUTU-FNL s'est finalement enfuie de la capitale en juillet. La crainte de voir le pays touché par de nouvelles violences armées est redevenue d'actualité, avec la reprise la semaine dernière d'accrochages entre les FNL et l'armée.

L'Afrique du Sud, qui peut se targuer d'avoir fait aboutir le processus d'Arusha, peut être fière de ce qu'elle a déjà obtenu. Mais la «facilitation sud-africaine» censée accompagner les négociations avec le FNL aurait pu faire beaucoup mieux. Après plus de quinze ans de brousse, les leaders des FNL connaissent mal les exigences juridiques de la démocratie dans laquelle ils veulent se réintégrer. Ils prétendent obtenir immédiatement des postes ministériels, alors qu'ils ne disposent que de peu de cadres ayant un niveau de formation suffisant pour exercer ce type de fonctions.

Afin de donner une chance à ce processus, il aurait fallu que la facilitation soit dirigée par une personnalité pouvant s'investir à temps plein, capable d'accompagner les délégués du mouvement rebelle lors de leurs premiers pas en ville, disponible pour leur faire rencontrer les différents partis politiques et les représentants de la communauté internationale.

Ce processus éducatif a malheureusement été négligé. La délégation des maquisards est restée confinée à un hôtel et quelques villas de Bujumbura. Elle n'a pas bénéficié de l'attention nécessaire à la conforter dans le sentiment qu'elle était la bienvenue dans ce nouveau Burundi pacifié. De son côté, le président Nkurunziza et son parti n'ont pas non plus manifesté la souplesse nécessaire à la réussite du processus. Ils ne parviendront pas à obtenir la reddition sans condition des FNL. Bien implanté parmi les paysans pauvres des collines autour de la capitale, ce mouvement ne se laissera pas vaincre par des campagnes militaires.

Renouer le dialogue après cette sérieuse crise de confiance sera difficile. Les pays de l'initiative régionale regroupant Ouganda, Tanzanie et Afrique du Sud ont fait savoir qu'ils ne jugeaient pas opportun de nommer à la tête de la facilitation une nouvelle personnalité pouvant s'investir à temps plein sur ce dossier. Ils pourraient en revanche trouver un intérêt à utiliser des initiatives diplomatiques complémentaires pour ramener les FNL à la table des discussions. La diplomatie suisse a pu jouer par le passé un rôle discret et apprécié, qui pourrait être renouvelé.

Les experts techniques suisses étaient au cœur des constructions complexes des accords d'Arusha. La Suisse doit continuer à jouer son rôle d'ami discret et efficace. Réintégrer les FNL dans le processus de paix exigera sans aucun doute des concessions de part et d'autre. Mais négliger de le faire maintenant et tabler sur la décomposition de ce mouvement, c'est prendre le risque de voir la situation sécuritaire se dégrader, et prolonger inutilement la finalisation d'un processus de paix qui n'a que trop duré.

Alain Délétroz , Vice-président (Europe) de International Crisis Group à Bruxelles.

 
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