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Afrique centrale : la corruption - l'obstacle majeur à la consolidation de la paix

Thierry Vircoulon, All Africa  |   23 Mar 2012

La rechute est le risque majeur des pays post-conflit et l'une des principales raisons de cette rechute s'appelle la corruption.

Contrairement aux hommes, la mauvaise gouvernance survit bien à la guerre. La mainmise sur l'Etat et ses ressources, le népotisme et les détournements de fonds qui étaient dénoncés par les rebelles comme la justification de leur lutte redeviennent vite des pratiques de gouvernement, une fois qu'ils sont parvenus au pouvoir.

Dans les pays post-conflit d'Afrique centrale (Centrafrique, Burundi, République démocratique du Congo), la communauté internationale a sponsorisé des processus de paix dont le point d'aboutissement est une démocratie constitutionnelle. Des élections ont été organisées, les fondations de la démocratie à l'occidentale ont été posées et les ex-belligérants devenus présidents et ministres affichent avec plus ou moins de conviction -   les signes extérieurs de la démocratie (pluralisme politique, presse en partie libre, parlement parlementant, etc.). Mais si la démocratie se décrète de Washington, Londres, Bruxelles ou Paris, en revanche la bonne gouvernance elle ne se décrète pas. Il est très rare que les ex-chefs de guerre fassent d'authentiques démocrates et encore plus rare qu'ils fassent de bons et honnêtes gestionnaires. L'appropriation privative des ressources de l'Etat, le contrôle de la fonction publique, le monnayage des postes et des ressources naturelles du pays permettent à la nouvelle élite de s'enrichir au vu et au su de tous pendant que les services publics de base sont en panne, que le coût de la vie augmente et que les investisseurs sérieux passent leur chemin. C'est ainsi que la mauvaise gouvernance devient le principal obstacle à la consolidation de la paix.

Dans ces pays qui sortent exsangues de longues années de guerre et qui battent des records de pauvreté, la mauvaise gouvernance a un coût en terme de développement. S'il y a une reprise économique « naturelle » après le conflit les paysans peuvent de nouveau cultiver, le commerce n'est plus entravé par la guerre, des emplois se créent en ville, etc., en revanche le vrai développement n'est pas au rendez-vous. Le coût de cette mauvaise gouvernance se compte en termes de développement équitable, c'est-à-dire d'un développement socioéconomique qui ne marginalise pas des communautés entières en raison de leur appartenance religieuse, politique ou ethnique. Or, après le conflit, l'accaparement des ressources de l'Etat souvent les plus importantes dans des économies dominées par le secteur primaire continue à s'effectuer selon des lignes de clivage familiales, ethniques et régionales et marginalise de nouveaux segments de la société, en général les perdants d'hier. Cela relance alors la machine à ressentiment qui était à l'origine du conflit précédent.

C'est cette évolution qui est en cours dans les pays post-conflit d'Afrique centrale et c'est pour cette raison que la question de leur stabilité est loin d'être résolue. La sponsorisation d'une démocratie constitutionnelle a fait taire les armes mais, en l'absence de changement de gouvernance, il n'y aura pas rupture du cycle du conflit.

Crisis Group vient de publier un rapport Burundi : la crise de corruption qui illustre ce problème.

Thierry Vircoulon est directeur pour l'Afrique centrale de l'International Crisis Group.

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