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La dramatique division des factions rebelles soudanaises

Gareth Evans, Suliman Baldo , Le Figaro  |   20 Oct 2005

Le Darfour continue son chemin de souffrances et semble encore bien loin de la paix. C’est maintenant le Mouvement de libération du Soudan (SLM), la force rebelle dominante au Darfour, qui apparaît de plus en plus comme un obstacle à la paix.

Le SLM bloque tout progrès dans les négociations en cours à Abuja, la capitale nigérianne. Le mouvement est non seulement secoué par des disputes intestines entre ses chefs qui l'affaiblissent, mais certaines de ses actions sanglantes, comme les attaques contre les convois humanitaires et les affrontements armés avec son rival, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), ont ruiné son crédit politique à la table des négociations. L'insécurité reste omniprésente sur le terrain malgré le déclin de la violence à grande échelle, qui régnait entre le gouvernement et les deux groupes rebelles.

Le gouvernement soudanais ne respecte toujours pas ses engagements répétés pour neutraliser son bras armé allié, les Janjawids, responsables des massacres de milliers de civils. Le maintien du statu quo actuel n'est certainement pas la réponse à l'insécurité qui prévaut au Darfour ni à la stabilité de la région sur un plus long terme.

La structure politique fragile du mouvement rebelle SLM a été complètement dépassée par l'expansion rapide de sa structure et les divisions personnelles entre les dirigeants, particulièrement le président Abdel Wahed et le secrétaire général Minnawi. Ces altercations ont dégénéré en divisions tribales de plus en plus prononcées entre les tribus Four, Zaghawa et Massalit. Les efforts d'unification du mouvement sont restés vains. Le degré d'animosité personnelle qui existe entre les leaders est probablement la cause de cet échec. A moins que ces dissensions ne soient dépassées, il y a peu de chance pour que réussissent les pourparlers de paix d'Abuja.

Divisés comme ils le sont, les rebelles soudanais n'auront aucune chance d'obtenir les concessions politiques qu'ils exigent aux négociations de paix en cours au Nigeria, sous l'égide de l'Union africaine (UA). Par ailleurs, la fragmentation du mouvement SLM pourrait aboutir à une solution incomplète.

Entre-temps, le gouvernement de Khartoum, fidèle à ses pratiques, exploite et exacerbe les divisions tribales pour repousser un règlement politique. Il évite de la sorte que des pressions internationales puissent mettre en cause son rôle dans l'échec des pourparlers de paix. Dans ce cas, le régime soudanais va impunément regagner un semblant d'autorité au Darfour par le biais d'une série éparpillée d'arrangements locaux avec certaines tribus et les factions rebelles.

Frustrée par les divisions internes des mouvements armés, la communauté internationale pourrait préférer la stabilité immédiate et fragile à une solution globale. Cette solution devrait traiter, sur le long terme, les causes initiales de la crise du Darfour qui a coûté des centaines de milliers de morts et deux millions de réfugiés.

Cependant, les efforts d'unification du Mouvement de libération sont toujours en cours. S'il agit rapidement dans le sens de son unification, une solution globale peut toujours se concrétiser. Plusieurs étapes sont vitales pour commencer ce processus d'unification dès que possible.

- Les chefs rebelles devront définir une position et des demandes politiques communes lors des négociations de paix menées par l'UA.

- Le récent retour d'exil de Minni a été très bien accueilli sur le terrain. La communauté internationale doit faire pression sur Abdel Wahid pour l'encourager à revenir. Les chefs rebelles ne peuvent diriger le mouvement efficacement et avoir la maîtrise sur leurs troupes tout en étant déconnectés de la réalité du terrain.

- Une conférence générale doit se tenir dans les plus brefs délais afin d'élaborer un consensus relatif à la structure du mouvement et à la distribution des compétences politiques. Des mesures doivent être prises pour restaurer le commandement et le contrôle des militaires et, par conséquent, pour mettre fin au banditisme.

- La communauté internationale devra encourager la tenue de cette conférence en apportant un appui logistique en termes de transports et d'aide alimentaire, tout en assurant la sécurité.

- La communauté internationale, incluant l'UA, l'UE, les Nations unies, les Etats-Unis, les pays voisins et les donneurs bilatéraux, devra mieux coordonner son action vis-à-vis des mouvements rebelles du Darfour, afin d'éviter que les diverses factions rebelles ne montent les acteurs externes les uns contre les autres à travers leur soutien à une faction plutôt qu'à une autre.

- Il est de même inconcevable pour la communauté internationale de repousser continuellement les pourparlers de paix d'Abuja au gré des desiderata des factions rebelles et en fonction du rythme de leurs disputes.

Les enjeux sont énormes pour le SLM et pour la population du Darfour, dispersée dans des camps à l'ouest du Soudan et au Tchad. Avec les déplacements massifs de population et les destructions qui ont eu lieu au Darfour, le Mouvement pour la libération du Soudan doit impé rativement assumer sa repré sentativité des civils en détresse et agir en conséquence, laissant de côté les querelles personnelles.

Gareth Evans, Président exécutif de l'International Crisis Group, ancien ministre australien des Affaires étrangères. Suliman Baldo, Directeur du programme Afrique à l'International Crisis Group.