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Mali : remettre de l’ordre au Sud

Gilles Yabi, Slate Afrique  |   7 Aug 2012

Le retour à Bamako du président intérimaire Dioncounda Traoré le 27 juillet 2012 et son discours rassembleur du 29 juillet sont de bonnes nouvelles pour le Mali, mais les obstacles à une normalisation politique sont encore nombreux. La bataille farouche pour le contrôle de la transition n’est pas terminée.

Certains contestent toujours la légitimité de l’ancien président de l’Assemblée nationale sous Amadou Toumani Touré (ATT) à diriger le pays pendant cette période critique de transition.

Doter le pays d’une tête unique

A Bamako, peu après l’agression au marteau du président Traoré le 21 mai 2012, nombre d’interlocuteurs maliens et étrangers déploraient l’ignoble attaque mais faisaient remarquer que la victime était particulièrement impopulaire.

Mais en l’absence d’élections, sur quoi se fonde-t-on pour mesurer la popularité de tel ou tel autre ? Est-ce le moment approprié pour un concours de beauté entre les leaders politiques maliens ?

Qui parmi les responsables des principaux partis politiques fait rêver les populations ? Et lequel parmi eux n’a jamais été associé d’une manière ou d’une autre à la gestion des affaires publiques et peut incarner sans l’ombre d’un doute une gouvernance vertueuse ?

Au point où en est le Mali aujourd’hui, ce qui est important n’est pas d’épiloguer sur la popularité du président et sur ses défauts ou qualités présumés, mais de doter le pays d’une tête unique pour incarner l’Etat, d’institutions de transition représentatives de la diversité politique et sociale de l’ensemble du pays, d’un cadre formel et transparent pour entamer des négociations avec les groupes armés non terroristes du Nord qui le souhaitent et d’un plan immédiat de restructuration de l’armée.

Au Nord, les islamistes imposent leur loi

Les groupes armés islamistes observent tranquillement depuis Gao, Tombouctou et Kidal ce qui reste de l’Etat malien peiner à se relever et à s’organiser. Les populations restées dans ces zones vivent le mois sacré du Ramadan dans une incertitude radicale sur leur avenir.

Les islamistes semblent tout faire pour attirer l’attention, et pour accréditer l’idée qu’ils sont bien des clones en terre saharienne africaine des Talibans d’Afghanistan.

Le dernier épisode en date est la lapidation à mort d’un couple qui aurait eu des enfants hors mariage à Aguelhok, la localité qui a déjà été le théâtre des plus graves exactions pouvant relever de la catégorie des crimes de guerre pendant la conquête du Nord par les forces islamistes d’Ansar Dine et la rébellion touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

La situation humanitaire au Nord du Mali est dramatique. Personne ne peut en douter.

Pas de solution immédiate

Mais ce n’est pas une escalade guerrière, à coups de mobilisation de milices au Sud aux côtés d’une armée malienne toujours dominée par des ex-putschistes, dont certains sont responsables de tortures, d’exécutions sommaires et d’enlèvements de journalistes, qui ramènera la paix et la sérénité dans un Nord multiethnique.

La crise malienne a dépassé depuis longtemps le seuil de réversibilité rapide. Il n’y a tout simplement plus de solution à chercher et à espérer à court terme. Et pas de solution qui soit exclusivement ou même principalement militaire.

Les appels en faveur d’une intervention armée qui résoudraient le problème de l’abandon de l’immense territoire du Nord du Mali aux combattants d’Ansar Dine et du Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), tous nourris au lait du groupe terroriste d’Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) installé de longue date dans la région, n’ont cessé de résonner au cours des derniers mois.

Que ce soit au Mali, dans l’espace de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou en France, l’ex-puissance coloniale dont six des ressortissants sont toujours retenus comme otages quelque part dans les sables mouvants du désert par Aqmi.

Le Nord-Mali n’est pas l’Afghanistan

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a fait une grande tournée en Algérie, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Sénégal et au Tchad, ne ménage pas ses efforts pour défendre la nécessité, « à un moment ou à un autre », d’une intervention militaire conduite par les pays africains mais soutenue par la communauté internationale.

Les voisins du Mali, à l’exception peut-être de l’Algérie qui s’est de fait accommodée depuis quelques années de la présence d’Aqmi de l’autre côté de sa frontière sud, ont peur que le Mali ne devienne un sanctuaire pour des groupes qui prétendent poursuivre le djihad à coups de conquêtes territoriales armées et d’actes terroristes qui seraient légitimés par la grandeur de leur cause divine.

User et abuser de la comparaison du Nord-Mali avec l’Afghanistan, comme le font nombre de diplomates occidentaux et des chefs d’Etat ouest-africains, est cependant stérile et potentiellement contre-productif. La situation est grave mais encore circonscrite à une région certes vaste mais contenue dans les frontières maliennes.

D’abord consolider l’Etat à Bamako

Il faut éviter de faire déborder la crise sur les pays voisins et de provoquer une militarisation sans précédent d’une Afrique de l’Ouest dont les pays sont eux-mêmes individuellement très fragiles et peu préparés à se lancer dans une guerre contre des ennemis qui ne sont pas encore suffisamment isolés.

Il faut d’abord consolider l’Etat à Bamako, assainir et réorganiser son armée sans faire davantage de concessions aux ex-putschistes, protéger le Sud, et notamment son économie, et amener par la diplomatie les pays voisins qui ont des moyens potentiels de pression sur les groupes armés à faire partie de la solution.

Il a fallu des années de recul de la présence politique, économique et sociale de l’Etat, de négligence des risques liés à l’implantation d’islamistes importés et de trafiquants de drogue dans de vastes territoires, et le puissant choc externe qu’a été la guerre en Libye pour qu’on en arrive là. Il faut aujourd’hui s’assurer de commencer à remonter la pente, sans croire à l’existence d’une solution spectaculaire.

Gilles Olakounlé Yabi est le directeur du projet Afrique de l’Ouest de l’International Crisis Group.

Slate Afrique

 
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