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Boko Haram, reflet d’un profond malaise au Nigeria

Comfort Ero, Le Figaro  |   22 Feb 2012

C’est un début d’année difficile pour le Nigeria. Le groupe terroriste Boko Haram continue sa série d’attentats meurtriers, particulièrement au nord du pays. Suite aux attaques contre cinq églises lors de la période de Noël, le président Goodluck Jonathan a été amené à déclarer l’état d’urgence dans quatre États du nord et à ordonner la fermeture des frontières avec le Cameroun, le Tchad et le Niger.

Le meurtre de son ancien chef, Mohammed Yusuf, alors qu’il était en garde à vue en 2009, a motivé le groupe à intensifier ses actions. En août 2011, un attentat suicide contre les bureaux des Nations unies dans la capitale, Abuja, a brusquement attiré l’attention internationale  sur ce phénomène. L’attaque du 20 janvier dernier reste la plus meurtrière : des explosions en série et des attaques armées dans la métropole de Kano, dans le nord du pays, ont entrainé 186 morts.

La secte a été fondée en 2002 à Maiduguri, capitale de l’État de Borno (Nord-Est), l’une des régions les plus pauvres du Nigeria. L’origine de son nom, qui signifie « l’éducation occidentale est un péché », reste mystérieuse. Le groupe préfère s’identifier sous le nom de « Jama’atu Ahlus Sunna Lid Da’awati wal Jihad ». Si l’identité de tous ses dirigeants actuels n’est pas connue, Yusuf a fortement influencé ses orientations. Partisan d’une interprétation fondamentaliste de l’islam, l’instauration d’un État islamique régi par la charia est au cœur de son combat politique et religieux.

L’islamisme et ses variations les plus radicales ne sont pas un phénomène nouveau au Nigeria. Boko Haram s’inscrit dans une tendance à la radicalisation religieuse, de plus en plus tentée par la violence, au sein de sectes musulmanes au nord du pays, à  l’instar du mouvement Maitatsine, fondé par le prêcheur Marwa, originaire du nord-Cameroun dans les années 1970.

Animé par un désir de venger l’exécution de Yusuf et l’arrestation de plusieurs de ses membres, Boko Haram cible principalement les forces de sécurité nigérianes. Des attaques ont aussi visé des églises et des mosquées, tuant des imams qui avaient affiché leur hostilité et suscitant la hantise du déclenchement d’un conflit religieux dans un pays de 160 millions d’habitants divisé presque à parts égales entre chrétiens et musulmans.

La complexité de ses opérations a soulevé nombre de questions quant à l’existence de liens avec des mouvements terroristes extérieurs. Boko Haram a d’ores et déjà revendiqué des affiliations, et des programmes d’entrainement conjoints avec des groupes au Yémen, en Somalie, et avec al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi).

En reconnaissant l’infiltration par le groupe des institutions étatiques et des services de sécurité, le président du Nigeria a cependant souligné la dimension d’abord nationale du problème. Il est en effet possible que l’approvisionnement en armes de Boko Haram ait été facilité par des officiers corrompus.

Les arrestations du porte-parole du mouvement et de plusieurs autres membres ont donné aux autorités nigérianes un certain répit face aux critiques sur leur manque de réactivité. Mais celles-ci n’apportent pas de réponse à la question de fond : pourquoi et comment Boko Haram a pu devenir en peu de temps un groupe terroriste aussi mortellement puissant ? 

C’est une illustration des tares plus profondes du système politique nigérian. La majorité des Nigérians condamnent sans ambiguïté la violence et les crimes perpétrés par le groupe, beaucoup partagent néanmoins leur colère face à la corruption des dirigeants et l’incapacité d’un État qui ne peut maintenir l’ordre public, améliorer l’accès aux services de base et créer des emplois.

C’est également une manifestation du malaise spécifique du nord du Nigeria. Le rejet de la laïcité et des autorités qui incarnent le pouvoir séculier est ancré dans l’histoire du nord du pays. Si les appels de Boko Haram à l’instauration d’un État islamique ne sont souvent pas pris au sérieux par la population nigériane, ils témoignent d’un mécontentement politique et social trouvant de son expression dans l’adhésion à un islamisme radical.

La pauvreté de masse qui sévit dans le Nord a aliéné davantage ces populations, créant un terreau fertile au recrutement des jeunes pour n’importe quelle cause, y compris celle que leur proposent les extrémistes religieux locaux. Si le gouvernement n’offre aucune réponse aux besoins des communautés de plus en plus isolées dans les régions septentrionales, toutes les formes d’extrémisme continueront à prospérer. Le président Goodluck Jonathan et son gouvernement doivent aussi rechercher le plus large soutien politique à une stratégie pour mettre un terme à la violence et répondre aux problèmes économiques, politiques et sociaux qui ont rendu possible l’émergence et le développement de Boko Haram.

Directrice du programme Afrique pour l'International Crisis Group 

Le Figaro

 
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