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Le scrutin afghan, reflet des échecs de ces dernières années

Samina Ahmed, Rue89  |   19 Aug 2009

La prochaine élection présidentielle et les élections du conseil provincial qui auront lieu en Afghanistan cette semaine, ainsi que les élections législatives de 2010, présentent un défi formidable.

Depuis le dernier scrutin en 2004-2005, le gouvernement afghan et la communauté internationale n'ont pas réussi à intégrer un cadre électoral solide et à faire avancer la démocratisation à tous les niveaux.

En général, les élections reflètent des tendances plus larges au sein de la société. Les défis auxquels le scrutin de 2009-2010 se trouve confronté reflètent donc les développements -et les échecs- politiques, sécuritaires et institutionnels de ces dernières années.

Idéalement, les élections pourraient contribuer à améliorer la responsabilité de l'Etat envers ses citoyens et la représentation équitable, et à renforcer une opposition pacifique et démocratique, mais la négligence à l'égard des institutions électorales et de la planification au cours des dernières années est symptomatique d'un manque global de renforcement des institutions en Afghanistan.

L'augmentation de l'attention nationale et internationale à l'égard de l'Afghanistan doit être utilisée pour mener à bien une planification stratégique au-delà des élections de 2010.

Un groupe postélectoral comprenant les principaux ministères, donateurs, représentants de la société civile et experts électoraux devrait assurer la création d'infrastructures permanentes et d'un réel cadre électoral. Cela devrait inclure une formation continue, une surveillance et des fonds suffisants pour retenir les milliers de nouveaux policiers recrutés pour aider à sécuriser le processus électoral.

A l'heure actuelle, la faible qualité des services de police et la tendance à utiliser la police sur la ligne de front pour combattre l'insurrection rendent la tâche d'assurer la sécurité de ces élections extrêmement difficile. L'insécurité et la violence des insurgés, en particulier dans le Sud et l'Est, régions à majorité pachtoune, pourrait empêcher des personnes d'exercer leur droit de vote et pourrait également servir de couverture à une fraude massive.

L'impasse du processus de désarmement accroît également le risque d'intimidation des électeurs à travers le pays. Une carte de la situation sécuritaire en Afghanistan, récemment publiée par les Nations unies, n'est pas très encourageante : près de la moitié du pays est situé dans une zone dite « à haut risque ».
Un Etat afghan représentatif, durable et en fin de compte stable

Malgré ces difficultés, la tenue des élections reste bien sûr la meilleure option. Quarante et un candidats pour la présidence et de plus de trois mille candidats pour les conseils provinciaux sont la preuve de l'intérêt continu de la population dans le processus politique démocratique.

Mais les lacunes dans ce processus risquent de transformer ce scrutin en une simple collection d'événements distincts, soit le contraire d'un effort coordonné qui permettrait la construction de la Nation au sens large.

Il est donc primordial de veiller à ce que les ressources et l'attention soient dirigées vers le renforcement de ce qui est vraiment important - et ce au-delà de ces élections : les institutions politiques et électorales. Elles feront en sorte que l'Etat afghan soit représentatif, durable et en fin de compte stable.

L'attention et les énormes ressources internationales qui se portent maintenant sur les élections, après des années d'inaction, doivent être utilisées pour mettre en place une amélioration continue, en faisant preuve d'une détermination qui serait à la hauteur de la rhétorique internationale sur l'importance du renforcement des institutions afghanes et des normes démocratiques.

L'objectif devrait être d'apporter des améliorations techniques et fondamentales au scrutin de 2010 et, plus largement, des institutions électorales afghanes viables et largement acceptées, avec beaucoup plus de soutien pour les instances représentatives dans l'avenir.

A la fin cependant, c'est la perception de la population afghane qui mesurera le succès électoral. Si les Afghans doivent être encouragés à voter, ils doivent cependant être convaincus que leur vote comptera. Si ces élections étaient perçues comme injustement menées, elles pourraient, toutefois, mener à une situation explosive, qui déstabiliserait certainement cet Etat fragile.

Samina Ahmed est directrice du Programme Asie du Sud à l'International Crisis Group.

 
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