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Afghanistan : pour une solution collective

Candace Rondeaux , Le Figaro  |   29 Apr 2012

La question du dialogue avec les Taliban fait peut-être l’objet d’âpres débats à Washington, mais à Kaboul le silence règne. Depuis la décision de Quetta Shura, l’organisation du mollah Omar, de suspendre un dialogue « stérile » avec les États-Unis le mois dernier, la capitale afghane s’attend au pire. Le printemps est une saison de guerre. La confusion engendrée ces dernières semaines par une attaque suicide déjouée contre le ministère de la Défense a fait monter la température à Kaboul. Quel que soit le refrain de la Maison blanche, les Afghans savent que les discours de guerre et de paix alternent au rythme des saisons.

Cela est devenu d’autant plus clair il y a trois semaines, lorsque le représentant européen pour la milice Hizb-e Islami, dirigée par l’ancien Premier ministre Gulbuddin Hekmatyar, s’est également opposé à toute discussion avec les États-Unis. Cette volte-face, quelques mois seulement après l’envoi d’une délégation de la milice à Kaboul en décembre pour rencontrer les représentants des États-Unis, de l’Otan et du gouvernement afghan, ne surprend pas ceux qui connaissent les jeux de pouvoirs inconstants de Hekmatyar. Comme nous l’avons signalé dans notre récent rapport sur les pourparlers en Afghanistan, le plan de paix en quinze points proposé par Hizb-e Islami, s’il paraissait viable lors de sa présentation l’an dernier, est mort-né, victime des dissidences au sein du groupe.

Les négociations avec les insurgés ont peu de chances de réussir sans le soutien et l’encadrement de la communauté internationale. Le retrait prévu des forces de l’Otan dans deux ans renforce le sentiment d’insécurité et les élections présidentielles de 2014, qui verront les élites afghanes se disputer le pouvoir, risquent d’entraîner une escalade de la violence. Il incombera alors à l’ONU de combler le vide laissé par les troupes internationales. Un accord de paix pour garantir que les avancées de la décennie passée ne soient pas vaines dépendra de son succès à mettre en place des négociations structurées et à créer une équipe de médiateurs unis.

Les difficultés rencontrées par les gouvernements américains et afghans pour conclure un accord de paix étaient évidemment prévisibles. Le président Hamid Karzaï, malgré ses appels aux insurgés de rendre les armes et de reconnaître la Constitution lors de la Jirga (assemblée traditionnelle) nationale consultative pour la paix, a aujourd’hui adopté une politique de résistance ferme mais passive pour favoriser la réconciliation. Lorsqu’il n’est pas en train de critiquer Doha ou Washington, il s’élance vers l’Arabie Saoudite tel un Don Quichotte afghan à la poursuite d’une paix que ni lui ni son gouvernement ne souhaitent véritablement.

En attendant, Karzaï a réussi à obtenir de la communauté internationale un financement de 784 millions de dollars pour le Programme pour la réintégration et la paix en Afghanistan (PRPA), dans l’espoir de convaincre certains insurgés de rendre les armes. Un peu plus de 3 000 combattants se sont inscrits au programme, qui leur offre un maigre salaire pendant trois mois et la possibilité d’être effacés de la liste de personnes à capturer ou éliminer de la FIAS (Force internationale d’assistance et de sécurité). Selon cette dernière, le programme proposerait également d’offrir aux hauts chefs de l’insurrection un salaire de 1 000 dollars par mois pour les amadouer.

Toutefois, la plupart des inscrits au programme sont des Afghans du Nord, qui ne sont pas pachtounes, ce qui limite considérablement le succès de la campagne anti-insurrection menée par les États-Unis dans le Sud du pays. Le PRPA s’avère être un remède peu efficace.

Peu d’espoir donc, pour une résolution rapide et « propre » du conflit. Les États-Unis et l’Otan ne pourront pas, à eux seuls, éliminer les refuges des insurgés au Pakistan, amener la paix dans la région pachtoune et réduire la corruption à Kaboul tout en jouant à « trouvons un accord » avec les Taliban. Les détenteurs traditionnels de pouvoir associés à l’Alliance du Nord (rassemblement d’opposition afghan contre les Taliban) n’ont pas l’intention de laisser cela arriver, et la région ne manque pas de fauteurs de troubles comme l’Iran. Un accord avec les seuls Taliban ne suffira pas à garantir la paix en Afghanistan. Il faudra bien plus que des discussions sur les discussions pour parvenir à une solution politique.

Le 11-Septembre n’est pas seulement un événement marquant dans l’histoire américaine, il a également eu des répercussions internationales. Les négociations n’aboutiront pas tant que les États-Unis n’auront pas abandonné leur réticence à toute intervention de l’ONU dans ce qu’ils qualifient d’affaire purement américaine. Ils auront tout autant besoin du Conseil de sécurité pour s’extirper de leur engagement militaire en 2014 qu’en 2001. Peu importe à quel point les États-Unis et l’Otan souhaitent quitter l’Afghanistan, une résolution « responsable » du conflit doit passer par un effort concerté et soutenu de la communauté internationale sur le long terme.

Candace Rondeaux, Analyste en charge de l'Afghanistan pour l'International Crisis Group.

Le Figaro


 
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