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Le Liban à l'aube d'un nouveau cycle de violence?

Sahar Atrache, Peter Harling,   |   3 Apr 2009

Le Liban était rentré dans une phase de calme relatif, les principaux acteurs locaux et leurs sponsors étrangers semblant se mettre d'accord pour poursuivre leur bras de fer, au moins provisoirement, par la voie des urnes. L'attentat qui a coûté la vie, lundi, au représentant adjoint de l'Organisation de Libération de la Palestine est un rappel du caractère précaire de la situation. Et la question pendante des camps palestiniens peut à tout moment servir de détonateur.

La mort de Kamal Naji vient exacerber des tensions déjà dangereuses au sein du Fatah, la faction qui domine l'OLP - qui constitue elle-même une instance de représentation fondamentale des réfugiés palestiniens au Liban. Le meurtre s'est déroulé à la sortie du camp de Mieh we Mieh, où le responsable tentait justement de résoudre un conflit armé entre membres du Fatah ayant déjà fait deux morts. Si l'hypothèse d'un règlement de compte fratricide est invérifiable, sa circulation risque de jeter de l'huile sur le feu. L'élimination d'une figure de haut rang ne peut qu'aggraver encore la désorganisation du mouvement et attiser les luttes de pouvoir qui le minent.

L'attentat a aussi le potentiel d'envenimer les relations entre factions palestiniennes, notamment entre les deux grands rivaux que sont le Fatah et le Hamas. Le conflit qui les oppose dans les territoires palestiniens a empêché la constitution d'une autorité référentielle unifiée au Liban. Il a surtout entravé l'aboutissement d'un accord - dont Naji était justement l'un des initiateurs - conçu pour prémunir la scène palestinienne libanaise des effets déstabilisateurs de cette lutte de pouvoir. Naji lui-même craignait que la logique jusqu'au-boutiste ne l'emporte. En novembre dernier, il confiait : " nos détracteurs sont nombreux et de tous bords. En Palestine, dans le monde arabe et au-delà, rares sont ceux qui voient leur intérêt dans une normalisation de la situation dans les camps libanais. Ils feront tout pour saper nos efforts ".  

En soi, ce nouveau drame est le révélateur d'un mode profondément dysfonctionnel de gestion des camps. Les rivalités inter-palestiniennes, entre factions mais aussi entre leaders du Fatah, ont sapé l'efficacité et la crédibilité des institutions censées y maintenir l'ordre, paralysées par ces discordes. L'assassinat de Naji a été commis à quelques mètres d'un barrage de l'Organisation de la Lutte Armée, l'instance palestinienne responsable de la sécurité dans les camps, illustrant son incompétence et achevant de la discréditer.

Cette opération, exécutée non loin d'un autre barrage, celui de l'armée libanaise, constitue aussi un camouflet pour l'appareil de sécurité libanais. Ironie du sort, l'explosion est venue perturber le rituel d'une réunion à Beyrouth des ministres arabes de l'intérieur, rassemblés autour de la nécessité de lutter contre les " crimes terroristes ". Il ne pouvait y avoir signal plus clair des limites d'une gestion des camps sur la base d'un durcissement du dispositif sécuritaire qui les entoure.

Le problème est politique par essence et s'articule à une multitude d'enjeux, des équilibres communautaires libanais au conflit israélo-palestinien, en passant par les rivalités interarabes et inter-palestiniennes. Ces dernières ne seraient pas aussi vivaces, d'ailleurs, s'il n'y avait abondance de tierces parties disposées à les instrumentaliser, quitte à s'envoyer des messages par Palestiniens interposés. Sans préjuger d'un quelconque commanditaire, les conditions mêmes du meurtre, techniquement sophistiqué, témoignent de l'importance des enjeux qu'il recouvre.

Le besoin que ressentent aujourd'hui le Fatah et le Hamas d'afficher, en Palestine, une volonté de réconciliation pourrait aussi faire des camps libanais, paradoxalement, le terrain privilégié d'un affrontement en sourdine. La multiplicité des suspects potentiels, ainsi que l'étonnant décalage entre un climat régional d'apaisement et cette provocation patente, donnent raison au funèbre pressentiment de Naji ; les camps palestiniens du Liban demeurent le théâtre des dessous de la politique régionale.

Il y a urgence à revoir la gestion des camps, sanctuaires difficiles d'accès aux autorités libanaises, mais ouverts à toutes les autres interférences à la faveur de la désunion du leadership palestinien. La politique poursuivie jusqu'ici par les Etats-Unis et leurs alliés, visant à dresser le Fatah contre le Hamas afin d'isoler et d'affaiblir celui-ci, menace de faire chavirer un pays dont ces mêmes acteurs entendent soutenir la fragile stabilité.

Dans un contexte où se négocient au Caire les modalités de la réconciliation entre factions palestiniennes, la formation d'une instance collégiale palestinienne, chargée de restaurer l'ordre sur le terrain (à travers la refonte de l'Organisation de la Lutte Armée), de la coordination avec l'appareil de sécurité libanais et de la défense des intérêts collectifs des Palestiniens au Liban doit être inscrite à l'agenda et soutenue par la communauté internationale. A l'aube d'un nouveau cycle de violences, le moment est venu de forger un modus vivendi permettant une représentation cohérente des réfugiés et une gestion unifiée des camps.

Sahar Atrache est l'analiste au Liban de l'International Crisis Group; Peter Harling est le directeur du projet pour l'Iraq, la Syrie et le Liban.

 
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