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Syrie, de la révolte au déchirement

Peter Harling, Sarah Birke, Le Monde  |   13 May 2013

Il y avait une façon d'être syrien et d'en être fier. C'était une fierté adossée à une histoire remontant au premier alphabet, à une culture et à une langue raffinées, à un savoir-vivre exprimé par des manières subtiles, une cuisine délicate et une hospitalité sincère. La géopolitique n'y était pas étrangère, puisque la Syrie avait su se donner un rôle plus grand, plus osé que ses maigres ressources n'auraient dû le lui permettre, par exemple sur la cause palestinienne, presque aussi chère aux Syriens qu'aux principaux concernés. Le régime avait beau conserver une réserve commode pour Israël, il n'en était pas moins un adversaire – le dernier Etat arabe à résister.

La fierté d'être syrien était d'une évidence si naturelle qu'elle permettait d'absorber des vagues d'étrangers. Les Palestiniens chassés de ce qui est devenu Israël avaient trouvé en Syrie une société dans laquelle ils pouvaient se fondre, contrairement à leur statut plus précaire dans les Etats voisins. En 2006, Libanais et Irakiens fuyant la violence de leur pays découvraient, eux aussi, un nouveau foyer. Les tensions n'étaient certes pas absentes ; elles restaient cependant remarquablement limitées, au vu du nombre de réfugiés et du climat sectaire qui pesait alors partout ailleurs dans la région. La société syrienne était assez à l'aise et consciente d'elle-même pour s'ouvrir à l'Autre sans crispation.

Aujourd'hui, le tissu urbain tombe en ruines. Le patrimoine architectural, si riche, est pillé quand il n'est pas réduit à néant par les bombes. Les structures économiques, religieuses et familiales se délitent, déchirées par la mort et les querelles des vivants. Les tueries, qui causent des dizaines de milliers de victimes, n'épargnent pas l'avenir de la nation : des militants inspirés, des médecins héroïques, des pères et des mères au courage inouï, et tous ces enfants si jeunes. Ils nous restent anonymes, mais pour leurs proches, que de parents, d'amis, de voisins de toujours, irrémédiablement perdus.

Parmi les combattants d'un camp comme de l'autre, les deuils ne se comptent plus : on encaisse le décès des frères d'armes dans l'amnésie d'un quotidien sanglant. Dans toute cette détresse, ce dont les Syriens souffrent parfois le plus, c'est l'humiliation qui s'ajoute à leur tragédie. Des familles amputées subsistent à peine dans les décombres.

Des multitudes se massent aux frontières, souvent refoulées par un Irak ingrat, une Jordanie rétive aux Palestiniens syriens, une Turquie qui parfois sature, et un Occident avare de visas. Ceux qui franchissent les frontières ne sont pas sauvés pour autant : pour les Syriens, le Liban offre la promesse d'un mépris quotidien, quand on ne tente pas d'acheter leurs femmes en Jordanie et en Egypte. La communauté internationale verse plus de larmes qu'elle n'abonde les budgets de l'action humanitaire. Plongé dans son heure la plus noire, ce peuple toujours si solidaire des victimes de l'injustice ne rencontre que l'indifférence.

Un jour, les violences cesseront. Dans les vestiges d'une nation où tout sera à refaire, rien ne sera plus difficile à reconstruire que ce sentiment de fierté nationale. Le régime, ses sympathisants et ses alliés ont très tôt sacrifié toute considération morale à une lutte existentielle où la fin justifie les plus abominables moyens. L'opposition les a graduellement rejoints, légitimant ses propres excès par la barbarie de son adversaire.

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