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Iran : comment éviter l'affrontement

, Le Figaro  |   8 Mar 2012

Au lendemain du dialogue de sourds entre le président Obama et le Premier ministre Nétanyahou, le débat sur le programme nucléaire iranien nage en pleine confusion - au risque de sombrer dans la guerre.

Du côté israélien, on assiste à une surenchère de menaces quasi quotidiennes. Bluff destiné à faire pression sur l’Iran et la communauté internationale ou expression d’intentions sincères : qui sait ? Entre-temps, cette guerre hypothétique s’accompagne d’une guerre de l’ombre bien réelle celle-là, faite de cyberattaques, d’assassinats d’experts nucléaires iraniens ou d’explosions mystérieuses.

L’Occident n’est pas non plus exempt de contradictions. Tout en se démarquant d’une attaque militaire, les Etats-Unis précisent que toutes les options sont sur la table - façon peu subtile de la légitimer. L’Europe et les États-Unis craignent une escalade mais ne présentent comme alternative qu’une politique de pressions qui risque précisément d’y mener. Tout d’abord, parce qu’elle semble vouée à l’échec : le régime de Téhéran, se sentant assiégé et convaincu que l’Occident vise son renversement, acceptera difficilement de plier sous la contrainte. À ses yeux, cela le laisserait à la merci de ses détracteurs internes et externes. Pour l’ayatollah Khamenei, la seule chose plus dangereuse que de subir les coûts de la pression serait d’y céder. D’où le paradoxe : plus on clamera que les sanctions contraindront la République islamique à interrompre son programme nucléaire, et plus on les renforcera, moins on aura d’arguments pour contester une attaque militaire lorsqu’elles auront échoué.

Quant aux Iraniens, leur riposte aux pressions consiste d’une part à intensifier leurs activités belliqueuses (enrichissement d’uranium à des niveaux plus élevés ; menaces de fermeture du détroit d’Ormuz ; et, à en croire certaines informations, attaques contre des cibles israéliennes à l’étranger) ; de l’autre à accepter une reprise du dialogue avec le P5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne).

La confusion est une forme de diplomatie. Mais elle est aussi un jeu dangereux où les incertitudes peuvent conduire à d’irréparables faux pas. Il est temps d’y mettre un peu de clarté. Et de commencer par certains faits. D’abord, les progrès nucléaires iraniens sont indubitables et l’hypothèse d’un dessein militaire ne peut être exclue. Mais la marche vers l’obtention de l’arme suprême reste tout de même lointaine. L’intention reste à prouver, les obstacles techniques demeurent, et il faudra des années avant que Téhéran ne puisse produire une bombe atomique viable.

Ensuite : l’approche occidentale ne produira pas les effets souhaités. Le programme nucléaire avance - d’où les préoccupations accrues du moment. La stratégie poursuivie jusqu’à ce jour se résume à des sanctions suivies de discussions éphémères dont l’échec prévisible précipite à chaque occasion un durcissement des dites sanctions.

Enfin, cette dynamique a toutes les chances de provoquer un conflit dont presque tous les experts reconnaissent les risques. Le résultat des pourparlers Obama-Nétanyahou en dit long : le président américain a tenu bon, désavouant toute mesure hâtive et insistant sur le rôle de la diplomatie. Mais il a dû céder en échange : refus catégorique d’une stratégie d’endiguement d’un Iran nucléaire (alors que le débat sur ce sujet ne fait que commencer) ; approbation du droit d’Israël à décider seul d’une action qui nous affectera tous ; et promesse implicite d’une attaque américaine au cas où l’Iran tâcherait de franchir le seuil. Le Premier ministre l’a bien compris, en retenant de ce discours ce qui lui plaisait et en ignorant tout le reste.

Seule manière capable (peut-être) d’interrompre cet élan guerrier : mettre fin à cette gymnastique des sanctions musclées suivies de négociations molles et y substituer une initiative diplomatique sérieuse et soutenue. Celle-ci comprendrait l’acceptation du droit iranien à l’enrichissement sur son sol dès lors que Téhéran aura satisfait aux exigences de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ; approbation par Téhéran d’inspections internationales rigoureuses ; gel temporaire de son enrichissement au-dessus de 5 pour cent et gel simultané des nouvelles sanctions américaines et européennes ; et, au-delà, gestes iraniens en échange d’un assouplissement graduel des autres sanctions.

On peut douter du succès de cette approche. De tous côtés, la méfiance croît. Israël s’impatiente. L’Occident semble accroché à sa politique de sanctions tous azimuts. Quant aux dirigeants iraniens, il est possible que plus rien ne puisse les dissuader de poursuivre l’arme atomique. Imaginons le monde tel qu’ils le voient : l’Occident a renversé les régimes de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi qui ne possédaient pas l’arme suprême. Le régime nord-coréen, lui, reste toujours en place.

Le temps viendra peut-être où l’on devra débattre sérieusement de la question s’il vaut mieux vivre avec un Iran nucléaire ou vivre avec les conséquences d’une guerre visant à l’éviter. Pour l’instant, l’alternative entre une politique de sanctions - qui risque de faire faillite - et une attaque militaire - qui a toutes les chances de mener à la catastrophe - n’est pas un choix. C’est un terrible aveu d’échec.

Robert Malley, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du nord de l'International Crisis Group, analyse les stratégies possibles pour éviter l'escalade avec l'Iran.

Le Figaro

 
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