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Le processus de paix est mort. Vive le processus de paix !

Robert Blecher, Le Monde  |   7 Jun 2012

Vingt ans plus tard, le processus de paix israélo-palestinien est au point mort et la solution à deux Etats reste une chimère. Palestiniens et Israéliens ont depuis longtemps perdu espoir. Les médiateurs internationaux, aux prises avec le programme nucléaire iranien, la présidentielle américaine, la crise financière européenne et les soulèvements arabes, poursuivent leurs efforts sans énergie ni enthousiasme.

Toutefois, le statu quo diplomatique constitue l’occasion de repenser un processus qui a perdu toute crédibilité. Ceci implique notamment de répondre aux questions importantes longtemps ignorées ; de réintégrer les acteurs autrefois marginalisés ; de développer une stratégie palestinienne commune ; et de réformer ou remplacer le Quartet par un moyen de médiation plus efficace.

Ces changements ne seront pas évidents. Le processus initié en 1993 à Oslo est devenu un alibi pour servir les intérêts de chacun, parmi lesquels la paix n’a plus vraiment sa place. La poursuite des négociations permet à Israël de détourner les critiques internationales et à Washington de tenter de répondre aux demandes palestiniennes pour compenser son affinité avec Israël. L’Union européenne, la Russie et le secrétaire général de l’ONU, quant à eux, obtiennent un siège à une des tables diplomatiques les plus prisées au monde. Alors que les Palestiniens sont les principales victimes de l’immobilisme, l’Autorité palestinienne, quant à elle, risque de s’effondrer si la mort du processus de paix, maintenu en vie artificiellement, venait à être déclarée.

La peur du vide politique, qui serait inévitablement marqué par le désespoir et le chaos, justifie la survie illusoire du processus de paix. Raisonnement étrange alors que celui-ci manque cruellement de crédibilité. Tout aussi infondée est la peur de voir des violences éclater alors même que l’espoir de voir les négociations aboutir à une solution équitable a disparu. S’accrocher à ces illusions ne fait qu’éloigner les perspectives de véritables négociations.

Il faut aujourd’hui prendre le recul nécessaire pour établir une stratégie plus cohérente, et saisir l’opportunité de repenser le processus lui-même. L’échec des négociations n’est le résultat ni d’un concours de circonstances, ni d’une mauvaise application d’une stratégie bien fondée. Une véritable réforme du processus de paix pourrait permettre de traiter les problèmes fondamentaux qui datent non seulement de la guerre de 1967 – l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza – mais également de l’établissement d’Israël et du déplacement forcé d’une vaste majorité de la population palestinienne. La question de la nature de l’Etat d’Israël doit être évoquée, ainsi que le droit au retour des réfugiés palestiniens. La place prépondérante de la religion dans le débat politique et ses implications pour les efforts de paix doivent également être prises en compte.

Les négociations doivent inclure tous les acteurs, y compris ceux qui ont été marginalisés ou sous-représentés pendant des décennies, du côté israélien - la droite nationaliste et religieuse – comme palestinien – les islamistes, la diaspora et les citoyens palestiniens d’Israël. Intégrer ces groupes au dialogue de manière constructive est nécessaire, même si cela représente un défi considérable.

Le mouvement national palestinien doit, en parallèle, se doter d’une stratégie unifiée et cohérente. Sa direction, bien qu’elle ait tenté à maintes reprises de surmonter le marasme politique, appréhende l’adoption d’une nouvelle approche. Cette réserve a non seulement terni sa crédibilité, mais a aussi fait perdre patience à la communauté internationale. La réconciliation entre le Hamas et le Fatah est une condition sine qua non de la mise en place d’une stratégie efficace. Un véritable débat doit répondre à plusieurs questions fondamentales : une internationalisation potentielle du problème auprès d’institutions comme l’ONU, une éventuelle refonte de l’Autorité palestinienne, et la possibilité d’une résistance populaire pacifique et efficace – si tant est que les Palestiniens sont prêts à en payer le prix.

Le rôle du Quartet dans la région, dont les réalisations depuis sa création en 2002 restent floues, doit être examiné minutieusement. L’échec du processus de paix signe sa défaite. Encouragé par l’exemple américain, il a souvent choisi la voie de la facilité, créant ainsi l’illusion d’une politique commune. Le rôle du secrétaire général de l’ONU prête à confusion puisqu’une majorité des Etats membres des Nations unies s’opposent à de nombreuses positions du Quartet. Ce dernier doit être supprimé ou complètement restructuré, par exemple en y invitant des puissances émergentes comme le Brésil ou la Turquie, ainsi que des Etats arabes.

Quelle que soit la prochaine étape, il est clair qu’aucune des parties concernées, au niveau régional ou international, n’a fait preuve d’honnêteté quant à ses convictions. Le premier pas pour se défaire de cette addiction à un processus de paix vain sera de se rendre à l’évidence, et de dire enfin tout haut ce que tout le monde pense déjà tout bas : le processus de paix est mort.

Le Monde

 
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