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Les Arabes d'Israël : une citoyenneté en conflit

Robert Blecher, Le Monde  |   31 Jul 2012

Salim Joubran, citoyen arabe et juge à la Cour suprême d'Israël, a provoqué une controverse en s'abstenant d'entonner l'hymne israélien au cours d'une cérémonie officielle et en se contentant durant celui-ci de se lever. Pour l'extrême droite, ce silence a été perçu comme un acte de trahison. Le député David Rotem, président de la commission constitution, droit et justice de la Knesset, a demandé son limogeage. Les citoyens palestiniens d'Israël, au contraire, ont applaudi Joubran, seul juge arabe à la Cour suprême, pour ce qu'ils considèrent comme un geste de défi à l'égard de cet important symbole étatique. Le premier ministre Netanyahou, pour sa part, l'a défendu avec autant de retenue que possible. Il a dit comprendre que Joubran demeure silencieux lorsque ses collègues chantent un hymne évoquant l'âme juive. Sans toutefois s'attaquer à la racine du problème et au fait que l'hymne national devrait sans doute répondre aux aspirations de tous, y compris des citoyens palestiniens, afin qu'ils aient le désir de l'entonner eux aussi.

Les relations entre la majorité juive et la minorité arabe en Israël n'ont cessé de se détériorer depuis 2000. La première perçoit la seconde comme le cheval de Troie de la résistance palestinienne, dont la croissance démographique menace à terme la persistance d'une majorité juive en Israël Les Arabes d'Israël, victimes d'inégalités économiques, sociales, culturelles et religieuses, sont de plus en plus marginalisés et ont le sentiment d'être des citoyens de seconde zone. Il leur est devenu très difficile d'accepter un système perçu comme injuste, sentiment qui alimente leur désir de favoriser le changement par la contestation.

Il n'existe pas de solution facile ou rapide. Israël doit prendre des mesures d'intégration pour éviter une radicalisation. Sur le long terme, il est indispensable que la question qui a divisé les Juifs israéliens et le mouvement national palestinien depuis 1948, lors de l'établissement d'Israël et du déplacement de centaines de milliers de palestiniens, soit résolue : quel est le caractère de l'Etat d'Israël, et de quels droits ses citoyens arabes doivent-ils bénéficier ?

Ces derniers se tournent désormais vers l'extérieur, leurs voisins arabes et la communauté internationale, pour obtenir un soutien moral et politique. Ils affirment ouvertement leur identité palestinienne et expriment leur méfiance à l'égard de la vie politique israélienne. Leur participation aux élections s'est ainsi considérablement affaiblie, et ceux qui se rendent encore aux urnes préfèrent accorder leur voix aux partis arabes plutôt qu'aux traditionnels partis sionistes.

Le rapprochement entre les citoyens arabes et les ennemis de l'Etat a aggravé la méfiance de la majorité juive à l'égard d'une communauté qu'elle perçoit comme une cinquième colonne. Cette hostilité se manifeste à travers des efforts législatifs visant à renforcer le caractère juif de l'Etat et les multiples tentatives d'interdire les partis arabes. Ce qui pour la communauté palestinienne est une lutte légitime pour ses droits est perçu en Israël comme un déni du nationalisme juif. Ce qui est perçu par la majorité juive comme une complicité avec ses ennemis n'est pour les Palestiniens d'Israël que l'expression d'affinités culturelles, religieuses et linguistiques avec des “frères”.

Ces ressentiments sont alimentés par l'échec d'un processus de paix depuis longtemps au point mort. La question des Arabes israéliens a longtemps été considérée comme une affaire israélienne interne et l'inclusion de ce sujet dans les négociations israélo-palestiniennes comme un facteur de complexité supplémentaire. Pourtant, ces deux questions sont intrinsèquement liées : Israël exige que l'Organisation de la libération de la Palestine (OLP) reconnaisse le caractère juif de l'Etat, ce qui aurait forcément des implications pour la minorité arabe. Les dirigeants palestiniens et israéliens ne peuvent pas se permettre d'ignorer la situation de cette dernière, dont le soutien à un accord de paix est indispensable pour satisfaire pleinement les revendications palestiniennes et résoudre le conflit autour de l'identité d'Israël.

Un processus en trois étapes semble possible. D'abord, une administration politique plus juste – et plus démocratique – des droits des citoyens palestiniens, donc une meilleure intégration dans le pays, pourrait apaiser les tensions. Quant à eux, les citoyens palestiniens devraient éviter un discours trop intransigeant, et reconnaître l'attachement historique du peuple juif à la terre d'Israël/Palestine historique.

Ensuite, l'ouverture d'un dialogue d'abord intra-communautaire, puis intercommunautaire, pourrait leur permettre d'adopter une position claire sur leurs demandes respectives. Les Palestiniens d'Israël, s'ils comptent obtenir l'égalité absolue, devront sûrement céder et reconnaître le droit du peuple juif à constituer la majorité nationale en Israël. En échange, le gouvernement israélien pourrait leur accorder le statut de minorité nationale, qui leur confèrerait des droits collectifs en tant que communauté, auxquels s'ajouteraient des droits individuels inaliénables. Enfin, dans le cadre d'une solution à deux Etats, les deux communautés pourraient discuter des droits et devoirs de chacun et de la meilleure manière de les faire coexister.

La perspective de trouver un compromis sur le caractère de l'Etat d'Israël reste néanmoins peu probable alors que la solution à deux Etats s'éloigne. Pourtant, après des décennies de négociations vaines et de détérioration des relations intercommunautaires, existe-t-il une autre solution ?


Robert Blecher est le directeur du projet Israël-Palestine de l’International Crisis Group.

Le Monde

 
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