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Le Hamas à l'heure des choix

Nathan Thrall, Le Figaro  |   20 Sep 2012

Le printemps arabe met le Hamas au défi. Le mouvement islamiste a abandonné son quartier général de Damas – un coup dur porté aux liens avec l’Iran – tout en renforçant ses relations avec plusieurs alliés des États-Unis - Égypte, Qatar et Turquie. Sommé de prendre parti dans un contexte régional tendu, il s’est efforcé de rester neutre. Les tensions au sein du mouvement n’ont jamais été aussi fortes, particulièrement quant à l’attitude à adopter face aux bouleversements régionaux. Les dirigeants en Cisjordanie et en exil estiment qu’il serait temps de prendre des mesures audacieuses en faveur de l’unité palestinienne, pour faciliter l’intégration régionale et internationale du Hamas. Ceux de Gaza, en revanche, privilégient la prudence dans un contexte imprévisible.

Les soulèvements arabes ont bouleversé sa position. Ces dernières années, le mouvement islamiste s’est trouvé isolé sur le plan diplomatique, asphyxié économiquement, quasiment évincé de la Cisjordanie et contraint de maintenir un fragile cessez-le-feu face à un adversaire bien plus puissant. Incapable de satisfaire les exigences populaires de réconciliation avec le Fatah, il s’est retrouvé aux prises avec les contradictions inhérentes à sa qualité de mouvement islamiste, contraint par une gouvernance laïque, et celle de force de résistance opposée à toute attaque contre Israël en provenance de Gaza. Confronté à une baisse de popularité depuis les élections législatives de 2006 qui l’ont porté au pouvoir, le Hamas était critiqué tant de l’intérieur que de l’extérieur. Il a souffert de défections dans sa base militante, au profit d’autres groupes plus attachés au respect de la loi islamique et plus déterminés à attaquer Israël. Maigre consolation, le Fatah, son meilleur ennemi, se trouve dans une situation tout aussi délicate.

Les révoltes arabes semblent avoir changé la donne. Le Hamas s’est réjoui du renversement du président égyptien Hosni Moubarak, allié du Fatah, et de la montée en puissance des Frères musulmans, dont il est lui-même issu. Les restrictions au point de passage de Rafah entre le Sinaï et Gaza, moyen de pression de l’ancien régime égyptien, ont été allégées. Et la position des partis islamistes dans les pays voisins s’est renforcée. La région semblait alors pleine de promesses d’un nouvel ordre plus démocratique, reflétant l’aversion générale à l’encontre d’Israël et de ses alliés, et les affinités populaires pour le Hamas. De quoi annoncer la réalisation des objectifs du Hamas : gouverner Gaza, affaiblir l’emprise  du Fatah sur la Cisjordanie, diffuser les valeurs de l’islam, mettre un terme à son isolement diplomatique et renforcer ses alliances régionales en opposition à Israël.

Cependant, il paie le prix fort de ces nouvelles dynamiques régionales. Le soulèvement en Syrie lui pose un dilemme cornélien. D’un côté, il souhaite manifester sa gratitude à un pays qui lui a offert un soutien que presque tous ses voisins lui ont refusé, et craint de s’aliéner l’Iran, son plus grand pourvoyeur de fonds et d’armes. De l’autre, il a une dette morale envers le peuple syrien et souhaite maintenir ses liens avec les Frères musulmans et les Arabes sunnites, majoritairement dans l’opposition syrienne. Ses obligations envers les réfugiés palestiniens de Syrie, qui risquent d’être victimes des décisions prises par leurs dirigeants, compliquent davantage l’équation.

Les alliances régionales qu’il fera demeurent incertaines, notamment en raison des lignes de fracture manifestes depuis les premiers soulèvements arabes. Les désaccords portent sur le moyen de tirer profit des bouleversements régionaux et les sacrifices pour y parvenir. L’unité l’emporte, mais seulement parce que l’attentisme règne en son sein.

La communauté internationale a-t-elle tiré les enseignements des six dernières années ? Américains et Européens ont cru qu’ils pouvaient défaire les élections législatives de 2006, conduisant au schisme entre la Cisjordanie et Gaza l’année suivante. Ils se sont également leurrés en imaginant que cette division permettrait à Ramallah de conclure la paix avec Israël et forcerait le Hamas, assiégé, à céder le pouvoir. Ces dénouements se sont avérés illusoires, mais aucune autre solution n’a vu le jour. Le revirement des politiques américaine et européenne à l’égard des Frères musulmans pourrait constituer une chance de remédier à cette situation.

Toutes les parties concernées doivent prendre des engagements significatifs. Pour le Hamas, ils consistent en un solide cessez-le-feu à Gaza, une contribution à la stabilisation du Sinaï, un mandat accordé au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour négocier avec Israël et le respect des résultats d’un référendum populaire. En contrepartie, les États-Unis et l’Europe doivent donner des garanties qu’ils traiteront avec un gouvernement d’union dont le programme et les actions seront en adéquation avec ces principes ; garanties conjuguées à des assurances israéliennes sur le cessez-le-feu à Gaza et l’amélioration des conditions économiques dans le petit territoire palestinien.

Nathan Thrall est spécialiste du Moyen-Orient à l’International Crisis Group

Le Figaro

 
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