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Qui craint une révision du traité de paix entre Israël et l’Égypte ?

Ofer Zalzberg, Le Figaro  |   25 Jul 2012

 

L’appel du nouveau président égyptien, Mohammed Morsi, à réviser l’accord de paix israélo-égyptien a suscité bien des inquiétudes à Jérusalem. Morsi et les Frères musulmans ont, il est vrai, répété qu’ils respecteraient les accords existants et que la révision porterait principalement sur l’annexe militaire du traité.

Ce projet de révision, largement plébiscité par les Égyptiens, figurait d’ailleurs au programme de la plupart des candidats à la présidentielle. Pourtant, les craintes provoquées depuis toujours en Israël par les affinités idéologiques entre les Frères musulmans et le Hamas ont semé le doute parmi les Israéliens quant aux véritables intentions de Morsi et à la modification de l’annexe en particulier.

Le traité de 1979 limitait la présence militaire égyptienne dans la péninsule du Sinaï, de façon à préserver la souveraineté égyptienne sans sacrifier la profondeur stratégique que le Sinaï offrait à Israël. Aujourd’hui, Le Caire soutient que la péninsule, censée être une zone tampon, est devenue une région de non-droit, affirmant que seule une présence militaire égyptienne accrue pourrait renverser la tendance. Jérusalem  rejette cet argument en rappelant que de nombreuses dérogations ont déjà été accordées et que l’Égypte est libre d’y déployer autant de forces de police qu’elle le souhaite.

Israël estime en effet que le projet de révision est en réalité motivé par le désir de l’Égypte de restaurer l’honneur national, en rétablissant sa liberté d’action sur son propre territoire. Peu enclin à renoncer à la profondeur stratégique que lui offre le Sinaï, Jérusalem attend que Le Caire, certainement préoccupé lui-même par la situation, s’attaque au vide sécuritaire qui règne dans la péninsule, sans modifier le traité ni son annexe.

Deux issues principales se présentent, qui pourraient affecter non seulement l’annexe militaire mais aussi la pérennité du traité dans son ensemble. Si aucune révision n’est effectuée, Le Caire pourrait faire traîner son intervention dans le Sinaï, ne serait-ce que pour éviter des répercussions sur le plan intérieur, un détournement des ressources au détriment d’autres priorités, et pour préserver son argument clé en faveur d’une modification des accords passés. Israël se retrouverait alors aux frontières d’une région plongée dans
le chaos où Bédouins et autres se livrent à toutes sortes de trafics (armes et migrants inclus) et où prospèrent des groupes rebelles.

Si les attaques transfrontalières se multiplient et si Israël juge la réponse égyptienne trop laxiste, il risque de se retrouver dans une impasse tant sur le plan diplomatique qu’opérationnel. Israël pourrait, selon un scénario plus pessimiste encore, risquer une incursion militaire, en dépit des conséquences désastreuses que celle-ci aurait sur les relations israélo-égyptiennes.

L’autre option consisterait à négocier une révision de l’annexe militaire. Israël s’opposerait certainement à une présence militaire égyptienne illimitée dans le Sinaï, mais pourrait consentir à des modifications plus légères, en acceptant par exemple le stationnement permanent de véhicules de transport de troupes, surtout si ces modifications vont de pair avec une coopération renforcée en matière de renseignement. Jérusalem craint cependant qu’un échec des négociations ne sape non seulement la légitimité de l’annexe, mais également celle du traité lui-même. Il sera donc réticent à entamer des négociations à moins que le succès de celles-ci ne soit quasiment assuré, par le biais d’un accord secret préalable par exemple.

Ce deuxième scénario présente plus d’avantages qu’il n’y paraît. Malgré les risques qu’il comporte, il pourrait bénéficier aux deux pays ainsi qu’à la cause de la paix. Pour Jérusalem, l’adhésion de Morsi et du parlement égyptien à l’annexe et, par extension, au traité lui-même, constituerait l’élément clé de l’accord. Cette adhésion permettrait, en particulier si elle est effectuée avec la bénédiction du guide suprême des Frères musulmans, de renforcer la légitimité du traité aux yeux des dirigeants égyptiens mais aussi de l’opinion publique, à une période où celle-ci est de plus en plus déterminante. Cette avancée pourrait à terme servir de précédent et avoir des répercussions sur l’opposition du Hamas à une souveraineté non musulmane sur des terres du Waqf.

Deux options s’offrent aujourd’hui à Israël : conserver l’atout que représente la profondeur stratégique d’un Sinaï quasiment démilitarisé, ou préférer à celui-ci le succès politique que constitue l’adhésion des Frères musulmans au traité de paix avec Israël. Ceci impliquerait un revirement important de la part de ces derniers par rapport à leurs positions antérieures. Mais en raison des problèmes socio-économiques actuels de l’Égypte, le nouveau président doit enregistrer des succès à tout prix et une telle victoire diplomatique pourrait se révéler tentante.

Si l’influence islamiste croissante dans le monde arabe a conduit Israël à adopter une attitude attentiste, la montée en puissance des Frères musulmans a également créé des opportunités que Jérusalem ne devrait pas ignorer.

 

Ofer Zalzberg est l’analyste principal pour le programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’International Crisis Group.

Le Figaro

 
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