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La Palestine de Tony Blair

Chris Patten, L'Orient-Le Jour  |   29 Mar 2008

L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a de nombreux traits de caractère positifs, dont un charme indéniable. Il lui faudra mobiliser toutes ses qualités pour faire face à l’éventail hallucinant de tâches auxquelles il s’est attelé depuis qu’il a été remplacé  par son terne successeur, Gordon Brown. Sa première tâche, après avoir dirigé le Royaume-Uni, a été de chercher à établir la paix au Proche-Orient en contribuant à mettre en place les instances gouvernementales d’un État palestinien.

Depuis lors, Blair est devenu conseilleur auprès de diverses institutions bancaires (qui, ces jours-ci, ont besoin de tous les conseils que l’on veut bien leur dispenser), participe à des conférences dans le monde pour promouvoir une politique sensée sur le réchauffement et le changement climatique, a créé une fondation pour tenter de combler les clivages entre religions et donne en sus des conférences sur la religion à Yale. Il reste encore à rétablir l’excellence des équipes britanniques de football et de criquet, tâches auxquelles il pourrait peut-être s’atteler durant les week-ends.

Mais Blair a dernièrement fait une remarque utile sur la Palestine et Israël, qui doit être prise au sérieux. Tout au long des interminables années de cette tragédie sanglante, nous avons tenté de nous rapprocher pas à pas d’un accord par des mesures destinées à établir la confiance ou, dans le cas de la « Feuille de route » défunte, en incitant chacune des parties à accomplir des étapes parallèles vers un accord. Certains observateurs, notamment les tenaces militants israéliens pour la paix, se sont faits les avocats d’une approche différente.

Vous n’y arriverez jamais, disent-ils, si vous tentez de louvoyer lentement vers une solution. Il faut sauter les étapes et aller directement à un accord final. Et puisque vous ne parviendrez jamais à convaincre les deux parties de l’accepter, il faut l’imposer de l’extérieur.

Mais ce projet ambitieux est plus facilement décrit que réalisé. Même si les dirigeants israéliens semblent souvent moins progressistes dans leur approche de la paix que l’opinion publique israélienne, il paraît difficile d’agir sans leur consentement. Ils doivent être contraints et forcés à mener des négociations qui aboutissent.

Quelles sont les implications de la mise en place immédiate d’un État palestinien ?

Tony Blair ne propose vraisemblablement pas aux Palestiniens la création d’un État avant qu’un accord soit trouvé sur les frontières définitives. Il ne peut y avoir d’État palestinien sans résoudre le problème des colonies en Cisjordanie. Si vous ne me croyez pas, visitez la Cisjordanie et constatez par vous-même comment le développement proposé de Jérusalem Est empiète sur le cœur du territoire palestinien en direction de la Mer morte. Comment imaginer un État viable dépecé par des barrières, des routes militaires et des barbelés ?

Les frontières de tout État palestinien doivent être celles de 1967 (ajustées par les négociations). Les militants pour la paix des deux parties ont résolu cette question lors de la conférence de Genève. Yasser Arafat et Ehud Barak sont presque parvenus au même résultat à Camp David, il y a près de huit ans.

De plus, un État palestinien devrait comprendre non seulement la bande de Gaza et la Cisjordanie, mais devrait également satisfaire les principaux partis politiques de chaque camp. Les tentatives faites pour détruire le Hamas – que ce soit politiquement ou physiquement – ont échoué et ne peuvent qu’échouer. Les Américains et les Européens ont commis une erreur grossière en s’accordant pour anéantir le gouvernement d’unité nationale du Fatah-Hamas, qui avait pu voir le jour en grande partie grâce aux efforts de l’Arabie saoudite et d’autres pays de la Ligue arabe.

J’espère que Tony Blair réussit à le faire comprendre à ses amis américains. Sa plus grande réussite a été l’accord de paix avec l’Irlande du Nord. Ce triomphe historique a dépendu en grande partie de la coopération des politiciens du Sinn Fein – les dirigeants du mouvement républicain irlandais qui dans de nombreux cas ne pouvaient être distingués des membres de l’IRA qui ont posé des bombes, abattus ou blessés des civils pour atteindre leurs objectifs politiques.

Pourquoi ce qui a été réalisable en Irlande du Nord – ce qui a en fait été imposé au Royaume-Uni par les Etats-Unis – ne le serait-il pas au Proche-Orient ? L’Occident serait-il une fois encore coupable d’agir selon deux poids, deux mesures ?

J’abhorre tout acte terroriste, que ce soit par le Hamas ou d’autres. Des amis proches ont été tués par des terroristes. Mais depuis quand les sentiments et la condamnation morale suffisent-ils à mettre en œuvre une politique ? Et depuis quand une réponse militaire disproportionnée a-t-elle permis d’éradiquer le terrorisme ?

La troisième difficulté de l’établissement d’un État palestinien est la mise en place des institutions gouvernementales : les hôpitaux, ports, aéroports, routes, tribunaux, postes de police, bureaux des autorités fiscales et archives du gouvernement. Alors que j’étais commissaire européen, l’UE a fourni des fonds, provenant des contribuables européens, pour financer de telles institutions, qui ont ensuite été détruites par Israël lors de la deuxième intifada.

Comment la destruction des permis de conduire des Palestiniens peut-elle préserver la sécurité d’Israël ? Comment celle-ci est-elle préservée par la démolition des pistes d’aviation, l’arrachage des oliviers et la pollution des puits ?

Tout État palestinien devra être construit du bas vers le haut. Et ce qui sera construit ne devra pas être détruit.

Je rêve du jour – et je suis sûr que Blair partage ce rêve – où un État palestinien pacifique coexistera auprès d’un État hébreu en sécurité dans une région unifiée, prospère et stable. Peut-être que l’ancien Premier ministre britannique a trouvé une solution. Il devrait pourtant, entre les réunions de conseils d’administration, les conférences et les sessions photos, réfléchir aux implications de cette approche.

Chris Patten, ancien gouverneur de Hong Kong et ancien commissaire européen responsable des relations extérieures, est aujourd’hui chancelier d’Oxford et co-président de l’International Crisis Group.