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En Palestine, le calme trompeur avant une troisième intifada

Nathan Thrall, Rue 89  |   20 Jul 2012

Le mois dernier, des experts israéliens ont averti le Premier ministre Benjamin Netanyahou et ses conseillers de l’imminence d’une troisième intifada.

Quel qu’en soit le catalyseur, incendie d’une mosquée ou nouvelles colonies, la cause profonde de l’agitation en Cisjordanie réside dans la conviction partagée par la plupart des Palestiniens que la stratégie de leur président, Mahmoud Abbas, est dans l’impasse.

Cette stratégie politique reposait sur l’idée que la coopération avec Israël en matière de sécurité apaiserait les inquiétudes de ce dernier, annulant ainsi la justification principale de la poursuite de l’occupation de la Cisjordanie, et ouvrant la voie à la création d’un Etat palestinien.

Ironie de la situation, nombre d’Israéliens ont pu, grâce au succès de ces efforts, s’offrir le luxe d’oublier l’existence même de l’occupation.

Du fait du calme relatif qui règne en Cisjordanie, la majorité des Israéliens croient désormais que leur Etat peut demeurer à la fois juif et démocratique sans avoir à céder de territoire.

Les Israéliens satisfaits du statu quo

L’été dernier, des centaines de milliers d’Israéliens ont manifesté contre la flambée des prix du fromage et du logement sans que personne n’évoque la situation des Palestiniens en Cisjordanie. Celle-ci a tout simplement cessé de faire partie des préoccupations principales d’Israël en matière de sécurité.

Il faudrait que Netanyahou soit exceptionnellement visionnaire ou prêt à commettre un suicide politique pour remettre en cause un statu quo qui convient à la grande majorité de la population.

Les Palestiniens, en revanche, voient leurs dirigeants se démener sans obtenir aucun résultat, espérant que leur bonne conduite finira par entraîner la création d’un Etat indépendant. Quelles que soient leurs convictions politiques, ils sont désormais persuadés que la question n’est plus de savoir s’il faut faire augmenter le coût de l’occupation, mais comment y parvenir.

Durant les années 90, Abbas fut l’un des architectes du processus d’Oslo. Il est vraisemblablement le dernier aujourd’hui à y croire encore. Il a un temps cherché à plaire aux jusqu’au-boutistes, menaçant de démanteler l’Autorité palestinienne et refusant de négocier sans un gel de la colonisation, avant de revenir sur ses promesses.

Le système de sécurité palestinien menacé

Le fossé entre sa politique et l’opinion publique s’est creusé à mesure que ses actes ont cessé de refléter ses paroles, conduisant le gouvernement à accroître la répression. Même les plus proches conseillers du président confient qu’il risque de devenir un nouvel Antoine Lahad, chef de la milice inféodée à Israël durant l’occupation du Sud-Liban.

Abbas lui-même a reconnu que le processus de paix était bloqué et que sa politique avait essentiellement contribué à créer une « situation confortable » pour Israël, qui n’a aujourd’hui aucun intérêt à accepter le moindre changement.

Les forces de sécurité palestiniennes n’ont plus aucun motif de croire que leurs efforts servent les intérêts nationaux et Israël ne peut compter indéfiniment sur l’Autorité palestinienne pour assurer sa sécurité. La réapparition récente de la violence à Jénine et les grèves de la faim des prisonniers palestiniens ont conduit Abbas à admettre que le système de sécurité risquait de s’effondrer.

Un aveu qui faisait écho aux déclarations de Yuval Diskin, ancien directeur du Shin Bet, selon lequel la seule question qui subsiste est de savoir à quel moment va surgir l’étincelle qui fera tout exploser.

En cause, l’annihilation de tout espoir palestinien d’obtenir un Etat, toutes les tentatives palestiniennes ayant échoué, à l’image du boycott des emplois et produits des colonies et du revers diplomatique essuyé par Abbas à l’ONU.

Soulèvement populaire ou résistance armée ?

Deux options subsistent : le soulèvement populaire et la résistance armée. Les divisions entre Hamas et Fatah, qui perçoivent la mobilisation populaire comme un prélude à leur renversement et à l’émergence d’une nouvelle élite, constituent un obstacle à la première option.

Des manifestations massives en Cisjordanie mettraient les forces palestiniennes face à un dilemme : contenir par tous les moyens toute manifestation se déroulant à proximité de soldats ou de colons ou mettre fin à la coopération en matière de sécurité.

Un soulèvement pourrait rapidement se transformer en conflit armé, ce qui explique le soutien particulièrement discret du gouvernement aux manifestations hebdomadaires localisées dont les médias occidentaux raffolent.

La seconde option satisferait, malgré l’apathie générale, nombre de Palestiniens qui estiment que la violence s’est révélée plus efficace que les négociations, comme le prouvent d’après eux la signature des accords d’Oslo après la première intifada, le retrait du Sud-Liban en 2000, les différentes initiatives de paix lancées après la seconde intifada et le retrait israélien de Gaza en 2005.

Pour les plus militants, l’occupation se poursuivra tant que le prix à payer ne sera pas plus élevé pour Israël. Matti Steinberg, un ancien conseiller israélien à la sécurité, estime qu’« Israël est pris dans un cercle vicieux : il affirme ne pas pouvoir faire la paix tant que la violence perdure, mais n’a plus aucune raison de faire la paix lorsque cesse la violence ».

Derrière le calme apparent, Abbas a posé les fondations d’une dangereuse instabilité à venir. Le Hamas, quant à lui, est déjà passé à autre chose. Bassem Naim, ministre de la Santé du mouvement, m’a confié en novembre : « Israël a eu une occasion rêvée de signer un accord avec Abbas. Mais il a laissé passer sa chance et elle ne se représentera pas. »

Nathan Thrall est analyste pour le Moyen-Orient à l’International Crisis Group.

Rue 89