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Rapport annuel 2012

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Message de la présidente

Au regard de l’année qui vient de s’écouler, rythmée par la création d’un nouvel Etat, le renversement de régimes répressifs, et l’espoir suscité par la revendication de nouveaux droits, le travail de l’International Crisis Group en matière de prévention et de résolution des conflits meurtriers s’avère plus nécessaire que jamais. Crisis Group a fourni une analyse toujours pertinente et opportune des développements au cours de cette année 2011, soulignant le prix de l’action comme de l’inaction et préconisant des initiatives politiques visant une résolution pacifique et durable des crises les plus graves.

Les transformations politiques fondamentales issues du Printemps arabe ont été au cœur de l’actualité toute l’année. Le soulèvement populaire parti de Tunisie a fait vaciller des régimes en apparence inébranlables mais en réalité affaiblis à travers la région. L’Egypte et la Tunisie ont connu des élections décisives, et en Libye, les rebelles ont délogé Mouammar Kadhafi après six mois de guerre civile et une intervention militaire mandatée par le Conseil de sécurité. Au Bahreïn et au Yémen, des affrontements violents et une répression brutale ont creusé le fossé entre les différentes composantes de la société. Le bilan humain ne cesse de s’alourdir en Syrie, menaçant l’avenir du pays et de la région toute entière alors que le consensus international fait cruellement défaut.

Nos efforts pour attirer l’attention sur les causes et les conséquences des conflits meurtriers et fournir des solutions pour les résoudre ne passent pas inaperçus. Nous avons constamment recommandé d’accorder une attention soutenue à la Côte d’Ivoire, où le refus de l’ancien président d’accepter le résultat des élections a entrainé un retour bref mais brutal à la guerre civile, avant que la justice des vainqueurs n’aggrave les clivages. En Afghanistan, nous avons mis en garde contre l’impunité, qui finira par saper les efforts de réconciliation et d’aide humanitaire à moins d’être rapidement combattue. En Somalie, nous avons préconisé une action immédiate face à la crise humanitaire en soulignant que les prochaines catastrophes alimentaires ne pourront être évitées que dans le cadre d’un Etat viable et décentralisé.

L’année passée nous a rappelé que la moindre étincelle peut déclencher une crise si certaines conditions sont réunies, soulignant la nécessité de surveiller de près les « points chauds » sous-médiatisés. En octobre, Crisis Group a publié son premier grand rapport sur le crime organisé au Guatemala et la violence dramatique dont ce phénomène est responsable. Nous avons attiré l’attention sur l’escalade du conflit entre l’armée turque et les militants kurdes du Nord de l’Irak. Nous avons également décidé d’établir un projet pour couvrir le Nord-Caucase, région la plus meurtrière de l’Europe.

Le mérite du succès de Crisis Group revient aux membres de notre équipe, qui travaillent dans différentes villes à travers le monde et couvrent, pour certains, des problèmes épineux dans des conditions difficiles. Je souhaite profiter de cette opportunité pour les remercier sincèrement de leur loyauté et de leur professionnalisme. Si à Crisis Group une victoire durement obtenue nous encourage, comme en Tunisie ou au Myanmar (Birmanie), la suffisance ne fait pas partie de notre mot d’ordre. Nous poursuivrons ainsi nos efforts pour empêcher la recrudescence de la répression et des conflits meurtriers et accroitre les chances d’établir une paix durable.

Louise Arbour, présidente-directrice générale
Bruxelles,
1 février 2012

Louise Arbour était haut-commissaire aux droits de l’homme de 2004 à 2008 et procureur général des Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda de 1996 à 1999. Elle est présidente-directrice générale de l’International Crisis Group depuis juillet 2009.