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critique ?

Madagascar : la crise à un tournant
critique ?

Antananarivo/Nairobi/Brussels  |   18 nov. 2010

Alors que la crédibilité de l’annonce d’un coup d’Etat hier par un groupe d’officiers militaires reste incertaine, les derniers événements démontrent la fragilité de la situation à Madagascar et l’urgence d’adopter une nouvelle stratégie pour sortir de cette longue crise. Les négociations doivent maintenant porter sur un soutien international à l’organisation d’élections, soumis au respect de conditions strictes.

Madagascar : la crise à un tournant critique ?, le dernier rapport de l’International Crisis Group, analyse l’échec des tentatives de médiation nationales et internationales et l’enlisement de la crise qui en découle. La Haute autorité de la transition (HAT), le régime au pouvoir dirigé par Andry Rajoelina depuis début 2009 et qui a organisé un référendum hier afin de tenter de légitimer son processus grâce à la probable victoire officielle du « oui », est considérée comme illégitime par l’opposition et la communauté internationale, qui n’acceptent pas non plus son plan de sortie de crise. Le soutien de partis politiques opportunistes confère à ce plan une impression trompeuse d’inclusivité, mais le régime garde le contrôle du processus.

« Madagascar se trouve dans un équilibre précaire, la corruption atteint un seuil critique, et le risque d’explosion sociale est élevé », explique Charlotte Larbuisson, Analyste Afrique australe. « La population s’appauvrit et les structures de l’Etat se délitent. La crédibilité du coup d’Etat militaire annoncé par des officiers hier reste incertaine, mais seules des élections crédibles permettront au pays de retrouver un ordre constitutionnel et de relancer son économie. »

Les médiations pour une gestion inclusive de la transition ont toutes achoppé sur un refus général de réaliser des compromis. Les acteurs qui auraient pu débloquer la situation n’y sont pas parvenus, ou ne l’ont pas voulu, alors que d’autres ont délibérément fait traîner la situation à leur avantage. Si les autorités persistent dans l’organisation unilatérale d’élections en 2011, la communauté internationale refusera certainement de reconnaître le nouveau régime. La crise pourrait alors durer encore plusieurs années, mais Madagascar ne peut pas prendre le risque de se voir isolé du reste du monde.

La priorité pour la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) – avec le soutien du Groupe international de contact - et les autorités en place doit être de parvenir à un accord sur les conditions d’un soutien international au processus électoral. Ce soutien devrait être soumis au respect de certains engagements par le régime, tels que la confirmation de la non candidature d’Andry Rajoelina aux élections, la révision du calendrier électoral, la transparence sur les contrats signés par les autorités, l’absence de prises de décisions en dehors du domaine des affaires courantes, des mesures d’amnistie telles qu’envisagées dans les précédents accords, et un audit des finances publiques par les institutions financières internationales. Si ces engagements ne sont pas respectés, les Etats-Unis, l’Union européenne et d’autres – si possible par l’entremise du Conseil de sécurité des Nations unies - devraient relayer les sanctions individuelles adoptées par l’Union africaine.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) devrait être en charge de l’ensemble des élections, mais elle devrait être remaniée et renforcée afin de pouvoir les organiser de manière crédible. Le Secrétariat des Nations unies devrait rapidement envoyer une mission d’évaluation électorale afin de déterminer quand les élections peuvent être organisées et déployer une équipe de conseillers pour aider la CENI. La possibilité d’y nommer des experts étrangers devrait également être envisagée et des observateurs internationaux devraient être déployés rapidement. Le Groupe international de contact devrait se réunir le plus tôt possible pour coordonner les efforts internationaux.

« La priorité immédiate est de sortir de la crise avant de pouvoir entreprendre les réformes dont le pays a besoin », explique Ernst Jan Hogendoorn, Directeur a.i. du Programme Afrique de Crisis Group. « Les autorités affirment qu’elles souhaitent des élections crédibles, notamment afin de regagner la reconnaissance internationale. A cette fin, elles doivent offrir à l’opposition les garanties nécessaires à un environnement électoral équitable et les respecter. Seule cette voie permettra d’éviter un désastre pour le pays et sa population. »



 
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