Burundi : du boycott électoral à l’impasse politique
Nairobi/Bruxelles |
7 févr. 2011
Les progrès réalisés au cours des 10 dernières années au Burundi, depuis la fin de la guerre civile, risquent d’être remis en cause si le gouvernement ne reprend pas le dialogue avec l’opposition.
Burundi : du boycott électoral à l’impasse politique
, le dernier rapport de l’International Crisis Group, examine les problèmes qui ont émergé lors des élections de 2010 à la suite de la victoire massive du parti au pouvoir, notamment la marginalisation de l’opposition et la réapparition d’un banditisme politique violent. Combinée à un système de gouvernance faible, cette évolution pourrait conduire à un recul démocratique dans un Etat qui reste fragile.
« Le parti au pouvoir renforce en effet la rébellion naissante et nuit à la démocratie en marginalisant et réprimant l’opposition », affirme Thierry Vircoulon, le directeur du Programme de l’Afrique centrale à Crisis Group.
En mai 2010, à l’annonce de la victoire avec 64% des votes du Conseil national pour la défense de la démocratie et des Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) aux élections communales – jugées crédibles par les observateurs nationaux et internationaux –, les partis de l’opposition dénoncent des « fraudes électorales massives ». Regroupés dans une coalition, ils exigent alors le renvoi de la commission électorale et l’annulation des résultats. Ces revendications n’ayant pas été entendues, la plupart boycottent les élections présidentielle et législative, offrant une victoire écrasante au parti au pouvoir. Prenant pour prétexte les nombreux incidents violents au cours de la campagne présidentielle, les services de sécurité procèdent à des arrestations de membres de l’opposition, ce qui incite ses principaux leaders à s’exiler ou à entrer dans la clandestinité.
Pour mettre fin à cette dérive autoritaire, le dialogue institutionnel doit reprendre dans le cadre d’un forum permanent des partis politique reconfiguré de manière consensuelle. Le gouvernement et l’opposition doivent d’urgence engager des négociations en vue d’assainir le climat politique et sécuritaire. Ils devraient aussi s’accorder sur une loi relative au statut de l’opposition, qui garantisse la liberté politique, la liberté de réunion et la fin des arrestations arbitraires. Les dirigeants de l’opposition devraient en échange dénoncer publiquement les actes de violence et renoncer à la violence comme arme politique.
La communauté internationale et les autorités religieuses doivent inciter le gouvernement et l’opposition à reprendre le dialogue sans délai afin de sortir le pays de cette impasse politique, et conditionner leur soutien au respect par le gouvernement de ses engagements en matière de droits de l’homme, de bonne gouvernance d’Etat de droit.
« Six mois après les élections, la rupture du dialogue entre les principaux partis d’opposition et le gouvernement persiste, et la réémergence d’un banditisme politique violent est inquiétante », analyse Comfort Ero, la directrice du Programme de l’Afrique à Crisis Group. Si le Burundi a accompli des progrès significatifs sur la voie de la consolidation de la paix ces dernières années, il n’en reste pas moins un Etat fragile qui nécessite toute l’attention de la communauté internationale.