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L’Armée de résistance du Seigneur : échec et mat ?

Nairobi/Bruxelles  |   17 nov. 2011

Le manque de volonté politique a contrarié les efforts pour arrêter la saga meurtrière de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), mais la diplomatie vigoureuse menée par l’Union africaine (UA), une offensive militaire immédiate et des initiatives civiles complémentaires peuvent mettre fin au calvaire de milliers de personnes.

L’Armée de résistance du Seigneur  : échec et mat  ?, le dernier rapport de l’International Crisis Group, explique pourquoi l’offensive ougandaise qui a débuté il y a trois ans a échoué face à la guérilla de Joseph Kony et pourquoi une nouvelle fenêtre d’opportunité existe aujourd’hui. Après l’échec des négociations et une première opération ratée à la fin 2008, l’armée ougandaise a vainement tenté de neutraliser des groupes épars de combattants le long des frontières de la République démocratique du Congo (RDC), de la République centrafricaine (RCA) et du Sud-Soudan. Durant cette période, la LRA, aujourd’hui un petit groupe criminel meurtrier, a tué quelque 2 400 civils, enlevé quelque 3 400 et forcé 440 000 personnes à fuir.

« Les raisons de l’échec militaire sont politiques : le président ougandais Museveni a diminué la mission anti-LRA afin de mener  à bien d’autres projets pour  accroître son capital politique au niveau national et international », dit Ned Dalby, analyste du projet Afrique centrale de Crisis Group. « Depuis que la guérilla ne constitue plus une menace pour le nord de l’Ouganda, peu de politiciens de l’opposition ou de dirigeants communautaires demandent à Museveni d’en finir ».

Les efforts de l’Ouganda de poursuivre les combattants en RDC se sont heurtés au refus de l’armée  congolaise de coopérer et d’accorder l’accès aux zones touchées par la LRA. L’Ouganda a envahi la RDC dans les années 1990, a pillé ses ressources naturelles et a suscité la méfiance durable du président Joseph Kabila. Le président de la République centrafricaine, François Bozizé, également suspicieux, a insisté sur la nécessité pour les militaires ougandais de quitter les zones diamantifères de son pays.

A la demande de certains membres, l’UA a pris les devants en autorisant une mission anti-LRA. Elle prévoit de nommer un envoyé spécial afin d’aplanir les relations entre Kinshasa et Kampala, et de créer de nouvelles structures militaires pour améliorer la coordination entre les armées. Toutefois, la planification a pris du retard en raison des contraintes politiques et des capacités limitées de l’organisation africaine.

L’armée ougandaise, connue pour ses abus, constitue un recours pratique mais imparfait et qui suscite la méfiance générale. La présence militaire de Kampala hors de ses frontières alors que la LRA ne menace plus directement ses intérêts fait planer le doute sur sa volonté de vraiment achever le travail. Une opération militaire combinée avec un programme de défection pour les combattants reste néanmoins la solution la plus réalisable. Les Etats-Unis renforcent actuellement leur implication politique et militaire, en envoyant temporairement des conseillers. Avant que Kony, très probablement en RCA, ne traverse la frontière pour la RDC, l’armée ougandaise, forte du soutien américain, doit lancer une offensive militaire en privilégiant la protection des civils, l’accès humanitaire, une meilleure coordination et une responsabilité stricte des troupes engagées.

Afin d’assurer des résultats durables, l’UA doit assumer ses responsabilités de garante de la sécurité du continent et superviser une initiative régionale à caractère multidimensionnel qui continuera après la mort ou la capture de Kony. Elle doit nommer rapidement un envoyé spécial afin de fédérer l’engagement politique des Etats affectés et développer un nouveau cadre légal et opérationnel pour l’opération militaire, qui privilégierait la protection des civils et lui confèrerait ainsi une légitimité à l’échelle continentale. L’Ouganda et les Etats-Unis devraient intégrer leurs efforts dans son initiative.

« La question de la LRA illustre le besoin désespéré des acteurs africains et internationaux de mettre en œuvre leur responsabilité de protéger », explique Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale de Crisis Group. « Assurer la complémentarité entre les actions politiques et militaires de tous les acteurs est la clé du succès pour mettre fin à une histoire de violence vieille de 24 ans ». 

 
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