Au-delà des compromis : les perspectives de réforme en Guinée-Bissau
Dakar/Bruxelles |
23 janv. 2012
La résistance victorieuse des autorités de Guinée-Bissau à la tentative de coup d’Etat du 26 décembre 2011 témoigne de la dynamique de stabilisation à l’œuvre depuis les troubles militaires du 1er avril 2010, mais les véritables échéances politiques, militaires et judiciaires sont à venir alors que le pays se prépare pour les élections présidentielles en mars et pour les législatives d’ici la fin de l’année.
Au-delà des compromis : les perspectives de réforme en Guinée-Bissau
, le dernier rapport de l’International Crisis Group, souligne l’incertitude qui pèse sur le pays. La mort du président Malam Bacai Sanhá le 9 janvier 2012, la compétition inter- et intra-partisane, l’instrumentalisation des tensions communautaires et la manipulation des factions de l’armée sont autant de défis que les partis politiques doivent surmonter. La réforme du secteur de la sécurité (RSS) est en suspens, tandis que les meurtres en mars et juin 2009 du président Nino Vieira, du chef d’état-major Tagme na Wai et de deux hommes politiques importants continuent de susciter rumeurs, accusations et menaces.
« Réformes du fonctionnement de l’Etat, conjoncture économique favorable et appui raisonné des bailleurs de fonds ont permis une timide amélioration de la situation économique et un renforcement appréciable des capacités dans les secteurs de la police et de la justice », selon Vincent Foucher, analyste principal pour l’Afrique de l’Ouest de Crisis Group. « Les réformes structurelles en vue de renforcer l’Etat et le développement, particulièrement la RSS, représentent également un enjeu majeur ». A la suite du renversement du chef d’état-major Zamora Induta par son adjoint António Injai et de la brève arrestation du Premier ministre Carlos Gomes Júnior le 1er avril 2010, les tensions entre le camp du président Sanhá et celui du Premier ministre, deux figures du Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde (PAIGC), se sont progressivement apaisées.
Parmi les défis sérieux auxquels doit faire face le pays : le congrès annoncé du PAIGC, parti marqué par un fort factionnalisme, les élections présidentielles anticipées le 18 mars 2012, les législatives prévues pour la fin de l’année, les élections locales qui devraient suivre, les premières de l’histoire postcoloniale du pays. Ceci pose par ailleurs la question du devenir de l’opposition politique prise entre impuissance et marginalisation, et tentée par la radicalisation. L’incertitude demeure également quant à l’état de l’armée : le départ prévu de 2 500 militaires peut-il être mis en œuvre ? Le pouvoir civil, en s’acquittant mieux qu’avant de ses obligations à l’égard des militaires, a-t-il réussi à s’assurer de l’obéissance de l’armée ? La présence militaire angolaise et la possibilité d’une intervention internationale plus robuste ont-elles vraiment modifié la perspective des chefs militaires ?
L’hégémonie que travaillent à construire le Premier ministre et le chef d’état-major général avec l’appui de l’Angola doit servir à rompre avec le narcotrafic – dans lequel des personnalités de premier plan sont toujours soupçonnées d’être impliquées – et avec l’impunité. Il faut rapidement mettre en place une bureaucratie efficace et des contrepouvoirs crédibles et constructifs. Un travail à long terme sur la formation et un renforcement des capacités des partis politiques sont particulièrement importants, tout comme un investissement accru dans le développement humain. Les acteurs régionaux et internationaux doivent rester critiques et vigilants face à la concentration du pouvoir politique et économique par l’élite dirigeante.
« La préoccupation que suscite la montée en force angolaise en Guinée-Bissau, en particulier parmi les autres pays ouest-africains comme le Nigeria et le Sénégal, retarde et affaiblit l’appui international à la réforme », déclare Gilles Yabi, directeur du projet Afrique de l’Ouest de Crisis Group. «Il est essentiel que tous ces gouvernements trouvent un véritable accord sur les fondements de leur implication dans le pays ».