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Zimbabwe : quel futur après des élections imparfaites ?

Rapport Afrique N°138 20 mars 2008

SYNTHÈSE ET RECOMMANDATIONS

La médiation régionale qui offrait la meilleure chance de mettre un terme à la crise que connaît le Zimbabwe depuis huit ans a échoué. Le président sud-africain Thabo Mbeki s’était fixé pour objectif vis-à-vis des pourparlers entre le parti de la ZANU-PF au pouvoir et le Mouvement pour le changement démocratique (MCD) d’opposition de réunir les conditions nécessaires à la tenue d’élections justes et libres dont les résultats ne seraient pas contestés. Mais les élections prévues pour le 29 mars prochain sont déjà entachées avant même que le scrutin ait eu lieu et le resteront quelle que soit la tournure que prendront les événements le jour du vote et les suivants. Il est probable que les résultats seront âprement contestés. Bien que les acteurs en présence soient loin d’être égaux et que les efforts pour créer une opposition unie aient échoué, l’ancien membre du bureau politique de la ZANU-PF Simba Makoni est un rival sérieux à la réélection de Robert Mugabe. Le président, âgé de 84 ans, dispose probablement des moyens de manipuler ces élections suffisamment pour pouvoir conserver son poste, même si cela implique d’avoir recours à la violence au second tour, mais les perspectives qu’émerge un gouvernement capable de mettre fin à la crise sont minces. En cas de détérioration de la situation, l’Union africaine (UA) devra se tenir prête à offrir rapidement sa médiation en vue d’une part de la signature d’un accord de partage du pouvoir entre les candidats présidentiels et d’autre part de la formation d’un gouvernement de transition doté d’un programme de réforme.

Le principal responsable de l’échec de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) est Mugabe. Lui et son parti ont concédé certaines modifications de la législation relative à la sécurité, aux médias et au processus électoral pour obtenir en échange du MCD qu’il accepte un amendement constitutionnel ouvrant la voie à l’organisation simultanée d’élections présidentielles, parlementaires et locales, lui offrant ainsi l’occasion de se servir du parlement pour choisir lui-même son éventuel successeur. Mais, à la fin du mois de janvier 2008, Mugabe a décidé unilatéralement de convoquer des élections à une date très rapprochée, évacuant ainsi la possibilité d’adopter avant le scrutin la nouvelle constitution, qui devait pourtant être le résultat le plus important des négociations. La ZANU-PF a alors utilisé tous les moyens en son pouvoir pour maintenir un avantage injuste. L’opposition, extrêmement divisée, porte elle aussi une part de responsabilité : elle a acquis une certaine importance dans le cadre de la médiation mais a été incapable de se mettre d’accord sur une stratégie électorale dans une période de grave crise nationale, révélant ainsi de sérieux problèmes parmi ses dirigeants. Morgan Tsvangirai, du MCD, conserve un certain soutien et serait susceptible de disputer le second tour contre Mugabe mais ses chances d’être élu semblent limitées.

Makoni, ancien ministre des Finances et ancien dirigeant de la SADC, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle le 5 février. Ce premier défi direct à Mugabe de l’intérieur même du parti au pouvoir depuis l’indépendance de 1980 est organisé par certains poids lourds de la ZANU-PF, notamment le général en retraite Solomon Mujuru à l’arrière-plan et l’ancien commandant de la guerre de libération Dumiso Dabengwa au premier. Certains des fidèles de Makoni sont mus par des intérêts économiques tandis que d’autres attendent un véritable changement et ont multiplié les ouvertures envers le MCD en faveur d’un gouvernement d’unité nationale ; Arthur Mutambara a rallié la faction dissidente du MCD qu’il dirige à Makoni. La candidature de ce dernier est vue d’un œil favorable par les gouvernements de la région, qui voient depuis longtemps en une ZANU-PF réformée et capable de contrôler l’appareil sécuritaire du Zimbabwe la meilleure option pour une transition réussie.

L’entrée en lice tardive de Makoni et le soutien limité dont il bénéficie dans les classes populaires de même que la nature opaque du soutien que lui apporte l’establishment ne jouent pas en sa faveur mais sa candidature a plongé la ZANU-PF dans la confusion et semé le doute sur les relations de confiance entre Mugabe et ses alliés. Des acteurs influents au sein de l’appareil de sécurité s’alignent discrètement derrière Makoni.  Cependant, Mugabe se prépare sans doute à faire tout ce qui sera nécessaire pour vaincre celui-ci, y compris si cela implique de recourir à une escalade de violence dans l’éventualité d’un second tour, même au risque de déclencher des combats sanglants entre les différentes factions de la ZANU-PF.

Seuls les institutions et pays « amis » ont été invités à observer les élections à venir et il est essentiel que l’UA et la SADC fondent leur évaluation de la préparation des élections et de l’environnement électoral en général (et pas seulement la conduite du scrutin le jour de l’élection même) sur le strict respect des principes reconnus dans leur propre région. Dans l’hypothèse où la Commission électorale du Zimbabwe, sur laquelle Mugabe semble exercer une certaine domination, déclarait celui-ci vainqueur en dépit d’abus massifs et de manipulations du processus électoral, ces résultats ne seraient pas acceptables. Bien que les circonstances nationales soient ici différentes, si la situation venait à se détériorer au Zimbabwe l’UA devrait se tenir prête à proposer aux parties une assistance diplomatique d’urgence comme elle l’a fait récemment lors de la crise kenyane.

Un règlement négocié ne doit pas nécessairement inclure le départ de Mugabe. Celui-ci pourrait, par exemple, occuper un poste de chef d’État dénué de fonctions exécutives pendant une période transitoire jusqu’à ce que de nouvelles élections puissent avoir lieu. Ce qui compte pour le moment est que la région soit prête à agir promptement au cas où – et la probabilité de cette éventualité est élevée – les élections ne permettaient pas de former un gouvernement légitime qui puisse faire face à une crise nationale dont les conséquences se ressentent de plus en plus au-delà des frontières du Zimbabwe, particulièrement en termes de pression migratoire. Compte tenu que l’Afrique du Sud et la SADC accusent une certaine perte de crédibilité, c’est à l’Union africaine qu’il reviendrait de prendre l’initiative le cas échéant.

Les événements au Zimbabwe évoluent plus vite que la politique internationale. Si les élections se passaient mal, entraînant une escalade de la violence, une aggravation de la situation humanitaire et un exode de la population qui menace la stabilité des pays voisins, le Conseil de sécurité devrait sans doute se saisir du problème. Pour le moment, la communauté internationale au sens large doit se préparer à apporter le moment venu un soutien concerté à un effort de médiation de la part de l’UA, notamment en proposant un programme de redressement économique et politique qui reposerait sur les principes de la bonne gouvernance et qui mettrait en avant la réforme des institutions et du secteur de la sécurité. L’Union européenne et les États-Unis sont peu enclins à reprendre le dialogue avec un gouvernement dominé par la ZANU-PF, en particulier si Mugabe y joue toujours un rôle, mais si un tel gouvernement est issu d’un accord négocié de bonne foi dont l’objectif est la réconciliation et le renouveau, ils ne devraient pas hésiter.

RECOMMANDATIONS

À la Commission électorale du Zimbabwe :

1.  Étaler le vote sur deux jours si cela s’avère nécessaire en raison de la confusion provoquée par le redécoupage de la carte électorale afin de permettre à tous les électeurs inscrits de voter.

2.  Veiller à la transparence et à la crédibilité des résultats en publiant le décompte des voix dans les circonscriptions et en autorisant les représentants des partis ainsi que les observateurs nationaux et internationaux à surveiller la compilation des votes au centre de commande national.

À l’Union africaine (UA) et à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), aux équipes d’observation électorale étrangères :

3.  Observer les élections et évaluer leur légitimité dans le strict respect des normes régionales et internationales.

Au président de l’UA, Jakaya Kikwete, en coordination avec l’Afrique du Sud et la SADC :

4.  Mener des consultations et se tenir prêt, si les résultats proclamés sont vivement contestés et si les observateurs nationaux et régionaux présentent des preuves crédibles d’irrégularités répandues, qu’elles aient lieu avant les élections, le jour du scrutin ou lors du décompte des votes, à :

(a)  publier une déclaration conjointe annonçant que les organes régionaux refusent de reconnaître les résultats ; et

(b)  dépêcher une équipe de médiation de haut niveau dans le cadre de l’UA pour soutenir la négociation d’un accord de partage du pouvoir entre la ZANU-PF, les factions du MCD et le camp représenté par Makoni, dans le but de former un gouvernement de transition qui mettrait en œuvre des réformes institutionnelles, économiques et du secteur de la sécurité préalablement à la tenue de nouvelles élections.

Au président Mugabe et ses alliés de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) :

5.  S’abstenir d’encourager une escalade de la violence durant le reste de la campagne et en particulier dans l’éventualité d’un deuxième tour.

6.  Participer de manière constructive aux négociations sous la médiation de l’UA afin de former un gouvernement de transition au cas où les résultats des élections étaient vivement contestés et rejetés par les organisations africaines.

À la faction du ZANU-PF dirigée par Simba Makoni et aux factions du MCD dirigées par Morgan Tsvangirai et Arthur Mutambara :

7.  Renoncer à la violence, former un front uni de toutes les forces d’opposition au parlement et exiger la médiation de l’UA dans le but de rassembler un gouvernement transitoire d’unité nationale dans l’hypothèse où la commission électorale déclarait le président Mugabe réélu en dépit d’une importante fraude électorale.

Aux États-Unis, à l’Union européenne et ses États membres et à la communauté internationale en général :

8.  Revoir les listes de sanctions ciblées à l’issue des élections et envisager de :

(a)  étendre les mesures visant les responsables d’abus des droits de l’Homme qui appartiennent aux services de sécurité et/ou les personnes qui font obstacle à un règlement politique de la crise ; et  

(b)  assouplir les mesures à l’encontre des individus appartenant à la ZANU-PF qui font preuve d’un véritable engagement envers une participation aux négociations concernant le partage du pouvoir et qui sont prêts à unir leurs forces pour restaurer la gouvernance démocratique dans le pays.

9.  Intensifier leurs réflexions quant à la définition d’un ensemble de mesures pour un redressement économique et politique fondé sur les principes de la bonne gouvernance dans le but de promouvoir un changement institutionnel, et annoncer publiquement leur intention sans équivoque de reprendre le dialogue avec le Zimbabwe à condition qu’un gouvernement d’unité nationale soit formé et que d’importantes réformes constitutionnelles, politiques et économiques soient mises en œuvre.

10.  En cas de graves violences ou de la survenue d’autres événements au Zimbabwe qui présenteraient une menace pour la paix et la sécurité dans le pays et la région, saisir le Conseil de sécurité des Nations unies.

Pretoria/Bruxelles, 20 mars 2008

 
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