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L’Est du Congo : pourquoi la stabilisation a échoué

Briefing Afrique N°91 4 oct. 2012

SYNTHESE

Depuis la mutinerie de Bosco Ntaganda en avril 2012 et la formation du Mouvement du 23 mars (M23), les Kivus sont en proie à une nouvelle spirale de violence. Cette crise révèle que les problèmes d’aujourd’hui sont les problèmes d’hier car le cadre de résolution du conflit défini en 2008 n’a pas été mis en œuvre. L’application de l’accord du 23 mars 2009 entre le gouvernement et le Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) a été un jeu de dupes au cours duquel les autorités congolaises ont fait semblant d’intégrer politiquement le CNDP tandis que celui-ci a fait semblant d’intégrer l’armée congolaise. Faute de réforme de cette dernière, la pression militaire sur les groupes armés n’a eu qu’un impact éphémère et la reconstruction post-conflit n’a pas été accompagnée des réformes de gouvernance et du dialogue politique indispensables. Pour sortir de la gestion de crise et résoudre ce conflit qui dure depuis presque deux décennies dans les Kivus, les bailleurs doivent exercer des pressions sur Kigali et Kinshasa.

Tandis que le M23 agit comme les mouvements armés du passé en créant son administration et son système de financement dans une partie du Nord Kivu, les groupes Maï-Maï prolifèrent dans les zones rurales et se livrent à des exactions qui exacerbent les tensions interethniques. Conformément au schéma de l’architecture de paix et de sécurité, la Conférence interrégionale des Grands Lacs (CIRGL) a organisé dès juillet un dialogue entre les Etats de la région pour éviter un conflit entre deux de ses membres. Malheureusement, elle semble favoriser une solution improbable en promouvant l’envoi d’une force africaine de 4 000 soldats à la frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC).

Si l’approche des bailleurs occidentaux et des médiateurs africains reste limitée à la gestion de crise, la répétition à intervalles réguliers d’une rébellion dans les Kivus est inévitable et un dérapage dans la violence à grande échelle toujours possible. Pour passer de la gestion de crise à la résolution de conflit, il convient de faire cesser l’ingérence du Rwanda dans les affaires congolaises et d’appliquer le plan de reconstruction prévu et les accords politiques signés dans les Kivus. Pour ce faire, les donateurs occidentaux doivent maintenir la suspension de leur aide au Rwanda jusqu’au prochain rapport des experts des Nations unies à la fin de l’année 2012. Ils doivent également faire comprendre aux autorités congolaises qu’ils ne refinanceront pas les mêmes programmes de stabilisation et d’appui institutionnel tant que celles-ci n’amélioreront pas le dialogue politique et la gouvernance de l’administration et de l’armée à l’Est, comme Crisis Group l’a recommandé à plusieurs reprises.

A court terme, cette crise peut être gérée par une série de mesures :

  • un cessez-le-feu entre le M23 et les autorités congolaises doit être négocié par les Nations unies ;
  • le mécanisme de vérification conjointe et permanente de la frontière congolo-rwandaise réactivé sous l’égide de la CIRGL doit être effectif et doté des moyens humains et techniques nécessaires ;
  • les individus et entités ayant soutenu le M23 doivent être inscrits sur la liste des personnes sanctionnées par les Nations unies et un embargo sur les armes à destination du Rwanda doit être envisagé ;
  • l’accord du 23 mars 2009 doit être évalué conjointement dans le cadre du comité international de suivi prévu par celui-ci et cette évaluation doit servir de base pour une reprise du dialogue entre le CNDP et le gouvernement ;
  • des initiatives locales de paix doivent être lancées conjointement par le gouvernement et la mission des Nations unies en RDC dans les territoires de Walikale, Masisi, Shabunda et Kalehe ;
  • Bosco Ntaganda doit être arrêté et livré à la Cour pénale internationale ; et
  • la Cour pénale internationale (CPI) doit être saisie pour investigation sur les actions du M23 et des nouveaux groupes armés et elle doit demander à la Monusco de lui transmettre ses dossiers sur les dirigeants du M23.

Après avoir analysé l’échec annoncé de la stabilisation des Kivus dans le rapport Congo : pas de stabilité au Kivu malgré le rapprochement avec le Rwanda, ce nouveau briefing de Crisis Group retrace la reprise des violences et souligne que cette région n’a pas besoin d’une nouvelle approche stratégique, elle a besoin que les nombreux accords politiques signés et les plans de stabilisation cessent d’être des promesses sans lendemain. Cela requiert une pression claire et coordonnée des bailleurs des régimes rwandais et congolais.

Kinshasa/Nairobi/Brussels, 4 octobre 2012

 
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