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L’Est du Congo : la rébellion perdue des ADF-Nalu

Briefing Afrique N°93 19 déc. 2012

SYNTHESE

Les Forces démocratiques alliées-Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF-Nalu) sont un des groupes armés les plus anciens et les moins connus de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) et le seul de cette région à être considéré comme une organisation terroriste appartenant à la nébuleuse islamiste d’Afrique de l’Est. S’ils ne constituent pas une menace déstabilisatrice comme le Mouvement du 23 mars (M23), ils tiennent cependant tête à l’armée congolaise depuis 2010. Créé en RDC en 1995 et situé aux confins montagneux de la RDC et de l’Ouganda, ce groupe armé congolo-ougandais fait preuve d’une extraordinaire résilience qui tient à sa position géostratégique, son insertion dans l’économie transfrontalière et la corruption des forces de sécurité. Par conséquent, avant d’envisager toute nouvelle intervention militaire contre les ADF-Nalu, il convient de faire la part du mythe et de la réalité et de réduire sa base socioéconomique tout en proposant une offre de démobilisation et de réinsertion à ses combattants.

Agrégat de plusieurs mouvements armés soutenus par des acteurs extérieurs – le Zaïre de Mobutu Sese Seko et le Soudan de Hassan al-Tourabi –, les ADF-Nalu luttaient initialement contre le régime ougandais de Yoweri Museveni, mais ils ne sont jamais parvenus à s’y implanter. Mouvement d’origine ougandaise, il s’est enraciné dans l’Est de la RDC et, plus particulièrement, dans des zones montagneuses difficiles d’accès. S’insérant dans la population locale et les circuits du commerce transfrontalier, il a noué des relations avec divers groupes armés de l’Est de la RDC ainsi qu’avec les autorités civiles et militaires ougandaises et congolaises. Cette implantation dans une zone grise a permis aux soldats perdus des ADF-Nalu de survivre sans gagner une bataille depuis plus de quinze ans et d’avoir été vaincus à plusieurs reprises mais jamais neutralisés.

Grâce à leur dirigeant, Jamil Mukulu, un chrétien converti à l’islam, les ADF-Nalu ont cessé d’être un problème congolo-ougandais pour prendre une dimension régionale en tant qu’élément de la nébuleuse islamiste radicale en Afrique de l’Est. Toutefois, d’une part, il subsiste de nombreuses zones d’ombre sur les liens entre les ADF-Nalu et les organisations islamistes radicales de la région et, d’autre part, l’islamisme de ce groupe armé parait superficiel.

Alors que la lutte contre les groupes armés dans l’Est de la RDC continue à être appréhendée dans une perspective militaire, il convient d’éviter une autre opération inutile. La Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL), les Nations unies, la RDC et l’Ouganda ne doivent pas envisager la lutte contre ce groupe comme une campagne militaire et doivent promouvoir une autre approche qui comprend :

  • L’élaboration d’une stratégie fondée sur le renseignement qui vise à neutraliser les réseaux économiques et logistiques transfrontaliers des ADF-Nalu. Pour ce faire, les officiers du mécanisme de vérification conjoint de la frontière déployés par la CIRGL en 2012 et le groupe des experts des Nations unies doivent travailler de concert pour produire une étude précise de ces réseaux, qui permettra de définir la stratégie adéquate pour saper la base économique et logistique du groupe armé.
  • L’inscription des responsables des réseaux de soutien des ADF-Nalu, aussi bien en RDC qu’à l’extérieur, sur la liste des personnes qui soutiennent les groupes armés et font l’objet de sanctions onusiennes. Les militaires congolais et ougandais complices de ces réseaux ainsi identifiés doivent être sanctionnés par les autorités de leur pays.
  • Des rotations régulières des officiers congolais et ougandais déployés dans cette région.
  • Un programme de démobilisation et de réinsertion pour les combattants congolais et ougandais prêts à se rendre, après avoir mené des enquêtes sur les éventuels crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par ces derniers. Pour ce faire, la Monusco devrait lancer un appel aux bailleurs de fonds afin de refinancer son programme de désarmement et réintégration (DDRRR) pour les combattants ADF-Nalu congolais.

L’autorisation immédiate pour les villageois des zones d’Erengeti et Oïcha de reprendre les travaux agricoles, suspendus par les autorités militaires.

Nairobi/Bruxelles, 19 décembre 2012

 
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