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Côte d’Ivoire : Sortir enfin de l’ornière ?

Briefing Afrique N°77 25 nov. 2010

SYNTHESE

A la veille du second tour de l’élection présidentielle, la tension ne cesse de monter entre les partisans de Laurent Gbagbo et ceux d’Alassane Ouattara. Le 19 et le 22 novembre des échauffourées ont opposé des partisans des deux candidats, faisant, plusieurs blessés. Ces incidents sont symptomatiques de la détérioration du climat en Côte d’Ivoire depuis l’annonce des résultats du premier tour. Ils s’ajoutent à la brutalité de certains discours de campagne et font planer le spectre d’un scrutin calamiteux. L’heure n’est plus à l’autosatisfaction et aux exhortations courtoises. Le message unique de la communauté internationale et des Nations unies doit être clair : les acteurs politiques et militaires ivoiriens doivent accepter les résultats du vote du 28 novembre. Ceux qui opteraient pour le sabotage du dernier acte de cette présidentielle par des fraudes, des intimidations d’électeurs ou des violences s’exposeront à de nouvelles sanctions individuelles de l’ONU.

Les responsables politiques ivoiriens doivent s’employer dans les prochains jours à faire baisser la température afin de préserver l’acquis d’un premier tour exemplaire qui a déjoué les pronostics les plus pessimistes. Après une campagne électorale relativement paisible, les opérations de vote du 31 octobre n’ont en effet été marquées par aucun incident significatif. Observateurs internationaux et nationaux ont exprimé leur satisfaction. Ce premier tour a en outre enregistré un taux de participation record de près de 84 pour cent, preuve s’il en est de la volonté des Ivoiriens de clore une décennie dramatique.

Le comportement louable des électeurs contraste toutefois avec un scrutin marqué par de nombreuses imperfections techniques, même si ces dernières n’ont pas été d’ampleur suffisante pour remettre en cause le résultat global de la consultation. Dans de nombreux bureaux de vote, des agents électoraux manquaient à l’appel. La Commission électorale indépendante (CEI) a aussi fait preuve de fébrilité lors de la centralisation et de la vérification des résultats. Elle a omis d’informer le public sur l’avancée de ses opérations pendant près de 48 heures, ouvrant ainsi une période lourde de rumeurs et de danger. Si elles n’étaient pas corrigées, ces anomalies pourraient compromettre la crédibilité du second tour et donner des arguments à l’un ou l’autre camp pour contester les résultats.

La sécurisation du vote a été très aléatoire. Le Centre de commandement intégré (CCI), en charge de cette tâche cruciale, a mobilisé un nombre important d’hommes, évalué à 6 500 sur les 8 000 prévus. Mais ces derniers, appelés en urgence à la veille de l’élection, manquaient d’équipements et de moyens de communication. Ils ont été absents de nombreux lieux de vote et incapables de coordonner leur action avec les forces impartiales de l’Opé­ration des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et de la force française Licorne. Ce qui est grave car, en cas de troubles, l’Onuci n’intervient que sur demande explicite du CCI. Pour pallier les insuffisances du CCI, le président Laurent Gbagbo a décidé le 14 novembre de déployer environ 1 500 membres de l’armée loyaliste dans le nord du pays, toujours contrôlé par l’ex-rébellion. Rien ne dit aujourd’hui que ces soldats resteront impartiaux.

Finalement, le résultat direct de ce premier tour aura été de renvoyer s’affronter au second tour les deux candidats les plus antagonistes du paysage politique ivoirien : le président sortant Laurent Gbagbo, qui a obtenu 38,3 pour cent des voix sera opposé à l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, crédité de 32,08 pour cent des suffrages. Tout l’enjeu pour ces deux hommes sera de réussir à capter les voix de l’électorat de l’ancien chef d’Etat Henri Konan Bédié, arrivé troisième avec 25,24 pour cent des voix. Dans ce contexte, il est à craindre que les populations du groupe ethnique baoulé, base électorale traditionnelle du parti de Bédié, soient soumises à de fortes pressions, allant de l’intimidation à la violence de la part des camps en compétition.

Pour les deux candidats et leurs entourages immédiats, l’en­jeu du 28 novembre 2010 est crucial. Il s’agit pour Laurent Gbagbo de conserver le fauteuil présidentiel face à un prétendant déterminé à le conquérir. Le risque est de voir le jeu politique déraper vers des troubles graves avant, pendant ou après le scrutin, puisque chaque camp dispose des moyens de la violence, bien que de manière asymétrique. Dans les deux camps, une frange minoritaire mais extrémiste pourraient être tentée, en cas de défaite, de contester, une fois encore, les résultats dans la rue. En octobre 2000, après la victoire de Laurent Gbagbo à la présidentielle, de violents affrontements avaient opposés membres du Rassemblement des républicains (RDR) d’Alas­sane Ouattara et partisans du nouveau chef de l’Etat.

Les moyens d’échapper à une répétition de ce scénario sont pourtant connus. Il faut avant tout veiller à assurer une meilleure organisation du second tour, afin qu’il y ait le moins de contestation possible des résultats du scrutin et donc moins de risque de violences. Plus généralement les mesures suivantes doivent être prises:

  • La classe politique ivoirienne doit se garder de tout discours extrémiste et respecter la volonté des citoyens de mettre fin à la crise en passant par les urnes. Elle devra faire preuve de maturité politique et accepter les résultats du second tour, ou utiliser les voies légales de recours en cas de contestation, même si celles-ci sont étroites.
  • Le Premier ministre Guillaume Soro doit jouer jusqu’au bout son rôle d’arbitre, que lui confère implicitement l’Accord politique de Ouagadougou (APO) du 4 mars 2007 et qu’il a endossé depuis sa prise de fonction et, si nécessaire, appeler vigoureusement les deux camps au calme.
  • La Commission électorale indépendante (CEI) doit corriger toutes les imperfections techniques constatées au premier tour pour que le second ne soit pas contestable. En prévision du dépouillement et du comptage des voix, elle doit préparer un plan de communication afin d’informer au fur et à mesure les Ivoiriens de l’avancée de ses opérations et prévoir d’annoncer des résultats partiels, afin d’éviter une dangereuse période de latence où s’installeraient peurs et rumeurs.
  • Le Conseil constitutionnel devra démontrer une neutralité absolue, tant pour la validation des résultats que pour l’examen d’éventuels recours.
  • Les autorités ivoiriennes doivent s’assurer de la meilleure coordination possible avec les forces internationales impartiales afin de sécuriser le vote et les électeurs. Elles doivent veiller à ce que toutes les forces de défense et de sécurité affectées à la sécurisation du scrutin restent neutres et impartiales.
  • La communauté internationale doit continuer à soutenir mais aussi à faire pression sur les responsables politiques ivoiriens. Le président américain Barack Obama, qui jouit d’une grande popularité en Côte d’Ivoire, devrait réitérer, à la veille du second tour, le message d’apaise­ment qu’il avait envoyé avant le premier tour. La communauté internationale doit aussi rappeler aux candidats et à leurs équipes, notamment aux responsables chargés des questions sécuritaires et de la mobilisation des jeunes, qu’ils seront tenus pour responsables de tout dérapage de la part de leurs partisans.
  • Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU devront communiquer aux responsables politiques ivoiriens leur intention de suivre très attentivement le déroulement du processus électoral. Ils doivent en outre demander au Conseil de se prononcer rapidement et fermement en cas de violences ou de la manipulation des résultats issus des urnes. Les responsables politiques et militaires ivoiriens doivent garder à l’esprit que le régime de sanctions du Conseil de Sécurité est toujours actif et que de nouveaux noms peuvent être ajoutés à la liste actuelle.
  • La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine doivent appeler publiquement les candidats à la retenue. Leur message doit être commun et cohérent avec celui du Conseil de sécurité de l’ONU sur les sanctions possibles en cas de violences organisées.

Nairobi/Bruxelles, 25 novembre 2010

 
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