Guinée-Bissau : construire un véritable pacte de stabilité
Briefing Afrique N°57
29 janv. 2009
SYNTHESE
Les élections législatives de novembre 2008 étaient un test important pour la Guinée-Bissau, qui devait absolument confirmer l’élan de sa transition démocratique. Leur tenue aura été incertaine jusqu’à la dernière minute, mais elles ont finalement remporté un franc succès, salué à la fois par la population et les observateurs internationaux. Cette réussite ne suffit néanmoins pas à garantir la stabilité gouvernementale ou la poursuite des réformes institutionnelles dont le pays a tant besoin. L’abandon du pacte de stabilité entre partis politiques et les différentes accusations de tentatives de coup ou d’assassinat qui ont précédé et suivi les élections ont illustré les dangers qui pèsent durablement sur le pays. Le nouveau Premier ministre, s’il s’assure du soutien continu de la communauté internationale, a désormais l’opportunité de mener les réformes administratives et politiques nécessaires à la construction de l’Etat, à la stabilisation de l’économie et à la lutte contre le trafic de drogue. Pour relever ces défis, il devra cependant fonder son action gouvernementale sur le dialogue politique avec le président Nino Vieira, l’armée et ses rivaux au sein de son parti, en bref la construction d’un nouveau et véritable pacte de stabilité.
Bien que le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap Vert (Partido Africano da Independência de Guiné e Cabo Verde, PAIGC) et son leader Carlos Gomes Junior aient obtenu la majorité des deux tiers à l’Assemblée nationale, les divisions internes au sein du parti, où l’influence du président Vieira – grand perdant du scrutin – demeure importante, risquent de paralyser l’action gouvernementale, d’autant plus menacée par le spectre d’une intervention militaire dans la vie politique. L’écroulement prématuré du pacte de stabilité et du gouvernement de consensus de Martinho Ndafa Cabi en mars 2008 résultait déjà d’une alliance ponctuelle entre le chef de l’Etat Nino Vieira et le président du PAIGC Carlos Gomes Junior. Leur profonde inimitié, tout comme de probables renversements d’alliances au sein du PAIGC, pourraient néanmoins très bien réserver le même sort au nouveau Premier ministre avant les élections présidentielles prévues pour 2010.
Une grande opacité persiste toujours autour de la tentative de coup d’Etat instiguée, selon les autorités, par le chef de la marine en juillet 2008 et de la tentative d’assassinat contre Nino Vieira survenue une semaine après le vote des législatives en novembre. Quelles que soient les circonstances exactes, ces deux évènements illustrent la fragilité politique du pays et l’instrumentalisation des factions de l’armée dans les tentatives de règlements de compte entre les hommes politiques.
La population est la première à payer le prix de l’instabilité du fait du marasme institutionnel et économique qui paralyse le pays tandis que les classes politiques et militaires s’enferment dans des querelles incessantes. En votant massivement et dans le calme, les Bissau-guinéens ont démontré leur désir de rupture avec les pratiques politiques qui ont marqué le pays depuis l’indépendance, plébiscitant la candidature de Carlos Gomes Junior au poste de Premier ministre. Son image rompt clairement avec celle des poids lourds de la vie politique du pays qui sont, pour la plupart, les mêmes depuis l’indépendance, et il est surtout connu pour son efficacité de gestionnaire des affaires de l’Etat lors de son passage à la primature entre 2004 et 2005.
Afin de poursuivre les réformes institutionnelles engagées par le gouvernement de consensus, le pays a tout autant besoin d’un Premier ministre compétent et réformiste que d’une véritable entente entre les acteurs politiques sur les objectifs et les priorités de l’action gouvernementale. Depuis 2007, la Guinée-Bissau bénéficie d’un regain d’intérêt de la communauté internationale qui l’avait largement abandonnée après la gestion désastreuse des affaires de l’Etat sous la présidence de Kumba Yala (1999-2003). Cet intérêt n’aura qu’une durée de vie limitée si l’instabilité politique continue à retarder la mise en œuvre du programme de réformes élaboré avec les partenaires internationaux.
Tant que les réformes institutionnelles ne sont pas mises en œuvre pour remédier aux faiblesses structurelles des institutions du pays, et aussi longtemps que le pays demeurera une plateforme pour le narcotrafic, celui-ci restera vulnérable et victime de l’instabilité et de la corruption endémique. La sortie de ce cercle vicieux requiert un engagement ferme et résolu en faveur des réformes de la part de tous les acteurs politiques et militaires, qui doivent saisir, tant qu’elle est encore présente, la main tendue des bailleurs de fonds. Les mesures suivantes devraient ainsi être prises:
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Le Premier ministre Carlos Gomes Junior devrait témoigner de sa volonté d’ouverture envers tous les acteurs politiques en faisant du lancement du dialogue avec le président et les différentes factions du PAIGC une des priorités de son programme de gouvernement. Le leadership militaire devrait quant à lui participer à un dialogue similaire avec le gouvernement pour accélérer la mise en place du programme de réforme du secteur de la sécurité. Une nouvelle loi électorale permettant la refonte du registre national des électeurs, devrait notamment faire partie de ces priorités, de même que la réforme de l’administration publique, la lutte contre la corruption et la stabilisation macroéconomique du pays permettant le paiement régulier des salaires des fonctionnaires. Le gouvernement devrait également lancer une large consultation populaire sur l’opportunité et les modalités concrètes de la réconciliation nationale dans le pays.
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Les partenaires régionaux et pays donateurs devraient inciter l’ensemble des acteurs de la classe politique à prendre part aux dialogues mentionnés ci-dessus et à soutenir leurs conclusions. Le déblocage de l’argent promis par les pays donateurs pour la réforme du secteur de la sécurité devrait être opéré dans les plus brefs délais. Un mécanisme de coordination efficace entre les bailleurs de fonds devrait être mise en place pour tous les partenaires internationaux impliqués dans cette réforme.
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La Commission pour la consolidation de la paix des Nations unies (CCP) devrait contribuer à maintenir la Guinée-Bissau sur l’agenda des bailleurs de fonds internationaux afin que ceux-ci continuent de fournir l’aide financière et technique promise dans les plus brefs délais, en priorité sur la réforme du secteur de la sécurité et de l’administration publique, ainsi que la lutte contre le narcotrafic. Elle devrait également soutenir activement les efforts de dialogue entre le Premier ministre, la classe politique et le leadership militaire.
Dakar/Bruxelles, 29 janvier 2009