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Nigeria : mettre fin aux troubles dans le delta du Niger

Rapport Afrique N°135 5 déc. 2007

SYNTHÈSE ET RECOMMANDATIONS

Le delta du Niger risque de plonger dans le chaos. Le 29 mai 2007, l’entrée en fonction de nouveaux gouvernements au niveau national et dans les États fédérés a fourni une occasion de résoudre le conflit qui affecte depuis longtemps cette région riche en pétrole mais fortement appauvrie. Six mois plus tard, cette occasion s’éloigne au milieu des violences et de la criminalité. Le pays a besoin d’une action décisive afin de mettre fin à la violence et aux prises d’otages, d’initier des projets de développement qui donneront des résultats dès le court terme pour consolider la confiance du public envers l’administration du président Umaru Yar’Adua et de résoudre les problèmes législatifs et constitutionnels à l’origine des troubles dans la région.

Les premières déclarations et actions de Yar’Adua à son arrivée au pouvoir ont fait naître l’espoir dans le delta. Le choix de Goodluck Jonathan, qui appartient à l’ethnie Ijaw et occupait alors le poste de gouverneur de l’État de Bayelsa, en tant que colistier répondait au souhait de la population régionale d’être représentée à la présidence. Dans son discours d’investiture, Yar’Adua a identifié le delta comme l’une de sept régions prioritaires dans le pays ; il a par la suite entamé des consultations avec les organisations ethniques et militantes et a donné son aval au plan général de développement régional que son prédécesseur Olusegun Obasanjo avait lancé en mars 2007. Mais rien de tout ceci n’a encore abouti à une stratégie globale crédible susceptible de mettre fin à la violence. Les reports répétés du sommet du delta du Niger, qui devait initialement se tenir en juin, et le manque de clarté quant à la liste des participants à ce sommet ainsi que ses méthodes et objectifs ont érodé la confiance et font planer la menace d’une rechute dans un conflit encore plus intense.

Suite à l’arrestation en Angola le 3 septembre de l’un de ses dirigeants, Henry Okah, le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (MEND) a repris ses attaques contre les installations pétrolières et les prises d’otages. Le 18 octobre, le MEND a menacé d’étendre sa campagne d’attentats à la bombe au-delà du delta si le gouvernement fédéral accédait à la demande de l’armée d’organiser des raids contre les camps de militants.

La prise d’otages, tactique employée par les militants depuis le début 2006 pour attirer l’attention internationale sur la crise dans le delta du Niger, est devenue une entreprise criminelle lucrative qui frappe surtout les hommes politiques locaux ainsi que leurs proches alors qu’elle se limitait initialement aux expatriés travaillant dans l’industrie pétrolière. Cette pratique a également commencé à s’étendre au-delà du cœur du delta, à l’État d’Ondo sur la frange ouest de la région et dans d’autres parties du pays.

Des affrontements en août dans l’État de Rivers entre des bandes criminelles ayant des liens politiques et des ruptures de plus en plus brutales entre les principaux groupes militants dans le delta ont aggravé la situation sécuritaire. Les divisions parmi les militants ont amenuisé les perspectives de forger un front uni pour négocier avec le gouvernement.

S’il ne veut pas manquer l’occasion de résoudre la crise qui frappe le delta, Yar’Adua doit de toute urgence aller au-delà des consultations avec les militants et les chefs ethniques qui n’ont que trop duré et traduire ses promesses en des politiques crédibles qui s’attaquent à la violence et tiennent compte des revendications légitimes. Le parlement fédéral doit apporter des solutions constitutionnelles aux revendications politiques, économiques et environnementales à l’origine des troubles ethniques et communautaires qui agitent le pays depuis des décennies. Le gouvernement de l’État de Rivers, dont le territoire a vu les violences les plus dures et les plus récentes, doit agir avec retenue pour éviter d’aggraver plus encore les relations déjà explosives entre les groupes ethniques dans cet État.

RECOMMANDATIONS

Au gouvernement fédéral et au président Yar’Adua :

1.  Nommer un envoyé présidentiel indépendant, membre de la société civile qui ait une forte autorité morale et qui ne soit pas de la région, pour mener une large consultation sur l’organisation, l’ordre du jour et la participation au sommet du delta du Niger et présenter un rapport sur ses activités dans les trois mois ; cet envoyé devrait :

a) inclure dans cette consultation des représentants des militants armés et de la société civile non armée, notamment d’organisations féminines, de tous les États du delta du Niger et de tous les groupes ethniques ;

b) revisiter les recommandations du rapport Ogomudia présenté en 2005 ; et

c) proposer, après évaluation, des changements pour faire des comités paix et réconciliation des outils plus inclusifs et efficaces dans le cadre de la prévention, de la gestion et de la résolution des conflits.

2.  Cesser toute tentative de division et de ralliement des militants armés en offrant des contrats et des postes à leurs dirigeants et les encourager plutôt à créer et articuler des objectifs politiques communs réalistes.

3.  Poursuivre immédiatement les évaluations concernant la sécurité et le développement des infrastructures en tant qu’étapes préliminaires à la tenue du sommet du delta du Niger.

4.  Ouvrir une enquête judiciaire sur les violences qui ont lieu à Port Harcourt et juger tous les acteurs politiques qui ont contribué aux conflits armés ou aux assassinats politiques commis dans le delta du Niger depuis 1999.

5.  Désigner un procureur fédéral spécial pour enquêter sur les responsables des gouvernements locaux et des États fédérés qui sont impliqués dans les prises d’otages.

6.  Clarifier les termes et l’applicabilité de l’amnistie qu’il a adoptée afin de distinguer entre les militants ayant des motivations politiques et les gangsters aux motivations criminelles et accompagner cette amnistie d’une part des sanctions adéquates pour les crimes les plus graves et d’autre part de compensations et autres mesures de réhabilitation pour les victimes les plus durement affectées.

7.  Renforcer les mesures de sécurité dans la région :

a) en augmentant les effectifs et l’équipement de la police du Nigeria dans sa mission de maintien de l’ordre sur le territoire terrestre et de la marine pour ses patrouilles dans les criques et autres voies navigables ;

b) en demandant une plus grande collaboration entre la police et la sécurité locale, notamment les organisations de sécurité privées et communautaires ; et

c) en augmentant les moyens à disposition de la police militaire, de la justice militaire et des services de police internes pour arrêter et juger tous les officiers, quel que soit leur rang, impliqués dans le vol de pétrole ou dans d’autres activités criminelles organisées en complicité avec les groupes armés actifs dans le delta du Niger.

8.  Identifier clairement les sommes allouées dans le budget 2008 pour le delta du Niger et libérer tous les fonds non exécutés dus à la Commission de développement du delta du Niger (NDDC) depuis 2001.

9.  Mettre en œuvre rapidement les éléments du plan général de développement du delta du Niger susceptibles de créer des emplois rapidement.

10.  Fournir un financement au gouvernement de l’État de Rivers, à condition qu’il poursuive la démolition et le redéveloppement du front de mer à Port Harcourt, pour qu’il s’assure que le projet soit mis en œuvre dans un cadre de développement urbain global qui minimise les difficultés des personnes qui devront être déplacées et évite d’entraîner de nouveaux conflits.

À l’Assemblée nationale :

11.  Modifier la loi NDDC de 2000 pour veiller à ce que toutes les compagnies du secteur pétrolier concernées dans la région contribuent au financement de la Commission.

12.  Entamer le processus de modification de la constitution de 1999, en particulier pour améliorer les dispositions concernant le reversement des revenus pétroliers à la région où le pétrole à été produit, conformément aux recommandations de la conférence nationale sur la réforme politique de 2005/2006.

Au gouvernement de l’État de Rivers :

13.  Veiller à ce que la démolition du front de mer et le déplacement des communautés qui y sont installées soit précédés d’un important travail préliminaire, que ce projet soit mis en œuvre dans un cadre de développement urbain global, avec méthode et de façon humaine, avec un minimum de conséquences sur le plan humanitaire et avec tout le respect dû aux droits culturels des communautés ethniques qui résident dans cette zone depuis longtemps.

À l’Union européenne (UE), aux États-Unis et aux autres partenaires internationaux du Nigeria :

14.  Dialoguer avec la présidence de Yar’Adua et avec l’Assemblée nationale pour encourager une résolution rapide de la crise dans le delta du Niger, en insistant sur les causes profondes du conflit ainsi que sur ses conséquences pour la sécurité, et prêter assistance autant que nécessaire, notamment :

a) en favorisant un investissement et un développement plus grands des infrastructures dans le delta ;

b) en apportant une aide plus importante pour le renforcement des capacités et un meilleur financement des projets menés par les organisations communautaires et de la société civile crédibles qui sont engagées dans l’éducation civique, les programmes de jeunesse pour le changement d’attitude, la guérison communautaire et la restauration de la gouvernance communautaire ;

c) en encourageant les compagnies pétrolières internationales actives dans la région à adopter les meilleures pratiques environnementales, à développer des stratégies pour leurs relations avec les communautés qui tiennent mieux compte des risques potentiels de conflits et à faire preuve d’une plus grande transparence dans leurs programmes de développement communautaire ; et

d) en aidant la police et les services de sécurité du Nigeria, sur le mode bilatérale et dans le cadre de la stratégie de sécurité pour l’énergie du Golfe de Guinée (GGESS), à s’attaquer au vol de pétrole, au blanchiment d’argent et au trafic d’armes à feu dans le delta.

Dakar/Bruxelles, 5 décembre 2007

 
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