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Somalie : le plus difficile reste à venir

Briefing Afrique N°45 26 janv. 2007

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SYNTHÈSE

Les Tribunaux islamiques somaliens se sont effondrés de façon encore plus spectaculaire qu’ils n’avaient émergé. En un peu moins d’une semaine en décembre 2006, les forces éthiopiennes et somaliennes du gouvernement fédéral de transition (GFT) ont tué des centaines de combattants islamistes et ont dispersé les autres dans une offensive éclair. Le 27 décembre, le Conseil des tribunaux islamiques somaliens a prononcé sa dissolution et le pouvoir politique est retourné aux chefs de clans. Il s’agit d’un énorme succès pour l’Éthiopie et les États-Unis, qui craignaient l’émergence d’un refuge pour les extrémistes islamistes d’Al-Qaeda et autres comme celui des Taliban en Afghanistan, mais il est encore trop tôt pour affirmer que les malheurs de la Somalie sont finis. Une bonne partie du sud du pays connaît désormais un vide politique que l’inefficace GFT n’est pas capable de combler. Certains éléments des Tribunaux islamiques, notamment les militants Shabaab et leurs associés d’Al-Qaeda, sont restés en grande partie intacts et font planer la menace d’une éventuelle guerre de guérilla. Pour obtenir la paix, le GFT doit se reconstituer en tant que gouvernement d’unité nationale mais il ne montre pas de signes de volonté très encourageants à cet égard. Aussi la communauté internationale doit-elle exercer une plus grande pression.

La défaite des Tribunaux indique le retour de la politique clanique dans le sud de la Somalie. Alors que les Tribunaux tiraient principalement leur soutien du clan Hawiye, le GFT est perçu comme étant dominé par les intérêts du clan Darod. Les dirigeants du GFT ont renforcé cette perception en poursuivant des politiques qui ont plus encore isolé les Hawiye, notamment un appel aux troupes étrangères et à la réinstallation du gouvernement à Jowhar puis à Baïdoa plutôt qu’à Mogadiscio. L’isolement des Hawiye et les insuffisances du GFT ont créé un vide dans lequel les Tribunaux islamiques se sont développés entre juin et décembre 2006, apportant un degré de paix et de sécurité inédit dans le sud depuis plus de quinze ans. Mogadiscio a été réunifiée, la rue désarmée et les ports et les aéroports ont été réouverts. En décembre, les Tribunaux islamiques avaient bien étendu leur contrôle, dépassant leur seule base de Mogadiscio pour contrôler la majeure partie du territoire situé entre la frontière kenyane et la région autonome du Puntland dans le nord-est. Le GFT était lui confiné à Baïdoa sous la protection de ses alliés éthiopiens. Les communautés locales semblaient prêtes à tolérer une stricte interprétation de la charia (loi islamique) en échange de la paix et de la sécurité.

Sur le plan politique, la Somalie est à peu près revenue là où elle était au moment de la formation du GFT en octobre 2004. Le gouvernement est faible, impopulaire et mû par les factions et le vide de pouvoir est rapidement comblé par les mêmes chefs de factions et autres seigneurs de la guerre que les Tribunaux islamiques avaient renversés il y a moins d’un an. De nombreux habitants de Mogadiscio déplorent la défaite des Tribunaux islamiques ; ils se sentent menacés par le GFT et sont consternés par la présence des troupes éthiopiennes dans la capitale. Mogadiscio est inondée d’armes et le GFT et les troupes éthiopiennes ont déjà fait l’objet d’attaques à plusieurs reprises. Le risque potentiel de violence grave est presque palpable.

La victoire militaire de l’Éthiopie a seulement permis de démanteler la partie la plus visible des Tribunaux islamiques, à savoir l’autorité administrative régionale dans le sud de la Somalie (qui englobe Mogadiscio), qui servait essentiellement de plateforme politique pour les intérêts du clan Hawiye.

D’autres éléments de cette formation, par exemple les dirigeants des militants Shabaab, demeurent (en grande partie) intacts et se sont dispersés à travers le pays, menaçant de mener une longue guerre. Une frappe aérienne de l’armée américaine le 8 janvier 2007 aurait blessé Aden Hashi ‘Ayro, un important chef des Shabaab, et tué plusieurs de ses gardes mais n’aurait réussi à détruire aucune des principales cibles visées. Une deuxième attaque aérienne américaine a été lancée le 23 janvier mais aucune information concernant les cibles et l’impact de cette attaque n’a été communiquée dans l’immédiat. Le réseau local de mosquées, écoles et entreprises privées qui avait soutenu la propagation des enseignements salafistes et de leurs variantes extrémistes est resté en place et continue de se développer grâce aux généreuses contributions du secteur privée et des associations (caritatives) islamiques.

Il n’est pas certain que les islamistes, y compris leurs éléments jihadistes les plus extrêmes, puissent organiser un retour au pouvoir. Cela dépend en grande partie de la capacité du GFT à restaurer la stabilité et à gagner le soutien du public dans le sud de la Somalie. Mais les premières mesures adoptées, par exemple la déclaration de l’état d’urgence ou le renvoi du président du parlement, qui avait activement contribué aux efforts pour entamer un dialogue avec les Tribunaux islamiques et envisager un compromis, ne sont pas prometteuses.  Le GFT devrait :

  • annuler l’état d’urgence et rétablir le président du parlement dans ses fonctions ;
  • reconstituer le gouvernement en tant que véritable gouvernement d’unité nationale, avec la participation des dirigeants crédibles des communautés qui ont soutenu les Tribunaux islamiques ;
  • mettre en place dans le même temps des autorités représentatives dans les principales municipalités, notamment à Mogadiscio et Kismayo, afin d’assurer une stabilité politique et de gérer la sécurité locale sur le court terme ;
  • abandonner le concept de désarmement forcé, en particulier à Mogadiscio, au profit d’un plan de désarmement volontaire négocié ; et
  • s’atteler aux tâches pour lesquelles il a été formé initialement, c’est-à-dire faire progresser le processus de réconciliation nationale, achever la transition vers un gouvernement permanent et terminer son travail d’ici 2009, date à laquelle il est prévu d’organiser des élections.

Par ailleurs, le remplacement rapide des troupes éthiopiennes par une mission multilatérale de maintien de la paix plus importante est essentiel pour atténuer la rancœur du public envers ce qu’il considère comme une occupation étrangère. Toutefois, ceci prendra probablement des semaines, voire des mois, aussi est-il d’autant plus important pour le GFT d’agir rapidement pour que cette mission n’arrive pas trop tard. L’Éthiopie, dont la conception de ses propres intérêts sécuritaires pourrait la laisser indifférente, et les États-Unis, qui doivent faire preuve d’une compréhension plus poussée de la lutte contre le terrorisme dans le pays que l’approche étroite qu’ils ont généralement suivie depuis plusieurs années, doivent désormais assumer une lourde responsabilité dans la consolidation de la paix en Somalie. Ils doivent pousser le GFT à prendre les mesures décrites plus haut afin de se transformer en un organe national plus représentatif. La communauté internationale devrait également contribuer à faire passer le message au gouvernement, dans l’immédiat lors du sommet de l’Union africaine à la fin du mois de janvier mais aussi par le biais du Groupe de contact international sur la Somalie, organe intergouvernemental de coordination informelle qui doit se réunir le 9 février.

Nairobi/Bruxelles, 26 janvier 2007

 
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