Ouzbékistan : les sanctions de l’Europe ont un rôle à jouer
Briefing Asie N°54
6 nov. 2006
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SYNTHÈSE
Après le meurtre de civils par les forces de sécurité ouzbèkes dans la ville d’Andijan en 2005, l’Union européenne a imposé des sanctions ciblées au gouvernement du président Islam Karimov. Les dirigeants européens ont demandé à l’Ouzbékistan d’autoriser l’ouverture d’une enquête internationale sur le massacre, d’interrompre les mascarades de procès en cours et d’améliorer la situation des droits de l’Homme dans le pays. Aujourd’hui, un certain nombre d’États membres de l’UE, principalement l’Allemagne, demandent à ce que ces sanctions soient levées ou au moins réduites dès ce mois-ci. Le gouvernement Karimov n’a rien fait pour justifier une telle approche. Une normalisation des relations devrait se faire selon les critères de l’UE et non ceux de Karimov. Par ailleurs, la dictature de celui-ci semble de plus en plus fragile et il serait bon d’envisager comment faire face aux conséquences de sa chute, qui arrivera tôt ou tard, et notamment de réfléchir à l’impact que celle-ci aurait sur d’autres États fragiles d’Asie centrale comme le Kirghizstan.
Les 12 et 13 mai 2005, le gouvernement ouzbèke a répondu à un soulèvement armé à Andijan par l’emploi indiscriminé de la force, tirant sur des centaines de civils non armés. Plus de 400 réfugiées qui ont fui vers le Kirghizstan se sont finalement vus accorder l’asile dans un pays tiers après une pression intense de la part de gouvernements occidentaux, en particulier les États-Unis. Dès le premier procès d’une longue série de procédures entamées à la suite des événements d’Andijan, l’UE a imposé une interdiction de visa à une douzaine de responsables ouzbèkes directement impliqués dans le massacre. Lors de la réunion mensuelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE les 13 et 14 novembre 2006, ceux-ci décideront s’ils renouvellent, modifient ou mettent fin à ces sanctions.
Depuis que ces sanctions ont été imposées, les mesures sévères prises par le gouvernement ouzbèke à l’encontre des contestataires ne se sont pas calmées. Journalistes, militants des droits de l’Homme et leaders religieux, entre autres, ont subi harcèlement, arrestations, torture et ont été condamnés à de longues peines d’emprisonnement. Ceux qui cherchent refuge à l’étranger sont sous la pression des services de sécurité ouzbèkes et d’autres pays et certains ont été rapatriés de force. L’Ouzbékistan a mené des simulacres de procès contre des extrémistes islamistes, dans lesquels les condamnations se fondent sur les inévitables confessions arrachées sous la torture. Plutôt que de se montrer un allié solide de la “guerre contre la terreur”, le gouvernement continue de créer les conditions propices à l’accroissement du soutien populaire envers l’islam radical.
Le gouvernement maintient un contrôle strict sur les principales exportations du pays (coton, gaz et or), veillant à ce que les revenus correspondants n’aillent pas aux communautés impliquées dans leur production ou au budget national mais dans les poches du régime-même et de ses alliés, notamment ceux des forces de sécurité. Peut-être motivé par un sentiment croissant d’insécurité, le régime a commencé à piller certains de ses partenaires de joint-ventures étrangers. Le commerce avec la Russie et le Kazakhstan et la migration pour des raisons professionnelles vers ces deux pays sont des bouées de sauvetages économiques de plus en plus menacées pour des millions d’ouzbèkes.
Plutôt que de prendre des mesures sérieuses pour améliorer les conditions dans son pays, le président Karimov a préféré désigner des têtes de turc et se contenter de changements cosmétiques, comme le licenciement en octobre 2006 du gouverneur d’Andijan, Saydullo Begaliyev, qu’il a publiquement accusé d’être en partie responsable des événements de l’année précédente. Dans l’ensemble, Karimov continue de nier que les politiques de son régime soient en aucune façon à blâmer et les abus se reproduisent dans d’autres provinces sans faire l’objet d’aucun contrôle.
Le gouvernement de Karimov est fragile et en proie aux rivalités. Le président est de plus en plus isolé, entouré par un cercle de proches de moins en moins nombreux. Les spéculations à propos d’éventuels successeurs vont bon train: sa fille, Gulnora Karimova, et son allié supposé Alisher Usmonov, oligarque ouzbèke qui réside à Moscou, sont les candidats possibles le plus souvent mentionnés. Un soulèvement populaire est fort improbable; en revanche, un coup de palais par des membres de l’élite mécontents serait possible, encore que, à présent, Karimov semble contrôler solidement les services de sécurité. Quelle que soit la façon dont elle se fera, la succession du président ne se déroulera sans doute pas en douceur et pourrait menacer la stabilité de la région dans son ensemble.
L’UE devrait:
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Renouveler son interdiction de visa pendant un an et l’étendre à Karimov, sa famille, ceux qu’il a récemment désigné à des postes importants et aux membres de son entourage proche;
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Geler les avoirs des personnes sous le coup d’une interdiction de visa afin qu’elles ne puissent pas avoir accès au système bancaire européen; et
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S’efforcer de favoriser la résilience des États voisins qui souffrent déjà de l’instabilité et des politiques ouzbèkes.
Bichkek/Bruxelles, 6 novembre 2006