Ouzbékistan : stagnation et incertitude
Briefing Asie N°67
22 août 2007
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SYNTHÈSE
L’Ouzbékistan demeure un risque sérieux pour lui-même et sa région. Le président Islom Karimov, âgé de 69 ans, dont le mandat a pris officiellement fin il y a plus de six mois, semble ne pas vouloir renoncer au pouvoir. Néanmoins, son départ pourrait déclencher une violente lutte pour l’autorité. L’économie demeure strictement contrôlée : des fidèles au régime, notamment les services de sécurité et Gulnora, la fille de Karimov, exercent une influence excessive, ce qui décourage les investisseurs et accentue la pauvreté. Les droits humains sont sévèrement bafoués, et ceux qui cherchent à fuir à l’étranger risquent en permanence de se voir rapatriés de force. Si le gouvernement justifie nombre de ses politiques par la « guerre contre le terrorisme », la répression qu’il pratique pourrait en réalité générer davantage de risques à l’avenir. Les efforts de dialogue international ont été contrariés par son refus de réformer et d’autoriser une enquête indépendante sur le soulèvement d’Andijan en mai 2005. Il est à présent difficile d’influencer Tachkent mais il est essentiel d’assister autant que possible la population ouzbèke et d’aider ses voisins à renforcer leurs capacités de manière à pouvoir faire face à l’instabilité qui pourrait surgir au moment du départ de Karimov.
Le dernier mandat présidentiel de sept ans de Karimov, qui a légalement pris fin en janvier 2007, est largement passé inaperçu. Les spéculations quant à son successeur vont bon train, bien qu’aucun favori ne se distingue vraiment. Si le Turkménistan a réussi une transition pacifique après le décès du président Saparmurat Niazov en décembre 2006, le départ de Karimov pourrait néanmoins déclencher une véritable instabilité, entraînant de graves conséquences pour l’ensemble de la région.
L’économie demeure considérablement dépendante des exportations de coton, d’or et de gaz naturel, toutes les matières premières étant contrôlées par le régime et ses alliés, qui dégagent des profits colossaux alors qu’une grande partie de la population doit faire face à de graves privations. Gulnora Karimova aurait été particulièrement impitoyable dans la construction de son empire financier. Des millions de citoyens ruraux ont commencé, pour s’en sortir, à pratiquer le commerce de navette ou bien à chercher un emploi à l’étranger et envoyer d’importantes sommes d’argent au pays, bien que le gouvernement interfère de plus en plus dans ces secteurs. Même les plus grands investisseurs russes et chinois qui ont des intérêts dans l’industrie de l’énergie ouzbèke voient leur activité entravée.
En dépit de la libération récente d’activistes des droits humains condamnés, la situation générale n’a pas vraiment changé. Les critiques du régime sont sévèrement réprimés. Des centaines de citoyens ont fui à l’étranger, notamment en Russie ou au Kirghizstan où ils ont été victimes de harcèlement et d’intimidations de la part des services de sécurité locaux et ouzbèkes. Un certain nombre d’expulsions illégales ont également eu lieu. Les libertés religieuses sont particulièrement bridées : les membres de confessions « non traditionnelles » sont souvent harcelés et arrêtés et les musulmans pratiquants courent le risque d’être taxés d’extrémistes ou de terroristes. La société civile et les médias indépendants ont pratiquement été éliminés et les journalistes qui travaillent pour des agences étrangères sont menacés et persécutés.
Le gouvernement exploite régulièrement la thématique des dangers des groupes islamistes radicaux, notamment Hizb ut-Tahrir et le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), pour justifier de telles politiques. En réalité, malgré quelques éclats de violence dans la région ces dernières années, rien ne prouve que le MIO soit une véritable menace. Toutefois, si le régime poursuit ses politiques répressives, le radicalisme ne s’en trouvera que plus renforcé.
La répression d’un soulèvement à Andijan en mai 2005 fut un moment clef. Des centaines de civils, si ce n’est plus, auraient été tués. L’UE, seule dans cette initiative, a pris des mesures restrictives et les a maintenues et renouvelées pour la dernière fois en mai 2007, tout en les assouplissant progressivement. Les tentatives répétées de l’UE, et en particulier de l’Allemagne, de promouvoir de nouvelles relations avec les autorités ouzbèkes, n’ont donné lieu qu’à des gestes symboliques. Les relations avec les États-Unis sont plus froides que jamais. Même ses liens avec la Russie, qui avait soutenu Karimov à Andijan, semblent se détériorer. Malgré la volonté de Karimov de conserver des options en matière de politique étrangère pour éviter de devenir un paria, son régime a fait bien peu d’efforts pour améliorer ses relations avec ses interlocuteurs étrangers.
Bishkek/Bruxelles, 22 août 2007