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La politique au Tadjikistan: Confrontation ou consolidation?

Briefing Asie N°33 19 mai 2004

This briefing is currently only available in English.

RÉSUMÉ

La paix et la stabilité péniblement gagnées au Tadjikistan sont en danger. En effet, l'accord qui a mis fin à la sanglante guerre civile en 1997 semble avoir été brièvement menacé au début de l'année 2004, lorsqu'une série d'affrontements entre le Président Emomali Rakhmonov et d'anciens seigneurs de la guerre raviva brusquement les tensions au sein de la vie politique opaque du pays. A l'approche des élections législatives prévues début 2005, le président semble décidé à consolider son pouvoir aux dépens non seulement des seigneurs de la guerre mais également des partis de l'opposition, notamment le Parti légal de la Renaissance Islamique du Tadjikistan (PRIT). Mais cela comporte des risques. Le mécontentement fait son chemin au sein de la frange islamiste radicale, et l'influence croissante d'un petit clan proche du président rend la lutte contre la corruption et la criminalité de plus en plus difficile.

Des progrès ont été réalisés dans certains secteurs. En 2000, peu de gens s'aventuraient dans les rues de nuit, et les fusillades étaient alors courantes. Désormais, Douchambé est une capitale qui connaît une raisonnable effervescence, accueillant de plus en plus de visiteurs internationaux et de conférences. La croissance économique supérieure à 10% en 2003, reflète en partie le prix élevé des matières premières, mais une partie de cette croissance au moins se situe ailleurs que dans les secteurs d'exportations traditionnels du coton et de l'aluminium. La croissance a également profité aux citoyens ordinaires. Des secteurs tels que celui de la construction créent des emplois.

Néanmoins la situation reste précaire. La pauvreté est omniprésente, et la plupart de la population reste partiellement dépendante de l'aide alimentaire internationale. L'économie réfléchit toujours l'image de son passé soviétique, avec un Etat trop interventionniste et pas assez d'Etat de droit. La corruption est quasi universelle et les investisseurs étrangers quasi absents.

S'attaquer à l'économie requiert une solide stratégie politique qui introduise des ‘techniciens’ au sein du gouvernement et s'emploie à réformer certaines des structures étatiques les plus corrompues, à commencer par la police. Cependant, le système politique est fragile et en grande partie influencé par les dynamiques régionales et le phénomène de seigneurs de guerre. A travers le processus de paix, ces seigneurs de la guerre des deux bords ont conservé une véritable emprise dans de nombreuses régions, à l'instar du Front Populaire du Tadjikistan (FPT) basé à Kulob et de l'opposition islamo-démocrate (l'Opposition Tadjik Unie - OTU) établie principalement dans la vallée orientale de Rasht et au Pamir. Le président a progressivement limité leur influence en lui substituant celle de l'Etat, mais sans que cela ait été couronné de succès dans toutes les zones. Ce sont là des avancées en direction d'un Etat viable, mais le cercle du pouvoir se referme de plus en plus autour des alliés proches de Rakhmonov, dont beaucoup sont originaires de sa région natale, au lieu de s'ouvrir à une base plus large en remplaçant les seigneurs de la guerre.

Durant la guerre civile, l'opposition était une collection bigarrée de partis où se mêlaient des aspirations démocratiques, islamistes et régionales. L'incorporation du PRIT ainsi que d'autres formations de l'OTU a été une étape importante vers la paix, mais une large part de ce pluralisme apparent a toujours relevé de la cosmétique. Bien que pour beaucoup d'observateurs extérieurs la fin de la guerre ait été perçue comme un compromis aboutissant à l'exercice du pouvoir par une coalition, nombreux sont ceux dans le gouvernement qui l'ont interprétée comme leur victoire sur l'opposition islamiste. L'hostilité sous-jacente demeure plus que perceptible des deux côtés. L'exercice de pressions continues sur le PRIT et l'incapacité à le distinguer des groupes islamistes plus radicaux, a parfois fait trembler les fondations de la paix.

A l'approche des élections parlementaires de février 2005, suivies des présidentielles en 2006, ces tensions vont aller probablement crescendo. Peu de choses sont entreprises pour éviter les écueils des précédentes élections. L'étau s'est resserré sur le faible groupe de petits partis qui constituent l'opposition laïque et peu s'attendent à des élections législatives libres et équitables: le parti au pouvoir est déjà donné gagnant, raflant quasiment tous les sièges.

Douchanbé/Bruxelles, 19 mai 2004


La version française de ce résumé a été rendue possible grâce au soutien financier de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie.

 
 
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