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Répression et régression au Turkménistan: Une nouvelle stratégie internationale

Asie Rapport Nº85 4 nov. 2004

This report is currently only available in English and in Russian.

SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS

A la tête de l'un des régimes les plus répressifs au monde, le Président du Turkménistan, Sapamurad Niyazov, ne réagit pas à la diplomatie de velours, ne modifiant certaines politiques seulement sous la menace de sanctions ou d'une action punitive. En échouant à adopter une position ferme face aux nombreuses violations des droits de l'Homme et au pillage des richesses de l'Etat, la communauté internationale a privilégié les intérêts économiques et sécuritaires de court terme. Cependant, étant donné les risques d'instabilité réelle se profilant à long terme si le tir n'est pas rectifié, l'adoption d'une ligne plus ferme est nécessaire. Les organisations internationales et les gouvernements concernés devraient s'entendre sur une liste de critères de réformes clés et commencer à œuvrer de façon beaucoup plus active en faveur d'un véritable changement.

Le lourd endoctrinement idéologique et la destruction du système éducatif laissent penser que les problèmes du Turkménistan ne disparaîtront pas avec Niyazov. En dépit des réserves de pétrole et de gaz, l'économie se fragilise et une éventuelle succession politique pourrait être violente.

Depuis la soi-disant tentative d'assassinat perpétrée à son encontre en 2002, la répression s'est intensifiée et le président a concentré encore davantage de pouvoir entre ses mains. Il contrôle totalement le système politique et a introduit le culte de la personnalité dans tous les aspects de la vie à l'aide de son manuel quasi spirituel, le Ruhnama. Il utilise les revenus lucratifs puisés dans les réserves de pétrole et de gaz à des fins personnelles, et la plupart de cette manne finance des projets de construction titanesque. Aucune activité politique d'opposition n'est permise, il n'y a pas de médias indépendants et la pression accrue exercée sur les ONG les a contraintes à cesser leurs activités.

Bien que le Turkménistan dispose d'immenses réserves de gaz, le détournement des recettes menace la stabilité économique à long terme. Des problèmes budgétaires ont déjà contraint à des coupes en matière de services sociaux et de santé. La plupart de la population vit dans la pauvreté, tandis que les élites empochent d'importants revenus générés par le secteur énergétique. Le secteur privé est minime, l'agriculture est en crise et probablement la majorité des jeunes est au chômage.

Une réforme du système éducatif a compromis les opportunités qu'offrait la scolarisation et introduit une palette d'enseignements idéologiques qui réduisent d'autant les chances des enfants. Il est de plus en plus difficile de suivre un enseignement supérieur et celui-ci est plafonné à deux années. Une génération de plus en plus mal formée et endoctrinée ne sera guère en mesure d'exercer des responsabilités. 

Le déclin des institutions étatiques et l'absence d'unité au sein de l'élite politique assurent quasiment une succession compliquée. Il est fort probable que dissidence interne et violence rime avec lutte pour le pouvoir. Dans la mesure où le gros de la population est d'une manière ou d'une autre largement dépendant de l'Etat, même une courte période de désordre pourrait mener à une véritable crise humanitaire.

La réponse internationale à l'égard du Turkménistan a été faible et mal coordonnée. Niyazov a réussi à jouer les différents gouvernements et organisations les uns contre les autres. La Russie est son partenaire le plus influent car presque toute son exportation de gaz passe dans ses gazoducs mais sa riposte aux humiliations répétées infligées aux responsables du gouvernement russe et à la discrimination non dissimulée à l'égard des habitants d'origine russe a été remarquablement faible. Quelques parlementaires se sont élevés contre Niyazov mais c'est principalement l'attrait du gaz bon marché qui a fait garder le silence à Moscou à propos des pires abus.

Les Etats-Unis ont été plus critiques mais leur position n'a pas été exempte d'ambiguïté en raison de leurs intérêts sécuritaires et géopolitiques. L'UE a augmenté son aide et parle d'engager le dialogue avec le régime, sans conditionner apparemment ces étapes à des changements politiques.

Les organisations internationales ont également envoyé des signaux brouillés. L'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a nommé un rapporteur spécial mais son rapport percutant est resté lettre morte. L'OTAN a étendu sa coopération en 2004 malgré l'incompatibilité entre l'attitude du régime avec ses principes démocratiques. Plusieurs agences onusiennes ont refusé de critiquer le régime mais les organes chargés des droits de l'Homme au sein des Nations Unies ont commencé à adopter une position plus ferme qui mérite d'être soutenue et suivie.

La majeure partie des institutions financières ont réduit leur engagement au minimum dans la mesure où le régime refuse d'amorcer des réformes économiques. Toutefois, des compagnies étrangères continuent de jouir du soutien de leurs gouvernements alors qu'elles investissent dans des projets lucratifs qui alimentent le culte de la personnalité du président.

RECOMMANDATIONS

A l'attention de la Fédération de Russie:

1.  Lier les accords économiques conclus avec le gouvernement turkmène à des améliorations sur un certain nombre de fronts dont:

a) l'expansion d'une instruction dispensée en russe et des médias en langue russe, y compris d'un accès aux publications en provenance de Russie et la reprise de la diffusion de Radio Mayak;

b) l'annulation des décisions limitant l'embauche de personnes diplômées des universités russes;

c) la réintroduction de la double citoyenneté; et

d) la libre circulation des citoyens turkmènes à l'intérieur de la Communauté des Etats Indépendants.

2.  Offrir un programme spécial d'enseignement supérieur aux étudiants turkmènes, leur permettant d'accéder aux universités russes, et leur offrir si nécessaire un soutien extra scolaire pour qu'ils obtiennent leurs diplômes.

3.  Se coordonner avec l'UE et les Etats-Unis, et travailler au sein de l'ONU et de l'OSCE à des initiatives visant à améliorer la situation des droits de l'Homme ainsi qu'à encourager le changement politique.

A l'attention des Etats-Unis et de l'UE:

4.  S'entendre sur une liste de critères clés à satisfaire sur une période de douze mois, notamment:

a) la libre circulation des citoyens turkmènes;

b) l'abrogation de la législation restreignant les activités des ONG;

c) l'accès aux prisons, y compris aux prisonniers politiques, pour le CICR et les autres observateurs indépendants, et la coopération avec les rapporteurs chargés des Droits de l'Homme aux Nations Unies;

d) l'autorisation pour les organisations internationales de mener des programmes éducatifs jusqu'au niveau universitaire inclus, et la coopération avec le Rapporteur Spécial de l'ONU sur le Droit à l'Education; et

e) la fin du harcèlement des communautés religieuses indépendantes, et la libération des objecteurs de conscience emprisonnés.

5.  Préparer une série de mesures politiques et financières progressives et ciblées devant être appliquées au cas où ces critères ne sont pas satisfaits, notamment:

a) restreindre la présence diplomatique aux cérémonies publiques où l'on pratique le culte de la personnalité de Niyazov;

b) refuser l'octroi de visas à de hauts responsables du gouvernement, conseillers et hommes d'affaires influents; et

c) geler les actifs financiers des principaux responsables du gouvernement, conseillers et hommes d'affaires influents placés dans des banques européennes et américaines.

6.  Refuser d'offrir un soutien politique gouvernemental et économique (garanties d'exportation et prêts) aux compagnies qui refusent de souscrire à un minimum de pratiques transparentes, telles que la divulgation d'accords de placement.

A l'attention des Etats-Unis:

7.  Déclarer le Turkménistan "pays nécessitant une attention particulière" en vertu de la Loi américaine sur la Liberté Religieuse Internationale si la situation ne s'améliore pas nettement d'ici la fin du premier semestre 2005.

8.  Surveiller les déplacements et l'émigration s'opérant depuis le pays et signifier clairement au gouvernement qu'il n'y aura plus de clause de sauvegarde Jackson-Vanik à moins que les citoyens turkmènes ne puissent jouir d'une véritable liberté de mouvement.

A l'attention de l'Union Européenne:

9.  Poser des conditions strictes à tout accroissement de l'aide destinée au régime, conformément aux recommandations du Rapporteur de l'OSCE sur le Turkménistan ainsi qu'à celles du Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés.

A l'attention de la Commission des Nations Unies chargée des Droits de l'Homme:

10.  Nommer un Rapporteur Spécial sur les Droits de l'Homme pour le Turkménistan, demander au Rapporteur Spécial sur le Droit à l'Education de témoigner devant la Commission sur le système éducatif, et faire pression sur le gouvernement afin qu'il coopére avec les rapporteurs.

A l'attention des organisations internationales et des bailleurs:

11.  Se consulter pour développer des stratégies et des approches communes et coordonnées, comprenant notamment les éléments suivants:

a) l'aide devrait être strictement limitée aux secteurs où elle profite directement à la population, tels que la santé et l'éducation;

b) l'assistance dans le domaine de la santé devrait viser particulièrement à aider les institutions turkmènes à combattre les maladies infectieuses ainsi que les problèmes croissants de drogues et du SIDA;

c) toutes les possibilités de dialogue avec les instances turkmènes chargées de l'éducation devraient être exploitées ainsi que des voies alternatives de formation à l'étranger, notamment à l'aide de l'octroi de bourses spéciales;

d) les principales radios internationales telles que Radio Liberty, Voice of America, BBC et Deutsche Welle devraient entamer ou étendre leurs programmes en langue turkmène;

e) les maisons d'édition situés à l'extérieur du pays devraient être soutenus afin de permettre aux écrivains et intellectuels de publier en turkmène; et

f) la formation média devrait chercher à développer un noyau de journalistes compétents en langue turkmène au sein des stations de radio internationales.

Osh/Bruxelles, 4 novembre 2004


La version française de cette synthèse a été rendue possible grâce au soutien financier de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie.


 

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