Essai nucléaire en Corée du Nord : les retombées
Briefing Asie N°56
13 nov. 2006
The full briefing is available in English and Korean.
SYNTHESE
L’affaire du nucléaire nord-coréen est entrée dans une phase encore plus inquiétante avec l’essai auquel Pyongyang a procédé le 9 octobre 2006. Cette explosion a fait l’objet d’une condamnation quasi-universelle et le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution 1718 moins d’une semaine après. En réaction à cet essai nucléaire, la Chine a pris une position exceptionnellement dure à l’encontre de son alliée ; elle s’est associée aux sanctions de l’ONU et a dépêché un envoyé spécial à Pyongyang. Le 31 octobre, après des discussions à Beijing avec les États-Unis et la Chine, Pyongyang a accepté de reprendre les pourparlers à six. On peut saluer la reprise du processus diplomatique mais il faut encore s’attendre à rencontrer les mêmes obstacles que lors des cycles de négociations précédents, lorsque les progrès étaient entravés par un manque de compréhension entre la Corée du Nord et les États-Unis. Bien que le format des pourparlers à six offre un forum de discussion utile, on ne pourra résoudre la question du nucléaire sans mener des négociations bilatérales afin d’examiner en détail d’une part les inquiétudes de Pyongyang, et d’autre part l’exigence américaine d’un désarmement complet et d’un mécanisme d’inspection rigoureux. La réponse ferme de la Chine pourrait agir comme un facteur de pression sur la Corée du Nord pour consentir des concessions lors des négociations mais ceci ne sera possible que si les États-Unis sont prêts à se rendre à la table des négociations avec un ordre du jour plus spécifique et plus attrayant qu’il n’en n’a présenté jusqu’à maintenant. Si le Conseil de sécurité a été prompt à imposer des sanctions à la Corée du Nord, des différends sont immédiatement apparus dans l’interprétation de la résolution 1718 : les États-Unis et le Japon insistent sur une mise en œuvre rigoureuse tandis que la Chine, la Russie et la Corée du Sud sont en faveur d’une action plus limitée. Ceci a révélé la faiblesse de la structure à six ; chaque gouvernement a ses propres intérêts et fait sa propre évaluation de l’urgence de la situation. Pour la Corée du Sud et la Chine, la stabilité de la Corée du Nord est d’une importance capitale. Les États-Unis et le Japon se préoccupent plutôt des missiles nucléaires et balistiques ainsi que de la prolifération nucléaire, des droits de l’Homme et des enlèvements. La Russie s’est généralement rangée aux côtés de la Corée du Sud et préfère que ce problème se règle directement entre Washington et Pyongyang.
L’inquiétude principale de la Corée du Nord en matière de sécurité concerne les États-Unis. Si rien n’est fait pour apaiser ses craintes, il est peu probable que le régime abandonne ses armes nucléaires. Le président George W. Bush a déclaré que les négociations bilatérales avec la Corée du Nord n’avaient pas donné de résultats avec l’administration antérieure. En fait, elles avaient permis de retarder le programme nucléaire nord-coréen de quelques années et restent un instrument de négociation efficace avec Pyongyang. Les pourparlers à six peuvent servir de cadre privilégié pour des négociations bilatérales et sont un mécanisme utile pour réunir un large soutien international en vue d’un éventuel accord mais ce ne devrait pas être le seul canal de communication avec Pyongyang.
La rencontre de Beijing, qui a conduit à la reprise des pourparlers à six, a en effet montré l’utilité de négociations directes. Reste encore à voir si les États-Unis vont changer leur position de façon significative afin de persuader leurs partenaires qu’ils sont prêt à faire des efforts pour offrir à la Corée du Nord la possibilité de revenir sur son programme nucléaire, véritable défi à la communauté internationale, tout en sauvant la face.
Les États-Unis devraient :
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Nommer un envoyé spécial à plein temps pour la Corée du Nord (comme l’a proposé le Congrès) qui aurait le pouvoir de contrôler toutes les questions relatives à ce pays et de négocier aussi bien lors des pourparlers à six que lors des négociations bilatérales ;
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Convenir avec le Conseil de sécurité d’un calendrier pour l’assouplissement des sanctions si la Corée du Nord gèle son programme nucléaire et admet à nouveau les inspecteurs internationaux sur son territoire ;
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Se concentrer sur le dossier du nucléaire, même si cela demande de remettre à plus tard d’autres préoccupations importantes concernant les droits de l’Homme, la drogue, la contrefaçon et les missiles, étant donné que la priorité doit revenir au risque le plus grave ;
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Présenter à la Corée du Nord un plan détaillé des mesures à prendre pour mettre fin à son programme d’armement, indiquant les bénéfices qu’elle retirera de cette interruption et apportant une réponse à ses inquiétudes quant à sa sécurité élémentaire et à la préservation du régime ; et
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Examiner les risques de prolifération dans la région avec les principaux acteurs, notamment la Chine avec laquelle un dialogue sur le nucléaire et d’autres questions sécuritaires est nécessaire, et garantir un accord suffisant entre ceux-ci sur la mise en œuvre de la résolution 1718 afin de maintenir la pression sur la Corée du Nord sans provoquer de divisions entre les pays impliqués dans les pourparlers à six.
Sans une plus grande flexibilité de la part de Washington et de Pyongyang, il est improbable que les négociations progressent, quel que soit le forum de discussion dans lequel elles ont lieu. La Corée du Nord n’acceptera sans doute pas de renoncer à ses armes nucléaires, quelles que soient la carotte et le bâton que l’on agite. Elle pourrait faire traîner les discussions pour avoir le temps de mettre au point des armes plus sophistiquées en plus grande nombre. Mais l’on n’en saura rien tant que Washington ne discutera pas avec Pyongyang des préoccupations sécuritaires du régime. En 2003/2004, Crisis Group a proposé un plan contenant une série de démarches à prendre par la Corée du Nord pour geler puis démanteler son programme nucléaire, chaque phase étant suivie de garanties sécuritaires, d’une reconnaissance diplomatique et d’une aide financière plus importantes. Il semble que cette solution reste la meilleure chance de progresser. [1]
Séoul/Bruxelles, 13 novembre 2006
[1] Voir le Rapport Asie de Crisis Group N°61, North Korea: A Phased Negotiation Strategy, 1er août 2003 et le rapport Asie N°87, North Korea: Where Next for the Nuclear Talks, 15 novembre 2004.