Quelle suite pour l’accord de dénucléarisation nord-coréen ?
Briefing Asie N°62
30 avr. 2007
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SYNTHÈSE
Les discussions sur le nucléaire nord-coréen ont finalement progressé le 13 février 2007, date à laquelle les six parties aux négociations sont arrivées à un accord général de dénucléarisation. Pyongyang a accepté de démanteler ses installations nucléaires à Yongbyon et de recevoir les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans les 60 jours en échange d’une aide énergétique et de garanties concernant sa sécurité. De nombreux détails essentiels doivent encore être réglés avant la tenue des prochaines discussions et ce premier délai de 60 jours n’a pas été respecté, les inspecteurs de l’AIEA n’ayant toujours pas été admis en Corée du Nord. Bien que cette dernière ait affirmé depuis permettre cette inspection d’ici 30 jours, certains craignent que cet accord signé en février ne s’avère être une autre tentative ratée de ramener Pyongyang dans le droit chemin. Quoi qu’il en soit, les États-Unis et d’autres participants à ces négociations à six devraient continuer à s’efforcer de faire avancer les choses en adoptant une stratégie de négociations constructives, qui se feraient par étapes successives et offrirait à la Corée du Nord des incitations économiques spécifiques et des assurances en termes de sécurité en échange d’actions précises prises par Pyongyang en vue de mener à bien la dénucléarisation du pays.
Si l’accord du 13 février était assurément un pas dans la bonne direction, il a cependant posé davantage de questions qu’il n’a apporté de réponses. Des détails essentiels, comme le calendrier de cette dénucléarisation, doivent encore être réglés. D’une manière générale, il faudra beaucoup de temps pour dépasser soixante ans d’inimitié et de méfiance entre les États-Unis et la Corée du Nord. Convaincre Pyongyang d’abandonner son programme nucléaire, qu’il considère sans doute comme l’ultime garantie de la survie de son régime, sera certainement difficile. L’interruption de la mise en œuvre de l’accord suite au retard pris dans le déblocage des fonds nord-coréens déposés à la Banque Delta Asia illustre bien comment des mesures en apparences simples peuvent se transformer en obstacles qui freinent l’ensemble du processus de négociations. Malgré les défis et les incertitudes, la résolution de la question nucléaire demeure pourtant vitale pour la paix et la stabilité dans la région.
L’accord du 13 février a fait l’objet de critiques aux États-Unis. Les conservateurs ont accusé le président George W. Bush de s’être montré généreux avec la Corée du Nord alors même qu’elle avait procédé à un test nucléaire le 9 octobre 2006 ; les démocrates ont affirmé pour leur part que cet accord n’était pas très différent de l’Accord-cadre négocié par son prédécesseur en 1994 et qui avait échoué en 2002. Beaucoup se montrent sceptiques quant aux intentions de Pyongyang d’abandonner son programme nucléaire. Pourtant, en dépit des ambigüités et des incertitudes, l’accord signé en février dernier est un préalable à la résolution du problème nucléaire nord-coréen. Un règlement global négocié par étapes successives reste le meilleur moyen de convaincre la Corée du Nord d’abandonner ses armes nucléaires.
Le format de l’accord du 13 février, fondée sur le « donnant donnant », est la bonne stratégie mais les phases de suivi sont remarquablement vagues, indiquant seulement que la Corée du Nord recevra 950 000 tonnes de pétrole lorsqu’elle aura achevé sa dénucléarisation. Les États-Unis, la Corée du Sud, la Chine et le Japon doivent désormais proposer une offre globale plus précise concernant les autres étapes à suivre et accompagner cette offre d’une menace crédible de mesures coercitives au cas où Pyongyang reviendrait sur sa parole.
En novembre 2004, Crisis Group proposait un processus de négociations en huit phases qui précisait un certain nombre de récompenses que la Corée du Nord pourrait recevoir en échange du démantèlement de son programme nucléaire. Moyennant quelques légères modifications, ce processus demeure la meilleure stratégie d’aboutir à la dénucléarisation. Maintenant que le processus est en marche, il est temps de passer à des mesures plus difficiles. La feuille de route à suivre devrait s’inspirer des points suivants :
1. Fermeture des installations de Yongbyon (soumise à vérification) en échange du versement des fonds qui ont été débloqués et de 50 000 tonnes de pétrole.
2. Assistance dans le domaine énergétique en échange de la déclaration officielle de la totalité des activités nucléaires menées par la Corée du Nord.
3. Fourniture d’énergie en échange de la signature d’instruments internationaux et d’un accès à l’AIEA.
4. Réhabilitation des centrales électriques nord-coréennes en échange du démantèlement de ses installations nucléaires.
5. Levée des sanctions imposées par l’ONU et aide extérieure à la Corée du Nord en échange du démantèlement.
6. Garanties sécuritaires en échange de la déclaration officielle par la Corée du Nord de l’armement nucléaire et de l’uranium fortement enrichi en sa possession.
7. Préparations à l’entrée de la Corée du Nord au sein des institutions financières internationales (IFI) en échange de son engagement concernant l’uranium fortement enrichi.
8. Création de bureaux de liaison et normalisation des relations avec la Corée du Nord en échange d’une inspection concluante de l’AIEA.
Étant donné le passé de la Corée du Nord en matière de non-respect des accords internationaux et de la valeur qu’elle accorde à son programme nucléaire, toute offre qui serait faite devrait s’accompagner de mécanismes de vérification rigoureux. Il faudrait également identifier des mesures coercitives appropriées permettant de sanctionner un manquement aux engagements pris – il s’agirait normalement de sanctions mais on ne peut exclure l’utilisation de la force militaire dans l’éventualité extrême d’un transfert de matériel nucléaire vers un autre pays ou à destination d’un acteur non étatique. La résolution de la question nucléaire doit rester la première priorité, les autres principaux thèmes comme les violations des droits de l’Homme, l’ouverture économique ou les armes conventionnelles étant mis de côté jusqu’à l’achèvement de la dénucléarisation de la Corée du Nord. Les négociations avec Pyongyang sont invariablement difficiles ; néanmoins, une stratégie globale et négociée selon des étapes successives offre les meilleures chances de mener à bien cette dénucléarisation.
Séoul/Bruxelles, 30 avril 2007