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Détroit de Taiwan IV: Vers un règlement politique définitif

Rapport Asie N°75 26 févr. 2004

This report is only available in English.

SYNTHESE

Dans un cas comme dans l'autre, le modèle le plus prisé par chacune des deux rives pour résoudre le sempiternel litige du Détroit de Taïwan constitue un faux départ: d'un côté Taipei souhaite une indépendance de jure reconnue de tous; de l'autre, Pékin privilégie une réunification de la Chine de type "un pays, deux systèmes" à l'instar du modèle appliqué à Hong Kong. Même d'ici dix ou quinze ans, il est peu probable que les deux sociétés s'entendent sur un modus vivendi ou entreprennent les ajustements nécessaires à la concrétisation de l'une ou l'autre de ces options. S'il est question de réduire le risque de conflit dans le Détroit de Taïwan (trop sérieux pour être traité à la légère, comme en témoigne le regain de tension de ces derniers mois), il faut alors une nouvelle réflexion sur ce à quoi pourrait ressembler un règlement politique final et comment y parvenir.

Ce rapport fait suite aux trois précédents qu'ICG a publiés simultanément en juin 2003*, et qui démontraient, à toutes fins utiles, que l'approche baptisée "Une seule Chine" qui a contribué à stabiliser la région pendant trois décennies est aujourd'hui caduc; ces rapports expliquaient que, même très relatif, le risque de guerre était encore réel; et suggéraient un certain nombre de stratégies pour préserver la paix à court et moyen terme. Sans pour autant ignorer les vicissitudes du débat actuel, exacerbées par la campagne pour les élections présidentielles du 20 mars 2004, ce nouveau rapport souhaite rester en marge des évènements actuels pour mieux se concentrer sur l'apport d'une solution à long terme acceptable par les deux parties.

Quatre modèles de réunification ou de réintégration sont étudiés:

  • Le modèle fédéral de type "un pays, deux systèmes" préconisé par la Chine et consistant à affiner celui appliqué à Hong Kong. Mais le degré de subordination à l'autorité centrale qu'il implique n'est toujours pas du goût de Taïwan.
  • Un système fédéral asymétrique reliant une entité autonome à un État plus vaste, accordant à Taïwan une identité distincte plus forte et une réelle autonomie, tout en démilitarisant et posant des garanties sécuritaires internationales. Cependant, même un cadre fédéral aussi peu rigide soit-il, serait difficile à accepter par Taïwan et les deux derniers points particulièrement complexes à réaliser.
  • Une confédération regroupant la Chine et Taïwan, égaux en souveraineté, en un seul État dont la réunification totale serait le but final. Initialement avancé par le parti du Kuomintang (KMT), ce modèle bénéficie d'un appui prolongé à Taïwan, mais pas à Pékin pour qui toute notion d'égalité de souveraineté demeure antithétique.
  • L'idée d'une "Grande Union Chinoise" à mi-chemin entre une confédération et un système fédéral "le plus souple" possible, pour lequel aucune terminologie ne convient tout à fait: les deux parties se reconnaîtraient une identité commune plus importante, mais Pékin autoriserait Taïwan non seulement à maintenir son système politique ainsi que son mode de vie mais également à posséder une véritable marge de manœuvre internationale, y compris son adhésion à de nombreuses organisations internationales. Dans sa forme la plus avancée et probablement pas réalisable dans un futur proche, il pourrait être envisagé que Taïwan, bien qu'appartenant à une structure souveraine supérieure, occupe son propre siège aux Nations Unies.

Il est évident que beaucoup de choses devront se débloquer au cours de plusieurs années des deux côtés du Détroit avant qu'un tel règlement ne voie le jour. Les conditions préalables étant:

  • L'émergence de leaderships tournés vers l'avenir: cela concernera sans doute des générations politiques qui sont pas encore en scène.
  • L'évolution des systèmes politiques: une libéralisation politique substantielle est un préalable à tout progrès, mais le chemin menant à plus de pluralisme n'est probablement pas continu et comporte de nombreux détours, parfois très décourageants.
  • L'intégration économique: les relations commerciales n'ont jamais été aussi bonnes, et une telle intégration est appelée à se renforcer. Les performances économiques de Taïwan influeront sur sa réceptivité à l'égard d'un nouvel accord politique: si sa position dans les domaines technologique et économique est érodée, son attitude sera probablement d'autant plus réceptive; inversement, son désir d'intégration politique sera moindre si son économie prospère.
  • L'émergence ou réémergence d'un sens plus développé d'une identité commune, en particulier à Taïwan. L'évolution en faveur d'une Chine plus tolérante et pluraliste découragerait d'autant la recherche d'une identité taïwanaise à part entière.
  • L'attitude internationale: le maintien d'une attention soutenue sera capital, surtout de la part des États-Unis, en décourageant fortement les deux rives du Détroit de recourir à l'usage de la force ou de tenter unilatéralement de modifier le statu quo sur la souveraineté. La communauté internationale dans son ensemble peut faire progresser la situation en encourageant la Chine à libéraliser davantage son système politique, en s'abstenant de toute reconnaissance de jure de Taïwan, tout en lui accordant une tribune internationale plus conséquente, et en faisant tout ce qu'il est possible pour favoriser les liens entre les deux sociétés.

La réussite d'un règlement final soulignera le caractère unique de l'histoire et de la culture chinoise - y compris sa tradition vieille de plusieurs siècles de gouvernance impériale indirecte, accordant plus de poids au cérémoniel qu'au contenu, dans des zones où les circonstances rendaient difficile l'administration directe - et une interprétation souple de ce que signifie "être chinois". Ce règlement répondra à la situation hautement singulière du Détroit, et ne sera pas un modèle clé en main emprunté à la science politique ou aux manuels de droit international.

Une déclinaison sur le mode d'une "Grande Union Chinoise" semble être l'option la plus séduisante. Sa forme vague et flexible permettrait à Taïwan de conserver une identité politique, économique et sociale distincte et de satisfaire convenablement son désir d'être traité avec plus d'égards sur le plan international, tout en autorisant la Chine à revendiquer librement la réunification comme une réalité.

Pékin/Taipei/Washington/Bruxelles, le 26 février 2004


La version française de cette synthèse a été rendue possible grâce au soutien financier de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie.


 
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