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Jihadisme en Indonésie : Poso sur le fil du rasoir

Rapport Asie N°127 24 janv. 2007

This report is currently only available in English and in Indonesian.

SYNTHÈSE ET RECOMMANDATIONS

Après huit mois passés à essayer de les convaincre de se rendre, la police indonésienne a mené deux raids de grande ampleur ce mois-ci à Poso, dans la province du Sulawesi central, dans le but d’arrêter un groupe d’hommes, pour la plupart des membres locaux de l’organisation terroriste Jemaah Islamiyah et recherchés pour une série d’attentats à la bombe, de décapitations et de fusillades. Les efforts pacifiques déployés jusqu’alors avaient manifestement échoué mais le nombre de morts lors du deuxième raid a fait des criminels des victimes. Le jihad, habituellement dirigé contre les chrétiens locaux, pourrait à présent viser la police en tant que thoghut (force anti-islamique) et donner un coup de fouet à un mouvement jihadiste indonésien affaibli. Le gouvernement doit de toute urgence collaborer avec les dirigeants musulmans afin d’expliquer au public dans le détail qui étaient les suspects et pourquoi il a dû recourir à la force. Il devrait également examiner la façon dont les opérations de police ont été menées afin de voir si des mesures auraient pu être prises pour éviter des morts. De même, les autorités doivent commencer à répondre à toute une série de griefs locaux.

À l’aube du 22 janvier 2007, la police indonésienne s’est déployée dans une rue tranquille de Poso. Les policiers se sont trouvés confrontés non seulement aux hommes qu’ils recherchaient mais aussi à une résistance fortement armée qui comptait des moudjahidin venus d’autres parties de la région de Poso et plusieurs autres de Java. À la fin de la journée, un policier et quatorze civils avaient été tués et on comptait des blessés des deux côtés. Une vingtaine de personnes ont été arrêtées alors qu’elles tentaient de s’enfuir.

Il s’agit de la deuxième tentative en deux semaines d’arrêter par la force plus de vingt hommes qui étaient recherchés depuis mai 2006. Le 11 janvier, les policiers avaient déjà mené un raid dans plusieurs maisons où ils pensaient que se cachaient ces hommes ; ils en avaient tué deux et blessé six et avaient saisi une collection d’armes assez importante.

Certains signes semblaient déjà indiquer que les suspects et leurs sympathisants, dans un effort pour enrôler des moudjahidin dans leur groupe, présentaient les opérations de police comme des attaques contre les musulmans. Chaque mort causée par ces opérations renforçait leur position et ils vont sans doute élever au rang de martyrs au moins seize de leurs hommes tués lors des raids policiers, voire dix-sept en comptant un jeune homme tué en octobre 2006 dans un affrontement avec la police. La police court désormais le danger d’être la cible d’une guerre anti-thoghut menée par les jihadistes dans d’autres villes en dehors de Poso.

Un autre danger serait que la faction de la Jemaah Islamiyah qui s’oppose habituellement aux attentats contre des cibles occidentales et qui considère que Noordin Mohammed Top, le terroriste le plus recherché d’Asie du sud-est que l’on croit être derrière certains des attentats les plus meurtriers d’Indonésie, s’écarte de leur doctrine estime désormais que ce type de jihad est légitime.

Finalement, il est possible que certains des fugitifs essayent de se rendre à Java pour rejoindre les forces de Noordin. Les moudjahidin de Poso ont une grande expérience en matière d’assassinats ciblés, une tactique qui n’a pas été employée en dehors des zones de conflit. Bien que la probabilité d’un lien opérationnel entre ces deux groupes soit mince, l’adhésion même d’un seul tireur d’élite expérimenté au groupe de Noordin pourrait être extrêmement dangereuse.

Même si ces dangers étaient écartés et si les derniers suspects arrêtés, il ne faudrait pas s’en satisfaire et considérer que la violence à Poso est une chose du passé. Le conflit intercommunautaire qui a atteint son apogée en 2000/2001 est loin d’être réglé. Certains moudjahidin parlent de la nécessité de faire rapidement des enfants afin de former une nouvelle génération de combattants. Alors même que le gouvernement continue de mener des opérations de sécurité, il est urgent d’adopter une nouvelle approche globale face au conflit.

Le présent rapport examine le processus qui a conduit un quartier de Poso à devenir un fief de la Jemaah Islamiyah et comment un groupe d’hommes restreint a réussi à terroriser cette ville pendant trois ans avant que leurs identités aient pu être établies. Il étudie les liens entre les structures de la Jemaah Islamiyah à Poso et à Java ainsi que les griefs et la rancœur des locaux qui ont motivé la violence actuelle et enfin analyse la marche à suivre.

RECOMMANDATIONS

Au gouvernement indonésien :

1.  Mettre sur pied une commission d’enquête indépendante qui inclurait les dirigeants des communautés afin d’enquêter sur les opérations de police des 11 et 22 janvier et qui serait chargée de :

(a)  déterminer si la conduite des opérations policières, qui étaient par ailleurs justifiées, était appropriée et en particulier de déterminer s’il aurait été possible d’éviter la mort des suspects étant donné que ceux-ci étaient fortement armés ; et

(b)  travailler rapidement et de diffuser largement ses conclusions.

2.  Collaborer avec les dirigeants islamiques, notamment en passant par leurs médias et en particulier par leurs sites et autres groupes de discussion sur internet, pour expliquer au public indonésien pourquoi les suspects de Poso ont été la cible d’opérations de police, afin d’éviter à la police d’avoir à justifier elle-même de ses actions.

3.  Créer une mission d’information indépendante, composée de tous les partenaires concernés par la pacification de Poso, qui disposerait des pleins pouvoirs pour interroger les autorités civiles et militaires afin d’examiner les griefs qui persistent depuis le conflit de 2000/2001 et qui ferait des propositions pour y remédier, en accordant une attention particulière au massacre de Walisongo Pesantren et des villages environnants fin mai/début juin 2000 et aux tueries de Buyung Katedo en 2001.

4.  Mettre en place un organe placé directement sous le contrôle du président et dont le mandat serait d’identifier les besoins des personnes déplacées et d’élaborer un programme afin d’intégrer les moudjahidin locaux dans le marché du travail.

5.  Publier et adopter l’ensemble des recommandations présentées par la mission d’information créée suite à l’affrontement du 22 octobre 2006 entre la police et les partisans des moudjahidin à Poso.

6.  Collaborer avec les donateurs et les dirigeants locaux pour mettre en place une véritable force de police locale à Poso qui ne devrait pas compter sur un soutien extérieur et veiller à ce que les allégations de mauvais traitement par les forces de sécurité fassent immédiatement l’objet d’une enquête transparente.

Jakarta/Bruxelles, 24 janvier 2007

 

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