Indonésie : les éditions de la Jemaah Islamiyah
Rapport Asie N°147
28 févr. 2008
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SYNTHÈSE
Une poignée de membres et de personnes proches de la Jemaah Islamiyah (JI), l’organisation extrémiste la plus importante d’Indonésie, ont mis sur pied un consortium dédié à l’édition au sein de l’école religieuse (pesantren) fondée par Abu Bakar Ba’asyir et Abdullah Sungkar à Solo, Java Centre. Ce lucratif consortium est devenu un important véhicule pour la dissémination de la pensée jihadiste, fournissant des livres attrayants et bon marché dans les mosquées, librairies et groupes de discussion. Que l’organisation s’aventure dans le domaine de l’édition démontre sa capacité de résilience et témoigne de la mesure dans laquelle l’idéologie radicale a développé ses racines en Indonésie. Le gouvernement devrait surveiller ces activités de plus près, activités qui pourraient par ailleurs jouer un rôle utile en canalisant l’énergie de la JI vers une lutte de jihad par l’écrit plutôt que par des actes violents.
L’examen des titres publiés permet de retracer l’évolution d’un débat vigoureux au sein de la Jemaah Islamiyah sur les avantages de la tactique d’Al-Qaeda. Ce débat semble être spontané et ne pas avoir été influencé par le programme gouvernemental de “déradicalisation” en cours et il est important que cela continue. Frapper d’interdiction les éditeurs ou leurs livres serait contreproductif. Mais il serait souhaitable de surveiller ces activités d’édition pour plusieurs raisons :
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Le nombre de ces publications a augmenté à mesure que la JI faiblissait, reflétant probablement une décision de ses dirigeants de se concentrer sur la dissémination des théories religieuses et sur le recrutement pour reconstruire l’organisation. Les livres ainsi produits s’inscriraient dans cet effort.
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Du traducteur au distributeur, ce réseau d’édition offre un bon exemple du réseau social sur lequel repose la Jemaah Islamiyah, particulièrement en temps de faiblesse. La JI a révélé une capacité extraordinaire à rebondir après un coup dur, sans doute grâce à ces appuis.
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Bien que les maisons d’édition appartiennent à des individus et non à la JI elle-même, une partie des revenus qu’elles génèrent sont très certainement réinvestis dans les activités de l’organisation.
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Il est possible que des membres proches de Noordin Mohammed Top, sans doute le plus dangereux terroriste en fuite de la région, travaillent comme traducteurs pour les éditions de la JI, en dépit du gouffre idéologique qui sépare Noordin du courant dominant de cette organisation.
Le meilleur moyen d’assurer la surveillance adéquate de ces activités serait que le gouvernement indonésien mette en œuvre les lois en vigueur concernant l’édition, les conditions de travail ainsi que la création et l’imposition des entreprises. Ceci non seulement offrirait la possibilité de surveiller ces entreprises mais pourrait également permettre de récolter des informations concernant les effectifs et la situation de la Jemaah Islamiyah
Jakarta/Bruxelles, 28 février 2008