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Élections locales à Aceh : le rôle du Mouvement de libération d’Aceh (GAM)

Briefing Asie N°57 29 nov. 2006

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SYNTHESE

Le 11 décembre 2006, des élections locales auront lieu à Aceh, région de l’Indonésie autrefois en guerre où les ex-guérilleros sont aujourd’hui candidats au pouvoir. Les défis logistiques étaient immenses, notamment l’inscription des nombreuses personnes déplacées suite au tsunami de décembre 2004. Mais les défis politiques sont encore plus grands : veiller à ce que les élections facilitent la transition de l’ancienne insurrection, le Mouvement de libération d’Aceh (Gerakan Aceh Merdeka, GAM) d’un mouvement de lutte armée en un mouvement politique, ce qui renforcerait l’accord de paix qu’il a signé le 15 août 2005 avec le gouvernement indonésien. Mais une rupture entre les dirigeants du GAM vient compliquer cette transition.

Cette rupture, que les porte-paroles du GAM qualifient de “divergences d’opinion”, oppose l’ancienne garde des dirigeants qui s’est réfugiée en Suède durant le conflit aux plus jeunes qui sont restés à Aceh pour se battre. Elle est apparue au grand jour au milieu de 2006 alors que l’organisation cherchait à élaborer une stratégie politique et choisir ses candidats en vue des élections. À Aceh, contrairement à ce qui se passe dans d’autres régions de l’Indonésie, les candidats qui ne sont pas affiliés à un parti sont autorisés, ce qui permet aux membres du GAM de se présenter comme indépendants. Pour l’élection du nouveau gouverneur et vice-gouverneur, l’ancienne garde voulait présenter un binôme soutenu par un parti (le PPP) tandis que les jeunes membres du GAM préféraient que les deux candidats soient indépendants. L’un des candidats a été victime d’une attaque physique par les partisans rivaux le 22 novembre à Bireuen dans la province d’Aceh. Le 27 novembre, le GAM a annoncé lors d’une conférence de presse qu’il resterait une organisation neutre, dans ce qui semblait être un effort de réconciliation. En fait, la division reste profonde et pourrait avoir un impact non seulement sur les prochaines élections mais aussi sur les plans du GAM pour mettre en place son propre parti politique.

Cette division est significative car l’enjeu de décembre est grand. Pour le GAM-même, les élections seront un test de sa force politique et une indication des efforts qu’il devra faire pour remporter le scrutin bien plus important de 2009, lorsqu’il s’agira d’obtenir des sièges au parlement provincial. Les stratégistes du GAM prévoient que s’ils contrôlent le parlement provincial, ils pourront modeler l’agenda politique au profit d’Aceh et de son avenir. Dans ce sens, les élections de décembre sont un coup d’essai et ce ne serait pas catastrophique s’ils perdaient, tant qu’ils obtiennent un pourcentage des votes respectable.

Pour les forces armées et nombre d’officiels de Jakarta, le scrutin permettra de tester la bonne foi du GAM. Les candidats du GAM vont-ils agiter le drapeau séparatiste et laisser entendre que l’indépendance est proche ou s’abstiendront-ils ? Les gradés de l’armée cachent à peine qu’ils soupçonnent le GAM de profiter de la paix pour se regrouper et se renforcer et de ne respecter la souveraineté indonésienne qu’en paroles. (Le commandant de la région militaire voulait que tous les candidats du GAM prêtent serment de loyauté envers l’État indonésien mais on l’a persuadé d’abandonner ce projet.)

Pour de nombreux acehnais dans les anciennes zones de conflit, les élections permettront de voir si la paix peut tenir. Une enquête menée par la Fondation internationale pour les systèmes électoraux (IFES) en septembre/octobre 2006 a montré que 93 pour cent des acehnais pensent que les élections aideront à garantir la paix mais que 55 pour cent sont craignent des violences, qu’elles proviennent d’anciens GAM ou d’anciens miliciens, des forces de sécurité gouvernementales ou de partisans des partis politiques. Avant l’incident de Bireuen, on craignait que l’armée ou les services de renseignement empêchent une victoire du GAM, que les GAM aient recours à l’intimidation et aux menaces, et que les milices, en veille depuis un certain temps, resurgissent comme hommes de main pour les candidats non-GAM. Aujourd’hui, les craintes concernent aussi la violence entre les membres du GAM, encore que les deux camps répètent qu’on ne rejouera pas l’attaque de 22 novembre et que les premiers jours de la campagne officielle, qui a commencé le 24 novembre, se sont déroulés dans le calme.

Le présent briefing examine comment et pourquoi le GAM est divisé et l’éventuel impact de cette division sur les élections. L’analyse présentée se fonde sur des entretiens réalisés lors des fréquentes visites de Crisis Group à Aceh en 2006.

Jakarta/Bruxelles, 29 novembre 2006

 
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