Indonésie : comment le GAM a triomphé à Aceh
Briefing Asie N°61
22 mars 2007
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SYNTHÈSE
Lors des élections locales organisées à Aceh le 11 décembre 2006, nombre étaient ceux (Crisis Group y compris) qui considéraient que les candidats du Mouvement de libération d’Aceh (Gerakan Aceh Merdeka ou GAM) étaient mal partis pour obtenir de bons résultats. On pouvait s’attendre à ce qu’ils remportent deux ou trois des dix-neuf districts à la clé mais le véritable enjeu des élections, le gouvernorat de la province, était presque sans aucun doute hors de portée. Les partis bien établis de Jakarta pouvaient quant à eux compter sur des financements importants, sur des structures bien ancrées et sur une division entre les chefs de l’insurrection. Les sondages réalisés juste avant le début de la campagne officielle donnaient la liste du GAM pour les postes de gouverneur et de gouverneur-adjoint (Irwandi Yusuf et Muhammad Nazar) quasiment hors compétition. Pourtant, le GAM a remporté une victoire écrasante, qu’un analyste évoquait comme “tombant à point nommé entre les retombées de l’accord de paix et l’échec des autres partis politiques à comprendre les nouvelles réalités du pays”. Le défi qui se pose à présent est celui de gouverner dans les règles et de manière efficace face aux attentes élevées de la population, à l’éventuel obstructionnisme d’une vieille élite et au sentiment de certains membres du GAM qui estiment que leur tour est venu d’accéder au pouvoir et aux richesses.
En compétition avec sept autres listes, Irwandi et Nazar ont obtenu 38,2 pour cent des votes, plus du double du score obtenu par leurs plus proches rivaux. Ils l’ont emporté dans quinze des dix-neuf districts en jeu, non seulement dans les fiefs du GAM sur la côte est mais aussi dans les régions où l’ethnie acehnaise n’est même pas majoritaire, comme à Simeulue, une île au large de la côte ouest, à Gayo Lues ou Aceh Sud-Est. À Aceh Sud, face à une machine bien rodée, ils ont remporté 62 pour cent des votes. Le GAM a également fait beaucoup mieux qu’espéré au niveau des districts, en enlevant six au premier tour et un autre lors du second tour, avec parfois une avance extraordinaire. À Aceh Nord, sa liste pour les sièges de bupati (chef de district) et bupati-adjoint a remporté 67 pour cent des votes. Lors du deuxième tour à Aceh Ouest début mars 2007, le GAM a obtenu le score remarquable de 76,2 pour cent.
Comment le GAM a-t-il réussi ce tour de force, d’autant plus qu’il ne disposait que de ressources limitées dans un pays où l’argent semble pouvoir tout acheter ? Au niveau provincial, il a bénéficié de la profonde insatisfaction envers les anciens partis et leurs candidats, considérés comme servant les seuls intérêts de l’élite. Dans les districts, en revanche, les élections ont mis en lumière l’efficacité du réseau d’anciens combattants et de partisans du GAM, qui a mené aux urnes les électeurs par le biais d’une armée de volontaires, par des appels à l’identité acehnaise, en insistant sur les zones pauvres et marginalisées que les partis dominants ont ignorées et, dans certains cas (mais probablement pas assez pour expliquer de tels résultats), par l’intimidation. De nombreux acehnais ont estimé qu’il était indispensable de maintenir la dynamique initiée par le processus de paix et que voter pour le GAM était un moyen à leur disposition pour agir en ce sens.
Jakarta/Bruxelles, 22 mars 2007