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Indonésie : la Jemaah Islamiyah aujourd’hui

Briefing Asie N°63 3 mai 2007

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SYNTHÈSE

Fin mars 2007, l’unité de police anti-terroriste Densus 88 a arrêté sept militants à Java Centre et Java Est (un huitième a été tué) et mis à jour une importante cache d’armes et d’explosifs ainsi que des documents suggérant l’existence d’une nouvelle structure militaire de la Jemaah Islamiyah, l’organisation djihadiste la plus importante dans la région. Ces arrestations ont été rendues possibles grâce aux informations obtenues lors d’opérations menées fin janvier à Poso, dans la province de Sulawesi Centre.

Au vu des analyses divergentes concernant la situation de la Jemaah Islamiyah au lendemain des raids du mois de mars, une évaluation plus systématique de l’organisation semble s’imposer. Que reste-t-il de cette organisation aujourd’hui ? Quels sont ses objectifs et comment est-elle financée ? Où sont ses fiefs et qui sont ses chefs ? Quelles relations entretient-elle avec les autres organisations djihadistes en Indonésie et à l’étranger ? Selon Crisis Group, la Jemaah Islamiyah conserve un noyau dur composé de plus de 900 membres en Indonésie. Elle n’est peut-être pas en pleine expansion mais elle reste bien implantée dans le pays et souhaite toujours y établir un État islamique.

L’organisation de son aile militaire pourrait bien avoir changé (bien que l’armement découvert en mars dernier soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses) mais la Jemaah Islamiyah reste ancrée dans une structure territoriale de commandement qui s’articule autour de groupes de cinq ou six religieux. Sa hiérarchie administrative a été réduite à ce qu’était auparavant Mantiqi II, une division de l’organisation qui s’étend à toute l’Indonésie, faisant du chef de cette division (Nuaim alias Abu Irsyad) le chef de facto de la Jemaah Islamiyah bien qu’il n’ait pas été formellement investi du titre d’émir.

On ne sait pas vraiment ce qu’il est advenu de Mantiqi III, la division de l’organisation consacrée à l’entraînement de ses membres, dont les zones d’activité (Kalimantan Est, Sulawesi, Sabah et Mindanao) sont traversées par les routes de transit de l’Indonésie vers les Philippines et couvrent la zone de conflit de Poso. Une vingtaine de membres de la Jemaah Islamiyah sont toujours à Mindanao (tout comme d’autres groupes plus restreints d’Indonésiens n’appartenant pas à l’organisation) et un certain nombre de vétérans ont quitté Mindanao pour Poso au cours de ces deux dernières années. Cependant, il n’est pas exclu que ces zones soient désormais rattachées à un commandement central et ne répondent plus à une division autonome.

La Jemaah Islamiyah est dans une phase de construction et de consolidation, aussi est-il peu probable qu’elle s’intéresse à des opérations de grande envergure, donc coûteuses, qui pourraient affaiblir plus encore le soutien dont elle jouit au sein de la population. Ce genre d’attaques est plutôt privilégié par Noordin Mohammed Top, qui est à la tête d’un groupe dissident de la Jemaah Islamiyah. On ne peut cependant pas exclure des opérations qui bénéficient à la fois d’une justification religieuse et d’une popularité assez grande pour attirer de nouvelles recrues. Pour beaucoup, l’opposition aux attentats à la bombe comme ceux qui ont visé l’ambassade australienne en 2004 ou les attentats de Bali en 2005 (Bali II) est moins fondée sur une opposition de principe à l’assassinat de civils que sur l’idée que, d’un point de vue tactique, l’organisation a plus à y perdre qu’à gagner. Quoi qu’il en soit, la formation militaire et le renforcement des capacités de l’organisation à combattre les ennemis de l’Islam demeure un élément essentiel du programme de la Jemaah Islamiyah.

Le présent briefing a été élaboré à partir de l’analyse minutieuse des documents collectés sur le terrain ainsi que d’entretiens avec des responsables indonésiens et des proches du réseau radical dont il est ici question.

Jakarta/Bruxelles, 3 mai 2007

 

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