L’Indonésie face au radicalisme à Poso
Briefing Asie N°75
22 janv. 2008
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SYNTHÈSE
Un an après les grandes opérations de police menées dans le district de Poso, dans le Sulawesi central, il est permis de manifester un optimisme prudent et de penser que la violence jihadiste et autres violences entre chrétiens et musulmans appartiennent au passé. Mais il reste encore beaucoup à faire pour garantir une paix durable, notamment apporter une solution aux revendications de la population concernant l’efficacité de la justice et garantir une utilisation et un contrôle efficaces des fonds destinés au développement post-conflit dans ce district.
Poso a vécu une décennie de violence grave. Entre 1998 et 2001, elle a été la scène de combats entre chrétiens et musulmans. Après 2001 et la signature d’un accord de paix sous les auspices du gouvernement, la violence est devenue unilatérale lorsque les extrémistes locaux, dont beaucoup étaient liés à l’organisation extrémiste Jemaah Islamiyah (JI) dont ils recevaient leurs ordres, se sont mis à organiser des attaques contre des chrétiens, des responsables locaux et des informateurs présumés. Les opérations de police qui se sont déroulées les 11 et 22 janvier 2007 étaient l’aboutissement de presque une année d’efforts infructueux de la police pour persuader les responsables d’actes criminels de se rendre. Quatorze militants et un policier ont été tués durant ces opérations mais Poso est désormais, au dire de tous, plus calme et plus sûre qu’elle ne l’a été depuis des années. Conséquences de ces opérations :
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presque tous les professeurs religieux de la Jemaah Islamiyah originaires de Java ont fui la région ;
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ceux qui ont perpétré l’ensemble des crimes commis au nom du jihad depuis l’accord de paix de Malino en 2001 ont été identifiés et la plupart ont été arrêtés, jugés et condamnés sans provoquer de réaction particulière ;
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l’unité administrative de la JI à Poso (wakalah) semble avoir été détruite, au moins de manière temporaire ;
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un programme de formation professionnelle est en cours dont le but est de s’assurer que les extrémistes en puissance ont devant eux des opportunités professionnelles qui les tiendront à l’écart d’activités dangereuses ;
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le gouvernement central a libéré de nouveaux fonds, notamment pour améliorer l’éducation dans l’espoir de dissiper l’influence des enseignements radicaux ; et
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aucune violence grave n’a été constatée depuis douze mois à Poso.
En dépit de questions persistantes quant au nombre de victimes des opérations policières de 2007, celles-ci doivent être considérées comme une avancée positive en direction de la paix. Mais plusieurs problèmes demeurent et la question est aujourd’hui de savoir comment garantir une paix durable. Les revendications fondamentales, notamment celles relatives à la justice, n’ont pas été réglées. Les nouveaux fonds pour le développement de la région sont mal contrôlés, des allégations de corruption circulent et des difficultés empêchent d’assurer l’équité entre les différents groupes récipiendaires. Les problèmes rencontrés dans la remise d’argent aux victimes du conflit rappellent les difficultés rencontrées à Aceh dans le cadre du financement de la réintégration des anciens combattants. La méfiance du public envers la police reste élevée, en particulier parmi les organisations non gouvernementales (ONG), ce qui entrave les espoirs d’établir une sécurité au niveau communautaire.
Le gouvernement à tous les niveaux – national, provincial et district – doit de toute urgence instaurer des mesures strictes d’audit et augmenter la transparence quant à la manière dont les fonds sont déboursés et à destination de qui. La police et les ONG doivent trouver un moyen de mettre fin à la guerre froide qui les oppose. Quant aux bailleurs de fonds, ils doivent s’assurer qu’un programme de formation professionnelle efficace destiné aux prisonniers et jeunes gens présumés potentiellement dangereux pourra être mis en œuvre.
Jakarta/Bruxelles, 22 janvier 2008