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Résoudre la crise du Timor-Leste

Rapport Asie N°120 10 oct. 2006

The full report is available in English and in Indonesian.

SYNTHÈSE ET RECOMMANDATIONS

La pire crise de la courte histoire du Timor-Leste est loin d’être terminée. Le pays connaît une situation de vide politique et attend la publication d’un rapport préparé par la Commission d’enquête spéciale indépendante désignée par l’ONU qui devrait donner des noms et recommander la poursuite des responsables des violence des mois d’avril et mai à Dili, qui ont tué plus de 30 personnes. Prévu pour la mi-octobre, la publication de ce rapport est cruciale pour avancer mais peut aussi se révéler explosive. Les élections prévues pour mars 2007 pourraient également provoquer des troubles. Il est possible de remettre le Timor sur les rails en faisant preuve de créativité, de concentration et de volonté politique mais les blessures sont profondes et les principaux acteurs devront aussi faire preuve d’une grande magnanimité politique.

On s’approche d’un consensus quant aux éléments nécessaires pour trouver une solution à la crise, notamment la réforme du secteur de la sécurité. Une nouvelle mission de l’ONU élargie est en place. Elle a pour mandat de “consolider la stabilité, promouvoir une culture de gouvernance démocratique et de faciliter le dialogue politique entre les parties prenantes timoraises”.

Cette crise est généralement présentée comme découlant de la mise à pied du tiers des forces de défense du pays en mars 2006, à la suite de laquelle les soldats mécontents ont pris part à une lutte entre le président Xanana Gusmao et l’ancien Premier ministre Mari Alkatiri, qui a dû quitter le pouvoir. Toutefois, le problème est bien plus compliqué que cela.

Le problème s’enracine dans les batailles et les trahisons qui ont eu lieu au sein du Front révolutionnaire pour la libération du Timor oriental (le FRETILIN), juste avant et pendant l’occupation indonésienne. Les querelles politiques et idéologiques des années 1980 et 90, en particulier entre les membres du comité central du FRETILIN et Xanana Gusmao, alors commandant de la guérilla FALINTIL, se sont poursuivies au sein du gouvernement d’après-guerre.

Le problème s’enracine aussi dans la mauvaise mise en œuvre de la démobilisation des combattants des FALINTIL en 2000 ainsi que dans la création d’une force de défense pour le nouveau pays en 2001, qui a absorbé une partie des vétérans mais a provoqué le ressentiment des autres qui se sont trouvés sans emploi, tandis que les donateurs et l’ONU consacraient leur attention à la création d’une nouvelle force de police. Le fait que nombre des policiers, après la vérification de leur identité et leur recyclage, aient travaillé dans l’administration indonésienne n’a fait qu’ajouter du sel dans les plaies de ces anciens combattants.

Les anciennes querelles idéologiques et les frustrations des anciens combattants des FALINTIL ont été manipulées, notamment par Rogerio Lobato, un membre du comité central du FRETILIN qui résidait en Angola et au Mozambique pendant le conflit. En tant que ministre de l’Intérieur, il contrôlait la police, encourageait les rivalités avec les forces de défense, dont la plupart des membres étaient personnellement fidèles à Xanana Gusmao, et a créé des unités de police spéciales qui sont devenues une force de sécurité privée. Les policiers qui lui étaient subordonnés étaient chargés d’assurer l’ordre et de faire respecter la loi, de patrouiller aux frontières, de contrôler les émeutes et l’immigration. Le rôle des forces de défense n’a jamais été clairement défini.

Tous ces problèmes ont couvé pendant des années. Lorsque, en janvier 2006, 159 soldats ont adressé au président, en tant que commandant suprême, une pétition qui dénonçait des discriminations au sein des forces de défense contre les membres originaires de l’ouest (loromonu) par certains officiers originaires de l’est du pays (lorosae), plusieurs parties intéressées y ont vu une opportunité politique. Plusieurs éléments, comme le fait que des soldats de l’ouest ont rejoint les pétitionnaires, les tensions personnelles et institutionnelles entre un président qui se veut pluraliste et un parti dominant aux tendances autoritaires, la politisation de la police, l’absence de tout cadre réglementaire pour les forces de sécurité en général et la nature consanguine d’une élite politique très peu nombreuse qui se partage le pouvoir depuis 30 ans, ont fait que la situation a échappé à tout contrôle.

RECOMMANDATIONS

Au gouvernement du Timor-Leste et à la mission intégrée des Nations unies au Timor-Leste conjointement:

1.  En définir immédiatement les termes de référence et allouer des fonds à la “révision globale des futurs rôle et besoins du secteur de la sécurité” comme il est spécifié dans l’article 4(e) de la résolution 1704/2006 du Conseil de sécurité de l’ONU, et nommer rapidement le personnel nécessaire pour commencer cette révision.

2.  Utiliser la révision pour clarifier: les rôles de la force de défense (F-FDTL), de la police (PNTL) et des services de renseignements; les menaces sécuritaires internes, maritimes et aux frontières; les arrangements concernant le commandement et le contrôle de ces forces, notamment en cas d’urgence; et les mécanismes de surveillance civile.

3.  Créer un service pour l’emploi au profit de la jeunesse urbaine, en commençant par Dili, dans le but à la fois de réduire la propension des gangs à recourir à la violence et de s’attaquer à un taux de chômage qui est estimé à plus de 40 pour cent pour cette tranche de la population.

Au gouvernement du Timor-Leste:

4.  Établir un Conseil national de la sécurité fondé sur la révision susmentionnée, au sein duquel siègeraient les commandants de la police et du F-FDTL, les responsables des agences de renseignements et les minitres de la Défense et de l’Intérieur.

5.  Résoudre de toute urgence le problème des déserteurs du F-FDTL en engageant des poursuites le cas échéant et en réintégrant les autres soit dans la force de défense soit dans des postes civils.

6.  Concevoir un plan pour le départ progressif à la retraite des vétérans de la résistance du F-FDTL et une série complète de mesures concernant la sécurité sociale de tous les vétérans.

7.  Incorporer les unités de police spéciales créées par Rogerio Lobato dans les forces de police régulières en tant que mesure temporaire jusqu’à ce que la révision des forces de sécurité soit terminée et qu’une restructuration plus poussée puisse se fonder sur des besoins identifiés.

8.  Revoir le plan de révision de la police après un mois ou deux pour voir s’il peut être adopté et permettre de remettre la police au travail plus rapidement.

9.  Chercher un accord de la part des dirigeants de tous les partis politiques sur un code d’éthique politique pour les élections de 2007, l’annoncer à la radio et à la télévision et s’assurer que tous les niveaux de structure des partis en ont connaissance.

10.  S’assurer que le président et tous les ministres apportent tout leur soutien au projet de réconciliation Simu-Malu et étudier d’autres possibilités de réduire la fracture est/ouest (loromonu/lorosae), en accordant une attention particulière au rôle que les femmes peuvent jouer dans les communautés affectées.

11.  Adopter les recommandations du rapport de la mission Vérité, réception et réconciliation, intitulé Chega! [Assez!], en donnant la priorité à celles liées à la sécurité des personnes, au secteur de la sécurité, à la protection des droits des plus vulnérables et à la réconciliation, et disséminer largement le texte complet du rapport.

Au Secrétaire général et au Secrétariat de l’ONU:

12.  Désigner un Représentant spécial du Secrétaire général (RSSG) qui dialoguera avec les membres de l’élite politique sans fuir les contradictions, qui interviendra lorsque nécessaire pour dépasser les divisions, ajuster les programmes qui ne marchent pas et aider à clarifier les imbroglios politiques.

13.  Instituer des procédures visa     nt à améliorer le recrutement de juges, procureur et avocats internationaux qui travailleront dans les tribunaux du Timor-Leste.

14.  Initier une révision par les pairs de l’institution judiciaire, y compris de la Cour d’appel, qui sera effectuée par un panel indépendant de façon périodique.

15.  S’assurer que les programmes financés par les Nations unies sont régulièrement contrôlés dans le domaine de la loi et du développement juridique par un responsable de l’ONU ayant une expérience dans ce domaine.

Jakarta/Bruxelles, 10 octobre 2006

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