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Elections et Sécurité en Afghanistan

Briefing Asie N°31 30 mars 2004

RÉSUMÉ

Les représentants du gouvernement afghan, des Nations Unies et des principaux pays et organismes donateurs se réuniront à Berlin les 31 mars et 1 avril pour la première rencontre diplomatique de haut niveau sur l'Afghanistan après plus de deux ans. L'objectif principal est de sécuriser des engagements substantiels d'aide sur le long terme (le gouvernement afghan recherche un financement de 22,7 milliards d'euros sur 7 ans). En plus de ce chiffre global à atteindre, il sera important pour les bailleurs de souscrire à des engagements pluriannuels permettant d'offrir une certaine visibilité et d'augmenter les disponibilités en liquidité pour financer les projets immédiats de l'année qui vient. Ceci est nécessaire dans la mesure où il s'agit de reconstruire les institutions garantes de la sécurité et de la bonne gestion de l'Afghanistan, d'atteindre les objectifs de développement et de soulager la pauvreté.

Les participants à la conférence ne réaliseront seulement qu'une partie de leur tâche, à moins qu'ils ne discutent aussi du cadre politique de travail dans lequel sera déployée efficacement l'aide. Il est notamment nécessaire:

  • d'évoquer franchement les écueils en matière de sécurité et autres obstacles internes qui entravent sérieusement l'application des Accords de Bonn et qui mettent en danger les élections présidentielles et parlementaires de septembre 2004 supposées donner naissance à un gouvernement démocratique et responsable;

  • d'établir plus rapidement, au-delà de Kaboul, la solide présence sécuritaire internationale promise, vitale pour le processus de désarmement et de réintégration (DR) des miliciens afghans et propice à un environnement où peut se développer une culture politique démocratique; et

  • d'accorder une attention accrue à l'infrastructure juridique et institutionnelle requise pour asseoir des politiques démocratiques.

Jusque là, l'échec de la communauté internationale à étendre au-delà de Kaboul un solide parapluie sécuritaire pérennise, voire accroît, le pouvoir politique et économique des seigneurs régionaux de la guerre. Même Kaboul, où plus de deux ans après leur entrée dans la capitale, restent concentrés des miliciens de la vallée du Panshir et de la plaine du Chamali, n'est pas encore démilitarisée. L'OTAN n'a toujours pas reçu l'engagement de la part de ses Etats membres de l'envoi de troupes en vue d'un déploiement supplémentaire en septembre d'Equipes de Reconstruction Provinciale (PRT) dans le Nord de l'Afghanistan, conformément à son plan déjà lent qui envisage une extension graduelle de la présence à l'ensemble du pays. Pas plus qu'elle n'a obtenu l'engagement en faveur d'une projection de forces de réaction rapide, comme initialement prévu.

La nouvelle Armée Nationale Afghane (ANA) a essuyé des revers qui limitent sa capacité à étendre l'autorité du gouvernement central, à faciliter le processus de DR ainsi qu'à garantir la sécurité pendant les élections. Le contrôle par le ministère de la Défense du processus de recrutement a tout d'abord impliqué une surreprésentation des Tadjiks au sein de l'ANA. Une situation qui a poussé les Etats-Unis à monter des centres de recrutement à Jalalabad, Kaboul, Gardez et Bamiyan afin de diversifier la composition de l'armée. Le taux de désertion au sein de l'ANA a atteint 10% pendant l'été 2003. Une série de mesures a été prise en vue de traiter le problème de la désertion, mais les forces en présence qui s'établissent à 7500 hommes environ sont encore loin des 40000 prévus par les officiers de la Coalition.

Les programmes de DR censés restreindre les nombreuses milices à travers le pays progressent lentement. La proposition de mise en place de nouvelles forces spéciales à partir de milices (appelées "Afghanistan Guard Forces", AGF) saperait ces programmes, et n'inciterait guère au DR. Par ailleurs, aucun plan n'a été divulgué quant à l'éventuel désarmement et démobilisation des AGF. Le concept des AGF comporte le risque d'accroître l'autorité et l'armement des chefs de milices ainsi que les problèmes potentiels de commandement et de contrôle.

Le Président Karzai doit encore publier un projet de loi électorale ou un décret présidentiel dessinant les frontières administratives des provinces et des districts qui délimiteraient les circonscriptions électorales. Si le processus d'enregistrement des partis politiques a été très lent, c'est en partie en raison d'une structure bureaucratique pesante qui requiert le filtrage de six départements gouvernementaux ou ministères distincts, mais aussi dû à la pression politique exercée par les leaders fondamentalistes. Seulement 1,5 millions d'électeurs sur un électorat potentiel estimé à 10 millions de personnes ont été enregistrés, et ce irrégulièrement. Le taux d'enregistrement est nettement plus faible dans le Sud et Sud Est, à la fois en termes de chiffre absolu et de proportion de femmes.

Dans les conditions actuelles, il y a un risque réel que les élections ne fassent que confirmer un statu quo non démocratique et précaire. Pour éviter cela, la communauté internationale doit réaliser de sérieux efforts dans les tous prochains mois pour stimuler le processus de désarmement et de réintégration, garantir l'indépendance et l'impartialité des institutions électorales, et s'assurer que les autorités afghanes créent les conditions permettant aux partis politiques non-violents ainsi qu'aux candidats indépendants de participer de manière significative au processus électoral.

Kaboul/Bruxelles, 30 Mars 2004.


 La version française de ce résumé a été rendue possible grâce au soutien financier de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie.


 
 
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