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L’ “Afghanistan Compact” en difficulté

Briefing Asie N°59 29 janv. 2007

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SYNTHÈSE

Alors que l’insurrection croissante attire de plus en plus l’attention sur le pays, les efforts à long terme pour établir les institutions gouvernementales solides, dont un Afghanistan faible a bien besoin, vacillent. Suite aux conclusions du processus de Bonn, qui a donné naissance aux organes élus du pays, le gouvernement afghan et la communauté internationale se sont engagés lors de la conférence de Londres (les 31 janvier et 1er février 2006) à mettre en œuvre l’Afghanistan Compact, un document qui identifiait “trois domaines ou piliers d’activités essentiels et interdépendants” pour les cinq prochaines années : la sécurité ; la gouvernance, l’État de droit et les droits humains ; et le développement économique et social. Le gouvernement a accepté de concrétiser une “vision partagée du futur” pour un “Afghanistan stable et prospère”. De leur côté, plus de 60 nations et institutions internationales ont promis d’apporter le soutien et les ressources nécessaires aux pays. Un an plus tard, même ceux qui se sont le plus impliqués dans ce processus admettent que le Compact n’a pas encore eu d’impact significatif. Les Afghans tout comme les acteurs internationaux doivent encore prouver qu’ils ont la volonté politique d’entreprendre des changements institutionnels en profondeur pour pouvoir atteindre les objectifs de cette vision partagée.

La présomption d’une relative stabilité sur laquelle s’est fondé le Compact a été mise à mal par l’insurrection dans le sud et dans l’est du pays, qui a entraîné des dépenses en temps et en ressources. Si l’insurrection trouve un soutien et bénéficie de sanctuaires en dehors de ses frontières, il se trouve aussi des Afghans insatisfaits et qui ont perdu leurs illusions pour répondre à l’appel des extrémistes. Il est donc vital de progresser de façon significative et de réaliser de véritables changements dans la vie quotidienne des Afghans. Cependant, la spirale de violence qui secoue le pays a exacerbé les tendances du gouvernement et parmi ses alliés internationaux à privilégier des solutions à court terme, par exemple une police auxiliaire qui risque d’être à peine plus qu’une milice mal entraînée, et à ignorer les institutions démocratiques plutôt que les renforcer en les utilisant.

Le Compact est censé inclure tous les partenaires afghans dans le processus de reconstruction du pays et mesurer les progrès obtenus dans des domaines aussi divers que la consolidation des institutions et l’offre de services publics au niveau provincial, la réforme du secteur de la sécurité au niveau national, l’adoption d’une législation sur la gestion des entreprises et la réduction du nombre de personnes qui souffrent de la faim. Pourtant, même sans l’insurrection, une bonne partie des délais et objectifs fixés dans le Compact sont bien trop ambitieux et ne s’inscrivent pas dans une stratégie ayant fixé des priorités et une certaine séquence pour leur mise en œuvre. Cette mise en œuvre risque d’être envisagée de manière trop bureaucratique, comme s’il s’agissait de cocher des cases sur une liste de choses à faire, plutôt que comme un engagement sérieux à un haut niveau politique (afghan et international) à effectuer le difficile travail nécessaire à l’établissement d’un État qui soit véritablement fondé sur l’État de droit.

L’organe chargé de surveiller la mise en œuvre du Compact, le Conseil conjoint de coordination et de suivi (JCMB) qui réunit des ministres afghans et d’importants acteurs internationaux, a produit un premier rapport public en novembre 2006 qui mettait l’accent entre autres sur la nécessité de réformer le ministère de l’Intérieur. Les recommandations émises dans ce rapport doivent être activement suivies mais la nature du Conseil-même pourrait s’avérer un sérieux obstacle à tout progrès en la matière. Le Conseil se réunit tous les trois mois et doit encore se doter d’un secrétariat indépendant à plein temps. L’engagement international actif reste très limité en dehors des sessions trimestrielles.

Les efforts de consolidation de l’État et de lutte contre l’insurrection doivent être considérés comme complémentaires. Pour faire avancer la mise en œuvre du Compact en 2007, le gouvernement afghan et ses alliés internationaux devraient se concentrer sur les objectifs suivants :

  • contrer la culture florissante d’impunité qui est l’ennemi d’une véritable réforme ;
  • harmoniser la capacité des ministres, actuellement fort variable, à tenir leurs engagements ;
  • développer un cadre de travail global pour la gouvernance aux niveaux subnationaux ; et
  • ramener la branche législative, jusqu’ici largement ignorée, au cœur du processus de gouvernance.

En refusant d’exclure les éléments indésirables des postes à responsabilités dans les nouvelles institutions parce que l’on pensait qu’ils pourraient aider dans des domaines prioritaires comme la lutte contre le terrorisme, la communauté internationale a trop souvent suivi l’Accord de Bonn à la lettre plutôt que son esprit. Dès le début, la consolidation de l’État était mal partie. Pour mieux servir ses propres intérêts aussi bien que ceux du peuple afghan, la communauté internationale doit désormais faire preuve d’une plus grande résolution en exigeant du gouvernement Karzaï qu’il prenne des mesures sérieuses pour démettre les responsables corrompus de leurs fonctions et fixer un calendrier d’action plus clair. Elle doit également être prête à imposer des pénalités si le gouvernement ne tient pas ses engagements en matière de lutte contre l’impunité. Même si cela implique quelques sacrifices sur le court terme, il est indispensable de rester concentré sur l’objectif à plus long terme du Compact d’établir un “État démocratique, pacifique, pluraliste et prospère”.

Kaboul/Bruxelles, 29 janvier 2007

 
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