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Les relations indo-pakistanaises et le Cachemire: les jalons de la paix

Rapport Asie Nº79 24 juin 2004

This report is currently only available in English.

SYNTHÈSE

L'accord entre le Président pakistanais, Pervez Moucharraf et le nouveau Premier ministre indien, Manmohan Singh, en faveur d'une poursuite des discussions sur tous les contentieux, dont le Cachemire, est source d'optimisme et d'apaisement des tensions en Asie du Sud. Mettre fin à des décennies de conflit exige cependant davantage de la part des deux protagonistes pour traiter les griefs, gérer l'héritage d'un demi-siècle et renoncer à la tentation de vouloir tout régler à la fois. Ils doivent encourager toute forme de contact bilatéral et améliorer la vie des Cachemiris, qui ont enduré le pire du conflit. Le dialogue devra être étendu au-delà des cercles du pouvoir pour offrir à  la paix une véritable assise populaire.

Ce rapport s'appuie sur les précédents travaux publiés par ICG à propos du Cachemire et des relations indo-pakistanaises, et a fait l'objet de nombreuses consultations auprès d'experts défendant divers points de vue. Il ne s'agit pas ici d'élaborer un modèle de paix, ni d'esquisser ce à quoi cela pourrait ressembler, car les conditions pour une telle issue ne sont pas encore réunies. A ce stade, toute proposition de ce type souffrirait certainement d'un rejet de la part des deux parties. Le présent rapport suggère plutôt des mesures en vue d'élargir le processus de paix et de le rendre plus viable. Les tentatives précédentes pour parvenir à un accord ont toutes achoppé, souvent à l'issue de sommets très denses. Il est donc essentiel que les efforts actuels soient organisés de manière à les rendre plus pérennes et moins exposés aux perturbations des extrémistes ou de la violence. De nombreuses pistes sont suggérées tout au long du rapport pour savoir comment procéder et comment améliorer le quotidien des habitants du Cachemire. Les principaux axes sont esquissés ci-dessous.

Cinq formats de dialogue sont nécessaires pour avancer vers une paix durable:

Dialogue sur la normalisation des relations. Déjà amorcé, il devra cependant s'intéresser aux voies permettant de réduire les risques de conflit et développer des mesures pour rétablir la confiance. Les précédentes ont généralement échoué et auraient besoin d'être revitalisées tandis que de nouveaux liens susceptibles de réduire les risques de conflit devraient être établis. Un tissu plus large de contacts économiques, sociaux, sportifs et de diplomatie parallèle ("Track II") devrait être mis en place.

Dialogue avec le Cachemire. Les relations entre le gouvernement fédéral à New Dehli et les autorités à Srinagar se sont certes améliorées mais il conviendrait de faire plus. Il faut une relance du débat sur l'article 370 de la constitution qui accordait au Cachemire un haut degré d'autonomie, il faut un engagement en faveur d'un cessez-le -feu et une volonté de suivi à l'aide de politiques destinées à améliorer la sécurité, les Droits de l'Homme et la richesse économique dans la province. Les rapports du Pakistan avec Muzaffarabad et la zone du Cachemire sous son contrôle devront également être réévalués: le Pakistan devrait y autoriser des élections libres et y restreindre le rôle des forces de sécurité. Il devrait aussi aborder la question des changements constitutionnels et juridiques qui mettent à mal la gestion de la région.

Dialogue au sein de chaque pays. Tant l'Inde que le Pakistan doivent faire davantage pour ouvrir la discussion chez eux sur la normalisation et le Cachemire. Les débats parlementaires devraient être maintenus au-delà des périodes de crise, et les deux gouvernements devraient énoncer clairement les dividendes économiques et sociaux de la paix. L'Inde devra reconnaître l'utilité d'un plus grand rôle international en favorisant la paix et des progrès dans les conditions de vie au Cachemire. Le Pakistan devra finir par tenir ses promesses répétées et cesser de soutenir les extrémistes recourant à la violence au Cachemire et stopper les infiltrations par delà la Ligne de Contrôle.

Dialogue au Cachemire. La société cachemiri est aujourd'hui très divisée. Il s'agit d'intensifier les efforts afin de raccommoder les trois groupes religieux (musulman, hindou et bouddhiste), de réduire l'écart entre les zones rurales et urbaines, et de traiter la question des personnes déplacées.

Dialogue de part et d'autre de la Ligne de Contrôle. Le réchauffement des relations entre l'Inde et le Pakistan conduira éventuellement à de meilleurs contacts entre les Cachemiris situés de part et d'autre de la Ligne de Contrôle. Les deux protagonistes devraient autoriser l'établissement d'une matrice de contacts plus large et s'abstenir d'entreprendre quoique ce soit qui puisse nuire à un futur dialogue.

Toute discussion sur ces questions sera litigieuse mais salutaire afin que la relation entre l'Inde et le Pakistan atteigne un seuil qui la mette à l'abri des perturbations qui, en 1999 et 2002, les avaient pratiquement conduit à la guerre.

Le Cachemire a été marqué à jamais par plus d'une décennie de conflit. Au-delà des nécessaires discussions d'ordre politique, il y a beaucoup à faire pour réparer le tissu social de façon à réduire l'extrémisme et à redonner espoir en l'avenir. L'appel du chef du gouvernement, Mufti Mohammed Sayeed, en faveur d'une "cicatrisation" doit être appuyé par une action fédérale et locale concertée afin de stimuler l'économie, relancer le tourisme, améliorer les Droits de l'Homme et la sécurité, réduire les abus perpétrés par les forces de sécurité et venir en aide aux nombreuses victimes du conflit.

Tout les secteurs de la gouvernance à l'éducation et à la santé requièrent des fonds et des politiques inventives. Mettre fin au conflit en Asie du Sud repose essentiellement sur l'Inde et le Pakistan, mais une attitude internationale positive, soutenue et réceptive est également requise. New Delhi a rejeté la médiation directe ou un rôle majeur de l'ONU, mais le gouvernement indien devrait reconnaître l'utilité d'une assistance post-conflit. Les Etats-Unis ont joué un rôle clé en désamorçant le conflit mais encore faut-il qu'ils développent des perspectives politiques à long terme pour empêcher les crises d'exploser. L'Union Européenne (UE) devrait faire de l'Asie du Sud une priorité et être plus encline à y jouer un rôle actif en promouvant l'intégration économique et sociale ainsi que la démocratie au Pakistan.

La tentative de processus en cours aujourd'hui n'est pas à l'abri de faux-pas qui pourraient la faire dérailler. L'Inde et le Pakistan doivent convenir que le dialogue n'aboutira que s'il est graduel, soutenu et conduit pour l'essentiel hors du regard des médias. Ils devraient résister à la tentation de précipiter les négociations sur les points litigieux et opter plutôt pour une normalisation progressive des relations. Des mesures supplémentaires et modestes pour rétablir la confiance, notamment rehausser les liens commerciaux, seraient de nature à renforcer les acteurs domestiques et à en inciter d'autres, ainsi qu'à générer un climat favorable à des négociations sur le Cachemire.

Islamabad/New Delhi/Bruxelles, 24 juin 2004


La version française de cette synthèse a été rendue possible grâce au soutien financier de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie.


 
 
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