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Les Maoïstes du Népal : puristes ou pragmatiques ?

Rapport Asie N°132 18 mai 2007

This report is currently only available in English.

SYNTHÈSE

Les maoïstes népalais ont changé de stratégie et de tactique mais ils n’ont pas encore changé d’objectifs. En 1996, ils ont lancé une  "guerre populaire" dans le but d’établir une république communiste ; dix ans plus tard, ils y ont mis fin en acceptant la démocratie multipartite. Leur lutte armée avait pour cible le système parlementaire mais ils travaillent désormais avec leurs anciens ennemis, les partis institutionnels, au sein d’un parlement et d’un gouvernement de coalition intérimaires. Leur engagement envers une politique et une société pluralistes est loin d’être définitif et leur orientation future dépendra à la fois de facteurs internes et externes. Même si les maoïstes se sont engagés dans la phase de transition pacifique et multipartite que connaît le pays, ils continuent de travailler à des plans alternatifs pour un changement révolutionnaire.

La stratégie maoïste s’articule autour d’une tension entre pureté et pragmatisme. Bien qu’ils restent attachés à certains principes établis, les maoïstes népalais sont depuis longtemps prêts à changer de cap en cas de faiblesse stratégique. Leur nouvelle approche a répondu à la reconnaissance de trois défauts majeurs dans leur plan original : (i) ils ont conclu que leur foi en une victoire militaire était inappropriée ; (ii) ils ont reconnu qu’ils avaient mal évalué la probabilité d’une forte opposition internationale ; et (iii) ils ont pris conscience des échecs qui avaient causé l’effondrement des régimes communistes au vingtième siècle.

En dépit de leur vision autoritaire, les maoïstes ont conservé une culture de débat au sein de leur parti ; les thèmes principaux ont fait l’objet de grands débats et de vives controverses. Depuis la fin des années 1990, les maoïstes ont progressivement évolué vers une position plus modérée. Ils ont changé de position en admettant que le mouvement démocratique de 1990 avait été un succès (ils l’avaient auparavant qualifié de "trahison" ), en abandonnant l’objectif immédiat d’établir une "nouvelle démocratie" de type maoïste et en s’alignant, en novembre 2005, sur les partis institutionnels en faveur de la démocratie multipartite.

Les maoïstes ont cultivé leurs relations avec des forces qui leur étaient auparavant hostiles, comme le gouvernement indien ou le Parti communiste d’Inde, marxiste et farouchement anti-maoïste, au point d’aliéner leurs alliés étrangers. Leurs partisans, comme le Mouvement internationaliste révolutionnaire ou les maoïstes indiens, ont appuyé leur insurrection mais se sont également montrés critiques face aux compromis auxquels ils ont consenti dans le cadre du processus de paix. Ils estiment que leurs camarades népalais ont trahi les principes fondamentaux et anéanti les avantages pratiques qu’ils avaient réussi à s’assurer grâce à leur lutte armée.

En revanche, le bilan tiré par les maoïstes du Népal à l’issue de dix ans de « guerre populaire» est plus complexe. Ils estiment avoir acquis certains avantages durables, depuis un gain d’influence spectaculaire (grâce à un soutien populaire et une force militaire à peine imaginables en 1996) jusqu’à la réorientation des objectifs de la politique nationale (promotion de causes autrefois taboues comme le républicanisme et le fédéralisme). Mais l’évolution de la guerre a persuadé la plupart de leurs chefs qu’ils ne pouvaient faire cavalier seul et qu’ils devraient être plus flexibles pour pouvoir construire sur ces acquis.

Le processus de paix a forcé les maoïstes népalais à repenser leur vision théorique aussi bien que pratique. Les dirigeants du parti ont essayé de donner une image plus modérée en cherchant à équilibrer l’équation complexe du soutien et de l’opposition au Népal et à l’étranger. Les ministres maoïstes doivent coopérer avec des ministres d’autres partis et travailler avec l’administration même s’ils projettent une éventuelle insurrection et préparent l’isolement de leurs opposants "rétrogrades". Sur le plan idéologique, ils définissent le processus de paix comme une phase transitoire durant laquelle ils ont la possibilité de détruire « l’ancien régime » et de restructurer l’État. Ils se justifient en déclarant qu’accepter une « république démocratique » bourgeoise servira de tremplin vers une véritable « république populaire ». Les dirigeants maoïstes affirment pouvoir créer une nouvelle forme de "révolution pacifique" qui soit fidèle à leurs objectifs communistes mais qui reflète la réalité de la politique népalaise.

Il est tentant de qualifier les maoïstes de radicaux intraitables ou d’opportunistes sans foi ni loi mais aucune de ces deux étiquettes ne correspond à la réalité. Leurs menaces de reprendre une insurrection en masse satisfont les traditionnalistes de leur propre camp et ne peuvent être ignorées. Mais les chefs qui ont lutté dur pour forger une nouvelle approche seront peu enclins à tourner le dos aux avantages acquis à grand-peine par des compromis. Ils savent qu’ils doivent faire face à une opposition interne mais ils pensent pouvoir tenir tant que le processus de paix continue sur son élan et leur permet d’atteindre certains de leurs principaux objectifs.

L’attitude qu’adopteront les maoïstes à mesure que se déroule le processus de paix dépendra donc autant du rôle joué par les autres acteurs politiques que de leurs propres décisions. Si les partis institutionnels restent résolument engagés dans le processus constituant, il sera difficile pour les maoïstes de faire marche arrière. Mais dans le cas contraire, les efforts des maoïstes de contrôler la rébellion pourraient bien échapper à leurs chefs et dériver vers un regain de violence. Dans cette éventualité, les maoïstes eux-mêmes auraient beaucoup à perdre, tout comme les partis démocratiques et, plus encore, le peuple népalais.

Katmandou/Bruxelles, 18 mai 2007

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