Népal: dangereux projets de milices villageoises
Briefing Asie N° 30
17 févr. 2004
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SYNTHÈSE
La création par le gouvernement népalais de milices locales, appelées Groupes de Défense de Volontaires Villageois et Comités de la Paix, risque d’entraîner une escalade alarmante du conflit opposant le gouvernement aux rebelles maoïstes. Ces milices risquent de devenir des groupes armés indisciplines, sans formation militaire, ni compte à rendre, ce qui ne fera qu’attiser un conflit qui a déjà coûté la vie à 9000 personnes. Ce projet soulève une vive controverse, et le gouvernement a publiquement nié avoir commencé à distribuer des armes malgré des preuves du contraire.
La mise en place éventuelle de ces milices villageoises risque d’avoir des conséquences sérieuses et durables:
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Leur création contraindrait de nombreux villageois à choisir leur camp, ce que la plupart souhaite éviter car cela ferait d’eux des proies faciles à la violence des deux bords et fragiliserait un tissu social déjà bien éprouvé, ce qui laissera des traces à long terme.
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Les milices recevront probablement une formation rudimentaire, feront l’objet de peu de surveillance et contrôles, conduisant ainsi à une détérioration de la situation des Droits de l’Homme. Les massacres, enlèvements et emprisonnements illégaux sont déjà monnaie courante au Népal, et ces maux ne feront qu’empirer.
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Armer des villageois non formés, alors que les forces de police régulières sont souvent sous-équipées et sous-entraînées, est contreproductif.
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A l’issue d’un conflit, le désarmement et la démobilisation de telles milices sont extrêmement difficiles. Huit ans après la démobilisation de mouvements équivalents au Guatemala, nombreux sont ceux encore actifs aujourd’hui dans des activités criminelles.
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Les milices ont tendance à dégénérer: un certain nombre de réseaux terroristes sont issus de mouvements ou d’organisations souterraines liés à des gouvernements, c’est le cas d’Al Qaïda, de la Jeemah Islamiyah en Indonésie ou encore du Hezbollah turc. Compte tenu de la complexité du paysage social et ethnique du Népal, la création de nouveaux mouvements armés est particulièrement malvenue.
Le 4 février 2004, le village de Sudama, un de ceux dont la population locale avait été armée, a été attaqué par un nombre important de rebelles maoïstes. ICG s’est rendu sur place dans le cadre de ses recherches et décrit en détail dans ce Briefing la situation du village. Quoique l’attaque ait été repoussée sans faire de victimes civiles à notre connaissance, il semble que le village ait été visé en raison de sa nature de village pilote dans le cadre du programme des milices. Ce qui renforce l’inquiétude selon laquelle l’armement de milices conduira probablement à un regain de violence.
Katmandou/Bruxelles, le 17 février 2004
La version française de cette synthèse a été rendue possible grâce au soutien financier de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie.