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Pakistan : apaiser les militants dans les zones tribales

Rapport Asie N°125 11 déc. 2006

This report is currently only available in English.

SYNTHÈSE ET RECOMMANDATIONS

Les taliban et autres militants étrangers, y compris des sympathisants d’Al-Qaeda, ont trouvé refuge depuis 2001 dans les zones tribales pakistanaises, sept districts situés près de la frontière sud-est de l’Afghanistan (zones tribales administrées au niveau fédéral ou FATA). C’est dans cette région qu’ils se regroupent, se réorganisent et se réarment et c’est à partir de là qu’ils ont lancé des attaques de plus en plus importantes contre les militaires afghans et internationaux, avec le soutien et l’implication active des militants pakistanais. L’approche ambivalente du gouvernement Musharraf, qui n’a pas réagi de façon efficace, est un facteur de déstabilisation pour l’Afghanistan ; les alliés de Kaboul, en particulier les États-Unis et l’OTAN, qui est désormais responsable de la sécurité dans les zones frontalières, devraient exercer une plus grande pression sur celui-ci pour qu’il réprime les militants pro-taliban. Mais la communauté internationale doit également assumer une partie des responsabilités dans l’échec du soutien à la démocratie au Pakistan, notamment dans les zones tribales, qui sont en proie à des troubles.

Les opérations militaires que le Pakistan a lancées depuis 2004 dans les Waziristan nord et sud pour empêcher Al-Qaeda et les taliban d’y trouver refuge et mettre un frein à l’insurrection transfrontalière ont échoué, en grande partie parce que l’approche adoptée alternait force excessive et conciliation. Lorsque l’emploi de la force a entraîné de lourdes pertes militaires, le gouvernement a offert une amnistie aux militants pro-taliban en échange de leur engagement verbal à ne plus mener d’attaques contre les forces de sécurité pakistanaises et de promesses creuses de mettre fin à l’activisme transfrontalier et d’agir contre les terroristes étrangers.

Le gouvernement a passé des accords avec les activistes pro-taliban en avril 2004 au sud-Waziristan et le 5 septembre 2006 au nord-Waziristan. Ces accords ont été facilités par la Jamiat Ulema-e-Islam (JUI-F) pro-Taliban, qui est la composante principale de la Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), alliance au pouvoir qui regroupe six partis religieux dans la province de la frontière du nord-ouest et est partenaire de la coalition de Musharraf au sein du gouvernement provincial du Balouchistan. Suite à la signature de l’accord de septembre, le gouvernement a relâché certains militants et leur a rendu leurs armes ; il a retiré des postes de contrôle et autorisé des terroristes étrangers à rester sur son territoire à condition qu’ils abandonnent toute action violente. L’armée s’est pratiquement retirée dans ses casernes, ce qui facilite la croissance du militantisme et la multiplication des attaques en Afghanistan puisque cela laisse le champ libre aux éléments pro-taliban pour recruter, former et armer de nouveaux combattants.

Des opérations militaires mal préparées et mal conduites sont également responsables de la montée du militantisme dans les zones tribales, où les destructions, les pertes en vies humaines et le déplacement de milliers de personnes ont aliéné la population. L’échec de l’État à étendre son contrôle et à assurer une bonne gouvernance pour ses citoyens dans les zones tribales est tout aussi responsable du renforcement des radicaux. Le seul moyen durable de faire face aux défis de l’activisme, de gouvernance et de l’extrémisme dans les zones tribales doit passer par l’État de droit et par une extension des droits civils et politiques. Au lieu de cela, le gouvernement a renforcé les structures administratives et juridiques qui sapent l’autorité de l’État et incitent à l’anarchie.

La fragilité de l’administration des zones tribales est le fait d’une politique délibérée et non pas de la résistance ou des traditions tribales pashtounes. Depuis 1947, le Pakistan a administré la région à travers les systèmes administratif et judiciaire de l’ère coloniale qui ne correspondent plus aux besoins actuels. Des structures répressives et l’absence de représentation politique ont fait naître un certain ressentiment au sein de la population. En réponse à la pression externe qui lui demande de mettre fin au radicalisme, le gouvernement Musharraf parle de réforme dans les zones tribales mais ne fait rien de concret. En fait, la conciliation a permis aux militants locaux de mettre en place des systèmes de tribunaux et de police parallèles dans le genre de ceux mis en place par les taliban dans les provinces du Waziristan et la talibanisation s’étend aussi à d’autres zones tribales et même aux districts de la province de la frontière nord-ouest.

Il est d’autre part très important de favoriser le développement économique dans les zones tribales. Négligée depuis des décennies, cette région est l’une des plus pauvres du Pakistan ; elle connaît des taux de chômage et de pauvreté élevés et ne dispose que d’une infrastructure sous-développée. Située de part et d’autre de la frontière afghane et sur un axe de transit régional, son économie dépend de la contrebande. Depuis l’éclatement de la guerre civile afghane, le trafic de drogue et d’armes a explosé. Il n’est pas possible de s’attaquer au militantisme et à l’extrémisme dans les zones tribales sans une action ferme contre la criminalité. Mais pour cela, il faut d’abord répondre aux demandes économiques dans ces régions et étendre et renforcer le droit agraire dans les zones tribales.

RECOMMANDATIONS

Au gouvernement pakistanais :

1.  Intégrer les zones tribales (par des consultations approfondies avec les partenaires locaux) dans la province de la frontière nord-ouest, qui deviendrait une zone tribale administrée au niveau provincial (PATA) sous le contrôle exécutif de la province, sous la juridiction du système judiciaire provincial et national et avec une représentation au sein du parlement provincial.

2.  Lever les restrictions qui pèsent sur les partis politiques dans les FATA et introduire des élections fondées sur les partis pour les parlements provinciaux et nationaux.

3.  Respecter et mettre en application l’article 8 de la constitution qui rend nulle et non avenue toute coutume qui serait contraire aux droits fondamentaux garantis par la constitution.

4.  Rétablir l’autorité de l’État et lutter contre le militantisme dans les FATA par :

a) le désarmement des militants, la fermeture des camps d’entraînement terroristes et l’interruption des flux financiers et d’armes ainsi que le recrutement et l’entraînement par les taliban et autres militants locaux ou étrangers sur le territoire pakistanais ;

b) la poursuite en justice des responsables d’exécutions de civils et d’officiels gouvernementaux ; et

c) en empêchant les militants de créer des structures administratives parallèles, en démantelant celles qui existent déjà et en jugeant ceux qui rendent justice eux-mêmes.

5.  Créer des emplois dans les FATA par :

a) la création d’unités de production/ industrielles et par une assistance technique, des subventions et d’autres mesures favorables aux activités agricoles ;

b) le développement des ressources naturelles locales, notamment les minerais et le charbon ; et par

c) le développement des ressources humaines en investissant dans l’éducation, notamment par le biais d’écoles de formation et d’enseignement technique.

6.  Ouvrir les FATA aux médias et permettre aux inspecteurs d’enquêter sur d’éventuelles violations et abus des droits de l’Homme par l’administration civile ou par les forces de maintien de l’ordre.

Au gouvernement afghan :

7.  Travailler avec le Pakistan et l’OTAN-FIAS dans le cadre de la commission tripartite militaire afin d’assurer une meilleure coordination dans la lutte contre le militantisme transfrontalier.

Aux États-Unis et à l’Union européenne :

8.  Inciter le gouvernement pakistanais à agir contre les éléments pro-taliban dans les FATA et publier chaque mois les chiffres de l’OTAN sur les incursions en Afghanistan afin de l’encourager à faire davantage d’efforts de son côté de la frontière.

9.  N’accorder un soutien à la reconstruction dans les zones tribales que si le Pakistan prend des mesures pour mettre fin aux structures parallèles administratives et judiciaires et veille à la participation des partenaires modérés dans l’identification et la mise en œuvre des projets de développement.

10.  Encourager le président Musharraf à autoriser l’organisation d’élections libres, justes et démocratiques en 2007 et à apporter un soutien politique et économique à de telles élections.

Islamabad/Bruxelles, 11 décembre 2006

 
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